D^ DÉSEBTS
progrès des matières pulvérulentes dont elles se forment, le seul obstacle qui puisse en arrêter le cours. Ces arbrisseaux croissent sur les bords des canaux dérivés du Nil^ et partout où de semblables canaux n arrêtent point les sables amenés du désert, des terrains anciennement cultivés ont été envahis.
«Dans la vallée du Nil, au pied de la cbaîne libyque, un terrain inculte composé de sables l^ers recouvre une étendue de terrain autrefois cultivable; et ce sol, de formation nouvelle, si on le compare au premier, éprouve des cbangements journaliers par l'action des vents auxquels il doit son origine.
«A partir de la ville de Syout, la montagne libyque s'éloigne davantage du fleuve, en se portant à l'ouest. La plage recouverte de sables mobiles s'élargit de plus en plus partout où ces sables n'ont point rencontré de plantes ou d'arbustes qui arrêtent leui cours. Chassés par les vents d'ouest et de nord-ouest ils poussent en quelque sorte devant eux le terrain propre à la culture, sinon ils s'accumulent en dunesz ainsi qu'on le remarque sur la rive gauche du canai 4e Joseph, qui sert en quelque sorte de limite à U plaine sablonneuse par laquelle la chaîne libyqia se termine.
(c Ce canal arrête les sables qui viennent de l'oues-^ la stérilité de toute sa rive gauche, qui en est rM couverte, contraste de la manière la plus frappan*^ avec la fertilité des campagnes de la rive opposM qui peuvent être arrosées facilement, soit par d^ dérivations de ce canal, soit par des dérivation:: immédiates du fleuve.
« A partir de Terrâneh (où finit le canal de Josepl?
îmJisqu'à l'orlgioe du canal de Bahyreh, que l'on
xr^ncontre à trois myriamètres plus bas , c est le Nil
Ivii-méme qui s'oppose à rinvasion des sables : ils
sont arrêtés par la ligne de roseaux dont sa rive
gauche est bordée, et s'y amoncellent en dunes
presque abruptes. Le canal de Bahyreh, qui se di-
i"ige ensuite au nord-ouest jusqu'au lac Maryout,
autrefois Mareotîs y semble uniquement destiné à
protéger l'Egypte contre l'invasion de ces mêmes
sables.... Tous les sables qui, poussés par les vents,
arrivent sur les bords du Nil ou des canaux qu'il
alimente, ne s'arrêtent pas sur leurs rives pour y
former des dunes : une partie est jetée dans leur
'it, et est entraînée par le courant avec ceux que le
fleuve amène chaque année des parties supérieures
^e son cours.***
Lies sables que le vent amène ainsi de la Libye viuage. ^^t recouvert des terrains cultivés et habités du ^^mps des anciens Egyptiens, et même depuis la domination musulmane. M. Denon, qui a fait par- **e avec M. Girard de l'expédition d'Egypte, cite ^^ villages dont les minarets passaient au-dessus ^G ces sables, et qui, par conséquent, avaient été ^ïisevelis depuis l'époque de l'établissement de l'islamisme en Egypte 2. On a trouvé aussi des villes an- ^^^nnes, ou de grands monuments ensevelis de la même manière. Tel est le grand temple d'Ipsambul,
1. Girard, Observations sur la rallée d'Egypte et sur l'exhaus- ^^tticnt séculaire du sol qui le recouvre. — Description de TEgypic ^*^ Recueil des observations et des Recherches qui ont été faites Tendant l'expédition de Farmée française. — Histoire naturelle, ^ome n, pages 845, 347 et 895.
