‹ Leçons de géologie pratiqueChapitre 7 sur 153 · Voltaire, septième chant de la Henriade · texte numérisé non relu

Voltaire, septième chant de la Henriade

était né en 1745. Werner était né en 1760; il était plus jeune; mais Werner s'est livré à un genre de travail plus sédentaire, qui exigeait de moins longs préliminaires que les autres, de sorte qu'il a pu commencer plus jeune à en soumettre les résultats au public. Ainsi, tous ces savants étaient à peu près contemporains, et les premiers ouvrages par lesquels ils se sont fait connaître et par lesquels ils ont commencé à exercer de l'influence sur la science, ont à peu près la même date.

Werner a publié sa classification des caractères extérieurs des minéraux, ouvrage de cabinet, qui, à ce titre, avait pu se faire en beaucoup moins d'années que de longs voyages, en 1774» à Fâge de vingt-quatre ans; il a été nommé inspecteur des cabinets de l'académie des mines deFreyberg en 1 775. Pallas a fsiit ses premiers voyages dans les différentes provinces de l'empire de Russie, tant en Europe qu'en Asie et même dans la Sibérie orientale, de 1768 à 1774. Il était parti, de même que Cook, pour une expédition dont le but était d'observei; le second passage de Vénus par le disque du soleil en 1 7 69. A son retour il a publié , en 1 7 7 7 , ses observa tions sur les montagnes, et peu d'années après, les nombreux volumes de ses premiers voyages.

Saussure avait commencé fort jeune encore à voyager dans les montagnes qui entourent Genève. De 1760a 1764 il étudia les glaciers du Mont- Blanc; en 1768 il parcourut la France et l'Angleterre; en 1772 il mesura le Vésuve et l'Etna. C'est en 1779 qu'il a publié les premiers volumes de ses voyages dans les Alpes, dans lesquels il a consigné

tant d observations importantes , non - seulement pour la géologie, mais aussi pour la météorologie, à laquelle il a fait faire également de très-grands progrès.

Ainsi, à quatre ou cinq années près, les premières publications de ces grands observateurs ont coïncidé. Mais cette brillante pléiade, éclose pour ainsi dire aux rayons du soleil de BufFon, a commencé par le faire pâlir.

Ces divers savants qui , par le seul fait de leur contemporanéité, devaient former une école nouvelle, ont plutôt suivi les errements de Linné que >éoiogif nonveiie, Ics couccptions dc BufFon. Us n'étaient pas satisfaits circ«r'ecte. ^® ^^^^ ^^ qu ils trouvaicut dans les ouvrages du dernier; ces grandes vues, jetées en avant, leur donnaient l'idée de beaucoup de questions d'un ordre inférieur qui n'étaient pas résolues. Us en ont cherché la solution en interrogeant eux-mêmes la nature, et les réponses qu'ils en ont obtenues, ne leur ont pas paru conformes aux principes de BufFon. De là est née une géologie nouvelle, empreinte avant touîT de la crainte de s'égarer, beaucoup plus basée «urles observations, sur les faits, que celle du philosophe de Montbard, et qui, dans ses premiers résuItatS) paraissait très-contraire aux idées générales de BufFon, et semblait devoir les faire classer pour toujours parmi les romans. Ce n'est qu'à la suite d'une très-longue série d'observations qu'on en est revenu à des idées analogues à celles exposées dans la théorie de la terre et dans les époques de la nature.

Il arriva naturellement que, pour attaquer un

colosse comme BufTon, pour faire sentir en quoi on croyait qu'il s'égarait, pour arriver à quelque chose de précis et de fixe, on sentit la nécessité de faire beaucoup d'observations sur le terrain, et c'est particulièrement depuis lors que la géologie pratique est devenue en quelque sorte une profession 5 c'est aussi de là, c'est-à-dire de la fin du 18.® siècle, on u dutingue epqque à laquelle de Saussure, Pal las et Werner "";^;;j" '* ont commencé leurs travaux, que date cette géologie toute positive pour laquelle on a créé le nom de ^éognosie.

Ces auteurs ont eu des caractères très-différents, 50'ils ont portés dans leurs ouvrages, et dont ils ont introduit les effets dans la science.

