II. Il est bien plus rare aujourd'hui de voir présen
"'dé^wwër!!"* ter aux académies un nouveau système géologique
^* qu'un nouvel essai de quadrature du cercle. Mais, de même que les tentatives faites encore de temps à autres, par quelques esprits mal avisés, pour trouver la quadrature du cercle ne déconsidèrent pas la géométrie, qui repose sur des bases immuables, de même certaines idées hasardées, qui pourraient être mises en avant par quelques individus, ne peuvent faire perdre de vue à personne les bases larges et solides sur lesquelles l'observation fait re* poser la géologie.
Des Quant à ces systèmes si promptement abandon-
TnTeu ^rjnt" ^^s , qui out été les premiers jeux de l'enfance de de ruiiiîié. la science , aucune des branches de l'histoire naturelle ne les a complètement évités , et cela aurait peut-être été plus difficile à la géologie qu'à toute autre science, à cause de la nature même de son objet Il est certain qu'ils ont quelquefois été un obstacle par la peine qu'il a fallu prendre pour en réfuter quelques-uns; mais les géologues de nos jours, tout pénétrés qu'ils sont à juste titre des dangers de Tes-
prit systématique, auraient tort, je crois /de savoir trop mauvais gré à leurs devanciers d'avoir présenté un très -grand nombre de systèmes , même de ceux dont il n'est resté qu'un souvenir ridicule. Si on traite quelquefois ces systèmes avec dédain, on ne doit cependant pas se montrer à leur égard d'une complète ingratitude, car ils ont eu leurs avantages qu'on ne saurait méconnaître : ils ont servi à mettre en lumière les faits à expliquer, à les signaler à l'attention, à les rapprocher, et, comme l'a dit un écrivain aussi savant qu'ingénieux, à accoutumer lesprit humain à porter enfin une vue philosophique sur ces étonnants phénomènes et à oser se mesurer ai^ec euac.]
«Un autre avantage, et plus précieux encore,^' continue M. Flourens , « c'est que tous ces systèmes , excitant les esprits, amenèrent bientôt de toutes parts des observations plus nombreuses , pluS précises, plus complètes, dont le premier effet fut de renverser tout ce que ces systèmes avaient d'imaginaire et d'absurde^ et le second, de fonder sur leurs débris mêmes la véritable théorie, l'histoire positive de la terre. ^ Ils ont tout au moins servi à en pré- p^n, ,^„„i, parer peu à peu les éléments en faisant naître par p*'
\ -ni • •■ T t groupes naliTrels.
degrés 1 habitude de grouper ensemble, de la manière la plus naturelle, par familles y pour ainsi dire, les faits dont aucun système ne pouvait nier la certitude, et que tous étaient forcés de mettre en oeuvre. Le groupement, une fois opéré, a survécu
1. Eloge de Cuvier, par M. Flourens. (Mémoires de l'académie i-ojale des sciences de Tlnstitut de France; tome XIV, page xxn.)
aux idées souvent hasardées, qui avaient servi à rapprocher les faits isolés, à faire sentir leurs analogies. Ces groupes naturels subsisteront toujours ; ce sont àes faits généraux ^ acquis définitivement à Chacun la science. Les faits individuels qui se ressemblent, ^"coIumi^' resteront toujours rapprochés les uns des autres, et le germe d'une loi jjg cesscront dIus dc S cclaircr mutuellement : résul«
naturelle. A ^
tat bien précieux; car le lien de chacun de ces groupes n'est autre chose que le germe d'une loi partielle, analogue par sa nature à ce que sont en astronomie les lois de Kepler. De l'interprétation de toutes ces lois réunies se composera finalement, comme l'a si bien fait sentir M. Ampère, la théorie de la terre. ^ L observateur Sur le tcrraiu, dans ses voyages, l'observateur doit
doit bien connaître .. « \ r. .IJI
c«, surtout songer a compléter ces groupes naturels de ^'""deV^r '*' faits, ^attention fixée sur chacun de ces groupes excité à de nouvelles observations , qui tendent podr ainsi dire tout naturellement à les arrondir. Il suffit que le voyageur possède bien les éléments prinqipaux de chacun d'eux pour voir , dans des contrée nouvelles non explorées, quelles sont les circou^ stances qui viennent y ajouter un fait nouveau. Il n'y a donc rien de plus utile, pour se préparer à faire de nouvelles observations, que d'apprendre à bien connaître ces groupes natm^els de faits d'après les rapports mutuels qui les unissent entre eux:, et en se servant quelquefois même, au moins comme moyen mnémonique, des idées théoriques qui ont pu conduire à les rapprocher.