‹ Leçons de géologie pratiqueChapitre 49 sur 153 · Écho du monde savant ^ deuxième année ^ n · texte numérisé non relu

Écho du monde savant ^ deuxième année ^ n

sidéra bles les unes que les autres. Quand l'élévation naturelle de la mer est favorisée par le vent, quand cest le vent du nord-ouest qui souffle avec violence, certaines marées peuvent atteindre une grande liaoteur. Ces très-hautes marées exposent la Hollande à de grands dangers, d autant plus qu'elles peuvent se combiner avec le gonflement des rivières; du Rhin, de la Meuse, ou des deux réunis, particulièrement si une grande marée coïncide avec la fonte des neiges.

Régime II faut remarquer quel est le régime des eaux

des ririèrci ok la j ••* •«^*1 't1»

-MTée remonti^ daus CCS nvicrcs sujettes a la marée. Il na pas pu se former ici une lagune tout à fait indépendante de la mer; les dunes n'ont pas pu fermer complètement les intervalles compris entre les lies de la Z^ande. La côte est restée ouverte dans beaucoup de points. Les eaux entrent avec force à chaque marée en remontant dans les rivières, et font le* fluer leurs eaux jusqu'à une distance considérable; de sorte qu'à Anvers, par exemple, la mer monte beaucoup. Toutes les eaux entrées dans ces rivières sortent à la basse mer. Il en résulte des courants qui creusent un chenal assez profond, de chaque coté duquel restent des vases , que la mer découvre à chaque marée. C'est là ce qui fait que le port d'Anvers, port assez éloigné de la mer, peut recevoir de grands vaisseaux, même les vaisseaux de ligne. Ce n'est pas que l'Escaut soit en lui-mêmeune rivière très -considérable, mais les eaux de la mer y remontent, et ces eaux, en s'écoulant, creusent un chenal profond.

«^«orfî!Iirre.. Maintenant, quand la marée monte ainsi, il firat

e reprëfienter que c^est une vague assez longue. Cette ague met six heures à monter, six heures à des- ^odre; si Ja rivière est très- forte, la rencontre de la igue avec le courant la fait monter davantage. De i Un de ces gonflements extraordinaires dont j'ai ftY'Ié. Il arrive ainsi des circonstances où, pendant arques instants, pendant une demi -heure, par Monmple, il y a un très-grand danger pour les digues ' les eaux sont poussées par un vent violent qui y itulève encore des vagues. C'est dans ces moments- comment I - qu'elles les dépassent quelquefois. Une fois que ''^^^JT^ eisiu a débordé par- dessus les digues, elle exerce U^ elles une action très - destructive ; elle tombe K^. ei^scades derrière elles, et les digues se trouvent Olipéea. Ces chutes d'eau creusent profondément le >1 » et dans les points où les digues ont été ainsi éjbordées, on voit encore en arrière les trous ou litits qui ont été produits dans ces occasions. L'eau ^ r^[>and alors sur les terres, et il faut ensuite un :*^vail considérable, pour s'en débarrasser.

Le danger que je viens de signaler dure très-peu : Moyen. Xke heure, une demi -heure, et souvent moins en- Oxe; il disparait dès que la mer commence à baisser, l suffit quelquefois, pour le conjurer, de devancer ^.baisse naturelle de la marée par une baisse artificielle, et il arrive que, pour y parvenir, au lieu >^ lui laisser couper la digue, on ouvre de petites ^^ntes* ménagées exprès dans cette même digue : on ^isse entrer ainsi un peu d'eau dans les terres; mais ^ soustrayant cette faible quantité d'eau à la marée, ^n amoindrit le danger dans le moment où il est le plus menaçant

de prévenir leur rupture.

:;i88 pays-bas

Les digues sont calculées tout îusle pour ne pas éti'e dépassées par les plus hautes marées, pouaiées par le Tent et rendues plus formidables par un gonflement considérable des rivières. Toutes les parties de la Hollande sont soumises à ces règles-là, sauf une partie quon n'a pas osé soustraire au r^me un peu précaire des anciens Bataves. On a conquis sur la mer tous les terrains qu'on a pu lui enlerer sans danger; mais le danger naît ici de la conquête même. Si on resserre les rivières dans des limites trop étroites, cela fait monter davantage la marée et empire la condition des digues dqà existantes.