De Saussure et Pallas étaient plus directement observateurs; tandis que Werner, qui a été observa- ' teur aussi , miais qui ne l'a été que dans un cercle assez restreint, exerçait plutôt la puissance de son génie sur la classification et la coordination des observations. Il a enseigné encore plus à analyser, à Êcoie classer et à coordonner les faits, qu'à les observer *^« ^"'t^*»*'^ sur une très-grande échelle; et ce sont principalement les préceptes qu'il a donnés pour classer et pour coordonner les faits observés, et surtout pour les décrire dans un langage fixe et précis , qui ont déterminé sa place dans la science, qui en ont fait, à certains égards, le père de la géologie descriptive, II avait fait aussi une théorie de la terre; mais elle est aujourd'hui abandonnée , et on n'en parle presque plus, quoiqu'elle ait paru d'abord supplanter celle de Buffon.

Esprit éminemment didactique, Werner fut par-

(les hommes de 1769.

dessus tout un professeur attachant, et Tattrait qu'il sut communiquer à son enseignement, contribua puissamment à donner à son nom et à ses idées une vogue plus étendue que n ont eu les idées de ses émules. L'école de Freyberg était, dans les dernières années du 18.* siècle, le centre des études géologiques. Il en est sorti de nombreux observateurs, qui ont fait dire avec juste titre à M. Cuvier, que «d'un bout du monde à l'autre on a interrogé la nature au nom de Werner.^' C'est là, en effet, son. plus beau titre de gloire.

École A la suite de cette école de la fin du 18.^ siècle,

est venue celle des hommes de 1769, qui ont commencé leurs travaux lorsque l'influence de WernCT était la plus grande, à la fin de la révolution française, au moment où la chute de l'ancien régime fit place en tous genres à un nouvel ordre d'idées, où les nations commencèrent à se mêler plus qu'auparavant 5 alors parurent M. Cuvier, M. de Humboldt, M. de Buch, enfants, comme M. de Chateaubriand, de cette fameuse année 1769 à laquelle la naissanoe de Napoléon assurerait à elle seule une si longue vie dans l'histoire.

Buffbn, par ses écrits, que leur style seul rendrait immortels, avait conquis pour la géologie une place imprescriptible dans la pensée humaine; de Saussure avait montré l'art d'observer; Werner celui de décrire; Pallas et Dolomieu avaient exploré des contrées inconnues et en avaient tiré des enseignements d'une importance fondamentale; M. Cuvier, dont la fin si cruellement prématurée a privé l'histoire naturelle tout entière , et la géologie en parti-

culier, d'une de ses plus vives lumièi'es, a lié d'une manière indissoluble, par ses ossements fossiles, Thistoire de la nature inorganique à celle de développement de la nature vivante; M. de Humboldt a pris possession du globe au nom de la science, plus complètement qu'aucun autre ne l'avait fait avant lui ; M. de Buch a poussé plus loin qu'aucun de ses devanciers le talent d'interroger la nature et de lui dérober ses secrets. Nestors de la science, ces deux derniers en sont en même temps les guides les plus infatigables, et leur admirable activité contribue puissamment à lui conserver ce caractère positif qu'elle doit à l'assimilation incessante d'un nombre immense de faits éclairés, mais non altérés, par des vues aussi profondes qu'ingénieuses.

Vous avez déjà pu entrevoir que ce qui particu- u caractère larise le plus la géologie, comme toutes les sciences en *^* *ré.uhl°^ ' général , c'est la manière dont il faut s'y prendre pour ^* ^"^ ™*°'"' la cultiver. L'histoire de l'esprit humain montre à n f.iit •> prendre

1 91* • n . yi pour Péludier-

chaque pas quune des circonstances qui tout qu il y a des sciences distinctes, c'est qu'il faut que chaque classe de savants se spécialise dans une branche de connaissances. Quand une fois il s'agit de se spécialiser, on embrasse seulement les parties, l'étendue de connaissances qui peuvent être étudiées de la même manière, par les mêmes procédés, en s'assujettissant au même genre de vie; de sorte qu'une des choses qui spécialisent la géologie, c'est le genre de vie auquel les géologues sont obligés de se vouer. Un des points les plus essentiels pour le géologue, c'est de savoir établir son cabinet de travail en plein champ. Péripatéticien d'un nouveau genre, il doit

pouvoir y faire ses réflexions librement, y porter

son attention, séance tenante, sur toutes les choses

dont il pourra tirer quelques conclusions.