^. Deluc, Mercure de France. Septembre 1807.
et
monuments
ensevelis
par les sables.
découvert par Burckbardt, et ensuite, en partie, dégagé par Belzoni et Beechey. Il était enyironné et recouvert par un sable si tin que, dès qu'il était agité, il se mouvait comme un fluide. Ce sable a parfaitement préservé le temple, de manièi^e que l'on retrouve dans un état complet de conservation les figures colossales, les couleurs, même du stuc qui en couvrait quelques-unes, et jusqu'aux peintures qui décoraient les murailles : le tout avait été pour ainsi dire emballé par cette matière sèche et impalpable, qui est un des meilleurs agents de conservation. *
Ce serait une cbose très-curieuse que de constater combien d'espace de terrain les dunes de sable ont envahi en Egypte depuis les temps les plus anciens. Si on avait la date exacte de Tensevelissement de quelques-uns des villages et des monuments dont nous avons parlé, et qu'on mesurât la distance comprise entre l'endroit où se trouvent ces villages et les bords de l'espace occupé aujourd'hui par le sable, on connaîtrait le taux annuel de leur avancem'ent, et on pourrait calculer depuis combien de temps elles ont commencé à avancer, à partir de certains points déterminés : cette recherche n'a pas encore été faite relativement à l'Egypte.
Il arrive quelquefois qile le sable abandonne des points qu'il a recouverts pendant longtemps. Quand le vent vient à souffler d'un côté où il ne souffle ]pa$ ordinairement, le sable est enlevé dans certains endroits; alors le terrain se découvre, et des monu-
1. Lyell , Principles of geology ; sixième édition, tome UI, page 278.
méats ensevelis depuis des siècles apparaissent en des points situés à une grande distance au milieu <lu paj s envahi;
Dans les déserts compris entre la Basse-Egypte et l'isthme de Suez, les vents dominants, qui sont des ^ents d'ouest, ont produit un autre phénomène : ils ont chassé le sable superficiel vers les déserts de l'Arabie pétrée, et ont laissé le sol recouvert de cailloux quartzeux de diverses natures, qui étaient mêlés siu sable au moment de son dépôt originaire.
Dunes de sable au bord de la mer.
Il y a des localités plus voisines de nous où les Phénomène. sables sont agités par le vent d'une manière tout ,„ ûrd a^umer. ^ussi funeste pour les contrées adjacentes : ce sont les bords de la mer. Ils y sont exposés surtout lors^ ^e le fond de la mer est formé de sable, comme cela arrive très-souvent, et lorsqu'on même temps la plage est faiblement inclinée, et qu'il y a une maréa Le sable se trouve à découvert pendant que la mer est retirée , et le vent qui souffle de la mer peut entraîner ce sable au loin, et donner naissance aux mêmes effets que dans les déserts. Le phéaomène se produit très-facilement si la marée découvre chaque jour une large zone sablonneuse, ce qui arrive nécessairement si la côte est extrêmement plate et présente des bancs de sable que la marée basse laisse à sec, où le soleil puisse sécher le sable et où le vent puisse le saisir : le sable a bientôt franchi et même comblé l'intervalle qui sépare le banc de sable de la côte. Si celle-ci s'élève oanes de laUe. rapidement, ou si elle est verticale, le sable reste
nwme Tormation.
au pied des rochers, il nen résulte aucun effet remarquable; mais lorsque la cote est basse, il s'y répand avec facilité; quand différentes circonstances favorables se réunissent, il se produit des dunes, c'est-à-dire, des accumulations de sable qui s'élèvent sous forme de monticules, dont le pied se trouve placé à la limite des plus hautes marées.
Le sable charrié par la mer , découvert par la marée basse, puis séché par le soleil, est poussé par le vent sur la surface ascendante de ces monticules, et est élevé jusqu a la partie supérieure,' puis il s'écroule à l'extrémité postérieure. Les dunes acquièrent ainsi une certaine hauteur. Quand elles dépassent une limite qui dépend des circonstances locales, le vent n'a plus la force de faire monter le sable jusqu'au haut; mais il en a une de plus en plus grande pour le précipiter du haut des dunes sur leur pente postérieure, de sorte quelles cessent de s'élever. Les dunes atteignent des hauteurs de 6, de 10, de 20 mètres, et même, quoique plus rarement, de 5o, 60 et 100 mètres. On voit un exemple de ces dunes élevées sur le rivage septentrional de l'embouchure du Tay en Ecosse ^
Ces monticules offrent toujours quelques irréguie.duoe, larités; chacun d'eux présente un plan incliné vers
empiétrnt aur les ' 1 L
trrresba»». Ja mcr, ct tcrmiué par des talus produits par l'éboulement du sable. Pendant un certain temps le vent fait monter le sable sur le plan incliné tourné vers la mer, et ce sable s'écroule par derrièi^e ou latéralement. A côté du premier monticule il s'en trouve
\ . Von Hoff, Verânderungen der Erdoherflàche ; tome III, p. 71.