Dângfr II faut laisser aux eaux un certain espace pour

de trop rapprocher »', i », •! inr'lJ "L

ie« dignes, sctcndrc; cest pourquoi dans la Zeelande on abandonne des espaces très-considérables à la mer. Il y a des espaces couverts par les joncs qu'il ne serait pas difficile de conquérir; on ne le fait pas^ de peur de compromettre le sort des terres déjà conquises. On a même craint, dans certaines circonstances, de reprendre à la mer des terres sur lesquelles elle avait fait irruption. C'est le cas du Biesbosch, espèce de large golfe que forme la Meuse entre Gertruidenberg et Dordrecht. Il est peu profond et rempli de )oncs, comme l'indique son nom, qui signifie enhol- On landais forêt de joncs. Beaucoup de parties sont '""i.'piKe'"^" même à sec assez longtemps à chaque marée pour de .\5tendre. q^'jj y ^roissc dc l'hcrbc et qu'on puisse la £siucher; mais quoique ces terres aient été enceintes de digues antérieurement à l'année 1421 , où elles furent submergées, on n'ose pas les soustraire une seconde fois aux marées, de peur de rendre de nouveau ces

dernières trop dangereuses pour les digues circonvoisines.

Le régime des parties basses préservées par les Régime digues de Tirruption des hautes marées, mérite, ^''

D 1 ' espaces entourc-s

sous plusieiu*s rapports, une attention particulière, de dignes. Si ces espaces étaient hermétiquement fermés, ils tendraient à se remplir deau par l'effet des pluies, et alors le remède serait pire que le mal, parce que cela tendrait à faire naître des lagunes où les eaux s'élèveraiient au niveau des digues^ mais on ménage dans les digues des portes qui peuvent s'ouvrir quand la m.er descend , de sorte que l'eau s'écoule pendant que la marée est basse. On ferme les portes seulement quand la mer monte, de manière à l'empêcher de refluer par ces ouvertures. On fait des saignées dans casoùiescau* les terres par des canaux, on met des portes à ces**!"'"''"' '*;'"*"^"

L ' 1 a la marée basse.

canaux, et on les ouvre lorsque la mer est basse ; Feau peut s'écouler pendant ce temps.

On applique même ce système à des parties qui Espaces sont au-dessous du niveau des basses mers : ces ^1"" ^" ^"* '"

basses marées ;

parties-là portent le nom de polders. Les polders poi^ert. sont en général des parties que l'écoulement des eaux, opéré pendant la basse mer, ne suffirait pas à assécher. Il est indispensable de débarrasser ces partieslà de leurs eaux au moyen de machines d'épuisement.

Ces parties sont entourées de digues de tous côtés. Les épuisements et ces digues bordent ordinairement les canaux ^'°°*"'^''"""'" dans lesquels s'opère la circulation commerciale. Le niveau de ces canaux, qui est réglé sur celui de la basse mer, est plus élevé que celui des terrains dont il s'agit. On fait dans ces terrains des saignées. On j. 19

établit des machines pour puiser les eaux qui se réunissent dans ces canaux bas, et pour les verser dans les canaux supérieurs; car il en existe à plusieurs niveaux successifs, et les eaux sont élevées graduel- Moulins • vent, lemcut d uu étagc à l'autre. Les machines d'épuisement sont ordinairement des machines à chapelet, mises en mouvement par des moulins à vent. On calcule que chacun de ces moulins tourne environ trente- six jours par an, en moyenne. Le r^me atmosphérique de la Hollande permettrait même de les faire tourner pendant 60 jours. On les multiplie assez pour opérer le dessèchement d'une manière complète en temps opportun.

On parvient ainsi à maintenir dans un état propre à la culture beaucoup de polders ^ dont le sol est de 12 et même de i5 pieds (4 ^ ^ mètres) au-dessous des plus basses marées.^ On cultive beaucoup de parties de la Hollande dont le sol est à 24 pieds audessous des hautes marées ordinaires, et à 3o pieds au-dessous des très-hautes mers.

La La mise en valeur des terrains submersibles est

"dcsterra'in"" rcgardéc depuis un grand nombre de siècles comme submmibie. \^ spéciaUté des Hollandais. En 1106, Frédéric.

est la spécialité , ^ . ♦ .

des Hollandais, cvêquc dc Hambourg , permit aux Hollandais de mettre en valeur, à leur profit, les terrains incultes et marécageux des bords de l'Elbe, près de Stade. On a aussi un diplôme de Henri, duc de Bavière et de Saxe, qui concéda , en 1 1 7 1 , à des éti^angers un marais des bords du Weser, près de Brème, caiœ mêmes conditions (est-il dit dans l'acte) qiùon a déjà faites à des Hollandais établis dans les mêmes ier^

^ 1. DeJuc, oiivr. cité, tome V, p. 110 5 lettre 120; 9 sept. 1778.

suivie dans

rainsK Depuis lors, les Hollandais ont été appelés dans beaucoup* de pays qu'il s'agissait de disputer aux eaux 9 comme dans le marais Vernier, à l'embouchure de la Seine 5 dans ceux de Dol (en Bretagne); dans ceux des côtes de la Vendée, de la Charente inférieure, des Bouches-du-Rhône ; dans les marais Pontins, etc.