En quoi elle diffère Les géologucs qui vculcut recueillir des faits, sont

l'aitrolomie obHgés d'aller les chercher sur le ten'ain : de là une

et de grande différence, par exemple entre lastronomie

la minéralogie. ^ 'i«t> 11/»« •!

et la géologie. Jj astronome attend les taits, il guette les astres à leur passage au méridien, lorsque le ciel est serein, comme un pêcheur à la ligne attend que le poisson vienne mordre. Au contraire, le géologue va à la recherche des faits sur toute la surface du globe, comme un chasseur. Quoiqu'il y ait beaucoup de points de contact entre les deux sciences, c'est là un point dans lequel elles diffèrent essentiellement.

Comme les géologues rapportent de leurs voyages des roches, des coquilles fossiles, on appelle quelquefois plaisamment une excursion géologique une chasse auoc pierres , et quelques personnes semblent penser que Uart d'obserçer en géologie n'est guère que l'art de recueillir des échantillons. Mais il y a ici une distinction à établir; le soin matériel de ramasser ces objets est le métier des collecteurs, et souvent les collecteurs le font aussi bien et mieux même que les géologues. Ces derniers pourraient, à la rigueur, se borner à indiquer ce qu'il faut re* cueillir, et ils doivent posséder, pour cela, un art beaucoup plus délicat : celui de choisir des échan* tillons, coordonnés * de manière à représenter la composition minérale d'une contrée; ce n'est cependant encore là qu'une petite partie de l'art d'observer tout ce qui peut y donner matière à des dé-

ductions géologiques. Les géologues, en même temps qu'ils ramassent les échantillons qui peuvent leur servir à se rappeler et à approfondir ce qu'ils ont vu en différents points, recueillent une foule d'observations et de notes qui sont leur principale récolte et l'objet spécial de leurs vovages. Les excursions, les voyages géologiques sont, si je puis me permettre cette expression, une chasse auœfaiiSy aux observations.

Cest là ce qui distingue le géologue non -seulement du collecteur, mais aussi du minéralogisle. Ce dernier n'examine les minéraux que dans leurs formes, leurs propriétés intrinsèques. La minéralogie est une science de cabinet : la détermination des espèces minérales se fait dans le laboratoire; peu importe d'où vient la pierre lorsque le minéralogiste l'examine. Ainsi Haùy, qui a fait faire les plus grands pas à la minéralogie, n'a presque pas voyagé ; et Wemer, qui considérait surtout la géologie au point de vue minéralogique , avait lui-même trèspeu voyagé.

En résumé, ce qui caractérise réellement les géologues, c'est qu'ils vont recueillir sur les lieux mêmes les faits sur lesquels ils raisonnent; c'est à cette condition seulement qu'ils en acquièrent pour eux-mêmes et qu'ils en peuvent donner à d'autres une conscience intime.

Il est nécessaire, pour bien remplir cet objet, que conn.isMnces le géologue ait des connaissances précises et variées, '^^'ob.wvateur* qu'il soit exactement au courant de l'état de la «^"'«^t^epourvn. science. Celui qui ne sait rien en géologie, ne sait ce qu'il doit observer; celui qui n'a que des con-

3o MARCHE PROGRESSIVE

naissances vagues et superficielles, qui n'a pas de connaissances appropriées, parcourt quelquefois une très -grande étendue de pays sans rien voir, sans faire attention à ce qu'il voit. Il faut avoir l'attention éveillée pour être frappé des faits quelquefois les plus palpables. C'est pour cela que, pendant des siècles, on est demeuré en présence des phénomènes les plus curieux , sans les remarquer, et on est quelquefois bien étonné, lorsqu'on a eu l'attention appelée sur un nouveau genre d'observations, d'apercevoir, dans une localité regardée comme trèsconnue, des choses qui ont été vues mille fois et qu'on n'a pas encore signalées. Il est quelquefois nuisible , cependant , d'avoir des idées préconçues sur les objets que l'on va observer , parce qu'on est porté à voir les choses comme à travers un prisme. Dans quel esprit Cclui qui u'a quc dcs idées systématiques, voit par* oit^^inger ^^^^ j^ coufirmatious plus ou moins forcées de ces ob.ervaiion,. ij^eg^ gj j^q yoit pas autrc chosc; mais il est nécessaire que l'attention soit attirée vers les différentes questions auxquelles on peut répondre par les observations.