Comment
DE SABLE. igy
maa autre disposé de la même manière; mais à mesure que ces deux monticules sélèveat, le sable y monte moins aisément; il atteint sa limite sur l'un ^t sur l'autre : le sable se porte alors dans Tinter- -▼aile resté vide entre eux, et d'autant plus facile- :ment, qu'il y a là une sorte de gorge où le vent s'engouffre. Il se forme par suite une nouvelle dune à l'extrémité de l'intervalle compris entre les deux 2>remières; elle grandit à son tour et sa croissance se ralentit; puis, de part et d'autre de la nouvelle ^uue, il s'en forme d'autres qui ont une direction plus ou moins oblique : de là résulte une série ^e monticules disposés irrégulièrement.
Ces dunes une fois formées, le vent ne les laisse ;jias en repos : en faisant ébouler leur sommet et en élevant le sable sur leur plan incliné, il les chasse sans cesse devant lui, puis il en fait naître d'autres à la place qu'elles abandonnent au moyen du sable qui vient de la plage. La masse des dunes s'avance ainsi vers l'intérieur à peu près comme les vagues de la mer, mais. non avec une régularité complète; elle s'avance successivement en différents points : tantôt c'est un point, tantôt c'est l'autre qui s avance. Il y a des points qui avancent les uns plus que les autres ; mais la masse des dunes empiète sans cesse sur la terre. S'il existe au bord de la mer un grand espace uni , les dunes l'envahissent; elles ensevelissent des terres qui étaient couvertes de végétation, les terres cultivées, et même des villages. Elles avancent d'une quantité souvent très -notable, qui n'est pas bien fixe. On ne peut pas assigner d'une manière précise le taux de l'avancement moyen, parce que
du Cornouailles.
tantôt c'est un point, tantôt c'est un autre qui avance. Il faudrait prendrie une moyenne entre Ja position des dunes dans différents siècles successif; chose qu'on n'a pas encore faite d'une manière bien certaine. Je vais vous citer néanmoins différents exemples.
La marche progressive des dunes a fixé depuis longtemps l'attention des observateurs ' ; elle n'avait pas échappé à celle de Montaigne. *^ Dnnes H J ^ sur la côtc uord-oucst du Cornouailles des
parties où la plage est suffisamment plate pour que le phénomène des dunes s'y produise d'une manière très -développée. Tels sont, par exemple, les environs de Padstow, ville située à l'embouchure d'une rivière qui tombe dans le canal de Bristol; cette rivière, nommée Camel ou Olan, s'élargit en se rapprochant de la mer, qui amoncelle du sable à son embouchure en forme de barre. Le fond dé la mer est plat, et dans le golfe où se jette la rivière il y a des bancs de sable, qui restent découverts à la marée basse. Lorsqu'ils sont à sec, le sable, séché par le soleil, est enlevé par le vent, surtout par le vent du nord-ouest, qui entraîne des nuages de sable sur la côte voisine : de là résultent des dunes très*étendues. Ces dunes, qui ont quelquefois jusqu'à cent mètres de hauteur, ont avancé dans le siècle dernier de manière que plusieurs fermes ont éle recouvertes par elles. Il y a près de là un village , Saint-Enodock, dont l'église a été entourée par les
1. Coulon, Traité historique des fleuves et des rivières de France, 1644.