Rien n'est plus propre à donner une idée juste Marche i des phénomènes naturels dont la Hollande est leiaHoiiandcméme. théâtre et le produit, que d'observer comment elle a été conquise sur les eaux pour être amenée à son état actuel, qui, ainsi que nous venons de le voir, est tout à fait artificiel.

Nous avons des données historiques sur la Hollande depuis 1900 ans, et, ainsi que nous l'avons déjà vu, on peut y retrouver les traces de traditions beaucoup plus anciennes. Les premiers hommes qui ont peuplé la Hollande, ont été vraisemblablement des pécheurs; car, dès la première origine de la civilisation, on a dû faire la pêche sur la mer au moyen de petits bateaux. Aussitôt que les Celtes ont mis le pied sur la mer du Nord , une des premières choses qu'ils ont faites, a été nécessairement de naviguer le long de la plage extérieure, et de s'établir sur les terrains situés immédiatement en arrière des dunes, terrains qui sont naturellement un peu moins bas que l'intérieur du pays.

Telle est l'idée la plus simple qu'on puisse se faire de la manière dont la Hollande a été peuplée originairement. A l'époque de la conquête des Caules et u Hoiunde de la Belgique par Jules-César, la Hollande était ha- "RiraL!"

1. Deluc, ouvr. cité, tome V, p. 111 ; lettre 120; 9 déc. 1178. .#

bitée principalement par les Bataves {^Batavii). Après la conquête de la Belgique ils firent alliance avec le» Romains; ce qui annonçait un peuple ayant déjà une certaine puissance. Il y eut ensuite des gouverneurs romains. Au commencement de 1ère chrétienne, sous le règne de Vitellius, les Bataves, sous la conduite de Cmlis ^ entreprirent sans succès de secouer le joug. Ils subirent celui des Saxons dans le 2.*" siècle, et furent soumis dans le 8.® par Charles- Martel.

Malgré tout ce qu'avait de précaire la manière dont les Bataves occupaient leur pays, il parait qu'ils en tiraient un très-bon parti. D'après la manière dont les auteurs latins en parlent, il est évident que les Romains ont attaché du prix à cette conquête et qu'ils s'y sont eux-mêmes installés. La ville de Leyde {Lugdunum Batavorum) a été bâtie à l'époque de la domination romaine sur le vieux • Rhin, lequel, ainsi que nous l'avons vu, n'est plus aujourd'hui qu'un canal. A l'endroit où il se jetait dans la mer, on a trouvé des restes de monuments anciens appelés huis te Britteriy dans lesquels on a cru reconnaître un fort romain, aroc brilannica, renfermant une maison de plaisance d'Agrippine et une douane; cela annoncerait qu'à cette époque les Romains étaient maîtres du pays, d'où ils partaient pour faire des expéditions dans la Grande- Bretagne.

La II est assez difficile de croire que les pramiers

habitants du pays n'a yen t pas eu l'idée d'établir quelques digues. Toutefois, leur principal moyen d'utiliser les parties que la mer couvre seulement

première digue

est

attribiiëcùOrustis

dans les grandes marées , était d'y élever des tumuliis, sur lesquels ils se retiraient. On attribue à Claudius DrusuSy l'un des gouverneurs romains de la Hollande, la première digue élevée pour soustraire le territoire hollandais au caprice des eaux, et cela prouve au moins qu'avant lui les digues ne jouaient pas un rôle important.

Les digues construites du temps des Romains, étaient sans doute bien différentes de celles qu'on établit de nos jours, et surtout les canaux de cette époque différaient beaucoup des nôtres. Aujourd'hui les canaux sont combinés de telle sorte que les bâtiments qui naviguent sur la mer peuvent y entrer par des écluses. Or, l'invention des écluses ne re- Perfenionnemcuis monte qu'au 12.^ ou au i5.^ siècle; elles ont été pré- p.r 'invention cisément inventées dans ces contrées : jusque-là les ▼aisseaux ne pouvaient remonter dans les canaux. des