On croit quelquefois, lorsqu'on n'a qu'une con»» naissance très- superficielle de la géologie, que les géologues voyagent pour vérifier différents systèmes. C'est s'en faire aujourd'hui une idée extrêmement fausse. Les voyageurs qui, depuis un certain nombre d'années, ont exposé leur vie dans des contrées lointaines et inhospitalières pour l'avancement de la géologie, ne l'ont pas fait en vue de tel ou tel système, mais pour recueillir des observations, pour élever les apparences de telle localité, inconnue

DE LA GÉOLOGIE. 3l

avant eux, au rang de faits scientifiques avérés. La célébrité de quelques localités devenues clas* siques par les découvertes qu'ils y ont faites est le monument qu'ils ont réellement ambitionné. Il est au reste peu de monuments plus durables, et jamais, sans doute, on ne fera la liste des volcans sans répéter à la suite des noms du mont Erèbe et du mont Terror celui de l'intrépide capitaine Ross qui les a découverts au milieu des glaces du pôle austral.

Cette noble ambition, qui a fait braver souvent aux voyageurs tant de privations et de dangers , est en pariÊEiite harmonie avec la marche actuelle de la science. Le grand avantage et le grand mérite de la forme qua pris de nos jours la géologie, c'est de présenter un cadre où les faits nouveaux viennent se ranger d'eux-mêmes, et où ils reçoivent une nouvelle valeur de leur simple jucctaposilion à des faits déjà connus, pour ainsi dire, comme des chiffres qui reçoivent une grande valeur des autres chiffres, ou même des zéros près desquels on les inscrit.

Des faits isolés, dont la tendance et la portée ne peuvent pas toujours s'apprécier directement, acquièrent une très -grande importance lorsqu'on peut les coordonner avec d'autres. Convaincus de cette vérité, des observateurs se sont passionnés avec raison pour observer des faits en apparence peu considérables, qu'il ne s'agissait que de constater par un oui ou par un non, et ils ont par là £iit faire des progrès réels à la science. Telle petite circonstance observée aux antipodes, en Bolivie, dans l'Inde, est venue combler quelquefois une lacune fâcheuse dans les observations recueillies en

Europe, ou en montrer la généralité. Il est utile, en pareil cas, que l'attention soit éveillée. Un observateur non stimulé n'y aurait peut-être pas feiit * attention; ne sachant pas que des remarques du même genre avaient été faites dans d'autres pays, il en aurait méconnu l'importance.

De pareilles lacunes à remplir sont des pierres d'attente précieuses pour l'explorateur; mais pour être apte à profiter de ces occasions, il faut avoir une connaissance étendue des observations déjà, faites; il faut connaître les groupes naturels de. faits qui se sont manifestés déjà; mais qui sont restés incomplets, et qui sont susceptibles d'être complétés par des observations nouvelles, recueillies surtout dans des pays inexplorés.

Comment Préparer à cette tâche souvent glorieuse et tou-

la srience doit • r m /^.ll^l • 1 * . A.

lui être en.eignëe. Jours emincmmeut proti table a la science, doit être Tpbjet principal d'un cours destiné à présenter la géologie de la manière la plus propre à guider dans l'observation, et à rendre les observations aussi fécondes, aussi productives que possible.

Pour y parvenir, surtout maintenant que le nombre des faits est déjà très-considérable, il n'y a rien de mieux à faire que de partir des faits connus et de les prendre eux-mêmes pour guides.

Les faits se tiennent tous comme par la main, et s'enchaînent les uns aux autres. Les faits connus sont comme autant de jalons qui conduisent aux faits inconnus; ils s'alignent pour ainsi dire les uns avec les autres. Les uns et les autres font partie de lignes continues et régulières, où quelques parties une fois connues font deviner la direction du reste.

Quand une fois on a saisi le (il , il n'y a plus qua le Enekainemeiit suivre^ on est presque sûr dans la direction indiquée ^" ^"'^ d'être conduit des £siits connus à des faits nouveaux, de trouver des choses intéressantes et utiles à constater ; et on y est conduit bien plus sûrement que si on allait à l'aventure, ou guidé seulement par des considérations théoriques qui, souvent, lorsqu'on s'écarte des observations qui leur servent de base, peuvent cesser detre exactes, et induire en erreur.

La manière de grouper les données de la science qui est la plus propre à guider l'observateur, est celle qui met le mieux en évidence cet enchatnement des faits, qui mène du connu à l'inconnu. En traçant ces espèces d'alignements qui conduisent des £siits connus aux faits inconnus, on dessine en quelqqe sorte les bases de la géologie. On met ainsi en évidence les pierres d'attente de la science et tpus les joints de l'édifice scientifique.