.r. ,l). «l'i • moulins à vrnt

Anteriem^ement a 1 invention des écluses, on avait sans doute imaginé des vannes analogues à celles des moulins à eau, pour empêcher l'eau de la mer d'entrer dans les canaux et pour permettre à celle des canaux de s'écouler à la mer basse. Celte invention date probablement de l'établissement des premiers habitants : l'usage des moulins à eau date de l'époque de Jules-Gîsar; mais on a la date la plus ancienne qu'on puisse assigner à l'établissement des polders par celle de l'établissement des moulins à vent, introduits en Europe à l'époque des croisades. • Jusque-là, il est vraisemblable qu'une partie con- La n«iunde«t

• 1/111 . , r • t • l'ouvrage

siderable du pays est restée soumise au régime an- des phénomènes cien , sous lequel les marées pouvaient faire libre- . ,"»<["«""

^ J. 1 al endiguei

ment leurs incursions. Ce sont les phénomènes qui s<'"«rai

des écluses et rintroduction

endiguement

se sont passés Va tranquillement, pendant plus de 4000 ans, sous le régime des incursions libres de la mer, qui ont produit le sol des Pays-Bas tel que nous le voyons maintenant. La Hollande endiguée n'a eu encore qu'une très*courte existence comparativement à celle qu'a eue la Hollande ouverte librement aux marées.

Les dignes C'cst vcrs Ic 12.^ sièclc que les digues ont comiZl^l^^lZrôit mencé à jouer un très-grand rôle en Hollande. Elles versie.2.««ècie. ^j^^ foumi Ic sitc primitif de plusieurs villes, qui

en ont pris leur nom, comme Rotterdam et Amsterorigine dam : Ic mot dam signifie digue en hollandais. Roi-

de Rotterdam et,i »i* .• i» .*. ••*

d'Amsterdam, tcrciam sc trouvc a la jonction dune petite nviere qu'on appelle la Rotte, avec la Meuse; et son nom veut dire la digue de la Rotte. Le nom d'Amsterdam veut dire la digue de l'Amstel. Cette ville, qui n'était encore qu'un village au 12.^ siècle, a été bâtie sur la digue de l'Amstel; elle a été fortifiée en i48a» et s'est considérablement développée à l'époque des guerres des Provinces- Unies contre l'Espagne.

Progrès niiërieurs. La couvcrsion cu polders de toutes les parties de de la Hollande susceptibles de dessèchement n'es pas encore un fait définitivement accompli ; mai on travaille tous les jours à le compléter par d nouveaux travaux. U y a des parties qui n'ont pat encore été desséchées jusqu'à présent et qui pou raient l'être sans danger : telle est, par exempl Extension la mcr dc Harlem. Cette mer de Harlem, qui n'

^3dTHarfem!" ^^l'un kc (ïcau doucô , occupe aujourd'hui un ass

grand espace. Cet espace a été anciennement UBt ^ série de tourbières, dont l'exploitation a fait naîdr^s des étangs. Les eaux de ces étangs ont, dit-on, démoK i

NÉERLANDAIS. 2gS

les berges qui les entouraient, et ont ainsi graduellement étendu leur lit, qui s'est agrandi d une manière étonnante par suite de rabaissement dune digue, en i55o, près de Sparndam. A cette époque la mer de Harlem contenait seulement 3o4o journaux (le journal de 600 ruthen carrées). La mer de Leyde^ qui était alors séparée de la première, contenait 2176 journaux; la mer de Spiering 85o, et la mer yieille 520; en tout 6585 journaux. Ces mers, réunies en une seule, contenaient déjà en 1591 12,375 journaux; en 1647, 1 7*^82 journaux; en 1689, 18,100 journaux; en 174^, i9,5oo journaux, et en 1769, en y comprenant les marais , qui ne forment presque avec elle qu un seul tout, environ 3o,ooo journaux ou 1 5,000 hectares. Dans ces derniers temps on a cbercbé à prévenir, par 1 élévation des digues, une extension encore plus grande de cette masse deau douce. *

Le lit de la mer de Harlem, dans sa partie la saprofondeu plus profonde, est à 4 mètres au-dessous du plan général de comparaison des cotes de nivellement de la Hollande; la profondeur moyenne ne dépasseras -3 mètres au-dessous du même zéro. Les eaux, en idbpersant les débris de cette tourbe qui s'est sans <4doute en partie décomposée, en ont étendu la manière sur leur fond, où elle forme une couche argileuse éminemment propre à la culture; mais c'est na sol assez bas, assez difficile à protéger.

Déjà avant l'année 1778 on avait conçu le projet s«n ^assécher cette région au moyen de machines a va- p,ojeië. peur. La chose parait être au moment de s'exécuter,

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