La géologie est une science très -peu développée l. géologie par rapport à ce qu'elle doit devenir un iour. C'est "''•^'T'' '*"'""* une science en construction , dont on ne pourrait enconmuciion. même encore indiquer le plan complet que d'une manière conjecturale; mais on peut suivre les contours des constructions inachevées , voir les pierres d'attente qu'elles présentent, et indiquer ou elles paraissent tendre. En examinant les fondements déjà posés, on arrivera à se faire une idée de ce que devra être l'ensemble; et ce qu'on pourra en deviner sera du moins appuyé sur des bases cer-

-^ fl . ^.* "^ 'T/^ ' Son plan même

tames. On procédera ainsi pour un edince a ter- n est p«. encore miner, mais dont le plan existe dans la nature, '^^TëvouT"* I. 3

Rapports de la géologie

avec r archéologie.

Avanlages

qaVUe a sur

celle dernière*

comme procède Farchéologie pour des monuments qui ont existé, mais dont il ne reste que des ruines.

Envisagée même au point de vue le plus général , la. géologie a beaucoup de ressemblance avec l'archéologie considérée comme base de l'histoire, de ces parties de l'histoire qui doivent être créées de toutes pièces, en raison de ce qu'on manque de documents écrits, de ce qu'on est obligé de se baser simplement, sur des monuments laissés, par exemple, par des peuples dont l'histoire n'a jamais été écrite. L'archéologue cherche à rétablir ces parties de l'histoire d'après l'observation des tombeaux, des temples, des villes ruinées, des médailles; la géologie cherche à retrouver l'histoire de la terre d'après l'observation des monuments naturels, d'après les traces que les différents événements, dont notre globe a été le théâtre, ont laissés sur sa surface.

La géologie a, sous ce rapport, deux avantages sur l'archéologie : d'abord, le nombre des faits naturels, des traces d'événements physiques imprimées sur la surface de la terre, est plus considérable que le nombre des monuments que les hommes y ont construits. Ainsi , la géologie est une science bien plus riche sous le rapport du nombre des £aiits. Ensuite , quand il s'agit des déductions qu'on peut en tirer, la géologie a encore un avantage sur l'archéologie. Si on cherche à baser l'histoire sur les monuments laissés par l^s hommes, on est natu*rellement conduit à établir des liaisons entre les événements d'après les lois qui président ordinairement à l'accomplissement des faits sociaux. Dans rhistoire des événements naturels arrivés sur le

globe, on est conduit de même à chercher des liaisons entre les phénomènes successifs d'après les lois naturelles qui les Fuissent également. Or, les lois qui Fuissent les pnénomènes naturels sont beaucoup plus simples, mieux constatées et plus faciles à €x>ilnaitre a jfotuFque celles qui lient les faits sociaux entre eux; de manière qu'on peut espérer, apuès avoir recueilli un nombre suffisant d'observations, d'arriver, en les coordonnant convenablement, à connaître les origines de certains terrains avec plus de certitude peut-être que les origines de certains peuples. Mais il faut procéder pour cela avec toute la méthode, toute la sévérité que mettent les historiens en procédant sur des bases archéologiques pour établir les vérités historiques.

Les spéculations par lesquelles les géologues cher- systèmes client à rétablir l'histoire de la terre, d'après les de^p^l?!r^as monuments qui se trouvent à sa surface, deviennent ^^««ïf» tons les jours plus embarassantes à manier. Les dernières années ont ajouté beaucoup d'éléments nouveaux à l'édifice, et tous les jours on l'élève davantage. Il devient ainsi plus difficile d'en gravir le faite pour en saisir l'ensemble. Cependant, pour se faire écouter sur ce chapitre si séduisant, on est toujours obligé de montrer qu'on se base sur l'ensemble des faits observés. Ces faits se multipliant sans cesse, il devient de moins en moins facile de présenter une théorie assez évidemment en harmonie avec ce qui est généralement connu pour obtenir d'être au moins prise en considération. C'est pour cela que l'appari- n. deviennent tien de nouveau» systèmes devient de plus en plus **" '^'"* *" '^^"' rare. Ce n'est pas que les spéculations géologiques

rares.

science.

aient rien perdu de l'attrait quelles présentaient dans Tenfance de la science; au contraire, les faits curieux qu'on découvre sans cesse leur donnent à chaque instant un nouvel ai^illon. Mais il nest plus possible d'établir légèrement des systèmes, d'in^ troduire dans la science, avec ^elque apparence de fondement, des aperçus hasardés. Or, c'était là ce qui était dans l'origine le plus facile à faire. Voilà pourquoi on faisait autrefois tant de systèmes, tandis qu'aujourd'hui on eh fait si peu.

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