TRAITEMENT PALLIATIF DU CANCER
Lorsque d'emblée on reconnaît que l'infiltration cancéreuse s'est déjà étendue au-delà de la matrice ou si ayant cru devoir faire des tentatives de cure radicale on s'aperçoit qu'elles échouent, l'objectif du traitement change complètement, . Au lieu de sacrifier des tissus, il faut les épargner le plus possible.
• Si aux pertes de substances de cause ulcérative on en ajoute encore d'autres, résultat d'opérations, on hâte l'apparition des perforations et des fistules et on précipite l'issue fatale de la maladie.
Malgré la façon toute conservatrice dont il faut procéder on ne doit cependant pas renoncer d'une façon absolue à la curette et aux caustiques.
Les tissus mortillés, gangrenés qui ne font que livrer des matériaux à l'auto-infection ; les bourgeons mous, friables, très vasculaires par lesquels se produisent des hémorrhagies débilitantes doivent être enlevés ; mais il faut respecter les tissus qui, quoique infiltrés, sont encore en assez bon état pour constituer des parois effectives.
Fio-, 84.^ Caucei- de l'utérus. La totalité de l'organe est euvahie.
On peut faire le sacrifice des premiers; on doit, au contraire, ménager les seconds.
Quand la cavité utérine est visible, cette distinctionest facile
à faire. , ^,
La curette dans le traitement palliatif doit donc être em^
ployée avec réserve.
Les cautérisations ignées ou chimiques rendent, par contre, de réels services. L'acide chromique au dixième, l'acide aceti-
que glacial dont l'action hémostatique est plus sûre que celle du perclilorui-e de fer, le nitrate d'argent, etc., etc.,
J'emploiesouvcnt le Ihermo- cautôrePaquelin.Il est aux cautères métalliques pleins ce que le nitrate d'argent est au chlorure de zinc. Nulle dansla profondeur, son action est très intense sur la couche immédiatement en contact avec lui. Il n'a pas de puissance de rayonnement; cela tient à ce qu'il est vide et constitué uniquement par une mince enveloppe de platine.
Le but du traitement palliatif est:
10 d'arrêter les déperditions organiques ;
2" d'empêcher les décompositions septiques ;
3" de calmer les douleurs.
Mieux il est atteint, plus la vie des malades se prolonge dans des conditions physiques et morales relativement satisfaisantes.
Les substances antiseptiques d'une action lente sont tout spécialement indiquées.
L'iodoforme, le salol et le térébène sont, selon mon expérience, celles dont les propriétés répondent le mieux aux désiderata d'un bon pansement du cancer utérin ulcéré.
J'emploie aussi quelquefois le bismuth, qui jouit à un degré plus faible des mêmes propriétés; il est toujours parfaitement toléré.
J'associe à la substance désinfectante, un caustique astringent, ordinairement le sulfate de cuivre, et, si la malade souffre beaucoup, j'ajoute une certaineproportion de morphine ou d'atropine.
lodoforme 40,0 gr.
Suif, de cuivre 10,0 gr.
Morphine 4,0 gr.
Faites une poudre impalpable.
J'emploie cette poudre en insufflations dans la matrice. Le térébène mélangé en parties égales avec de l'huile d'olive exerce sur les décompositions septiques un effet aussi pro-
noncé et au moins aussi durable que l'iodoformc. C'est en môme temps un désoclorant parfait.
Lq tamponnement de l'ulôvus a pour effet de convertir le clapier en une plaie ouverte et drainée ; une fois retiré, il permet d'atteindre, par des applications médicamenteuses, toute l'étendue des lésions.
Une oblitération répétée tous les huiî jours, ou tous les 15 jours, suivant le degré de destruction du muscle utérin, suffit pleinement pour entretenir une dilatation suffisante.
Entre les séances d'obturation, je me borne à faire tous les 2 ou 3 jours un pansement qui consiste ù. essuyer les parois avec des pelotons de ouate trempée dans une solution de sublimé à 1/1000 et j'envoie ensuite dans la cavité utérine, au moyen d'un insufflateur, deux ou trois nuées de poudre qui se colle contre les parois, et je place enfin dans les culs-de-sac des tampons chargés de térébène.
C'est là un pansement indolore, très simple^ très vite fait ; plusieurs fois, je l'ai vu retarder des perforations qui de prime abord me paraissaient imminentes.
Je confère à toute la plaie l'apparence dite de bonne nature. Une végétati.on épithéliale uniforme et d'une belle couleur pousse à la surface, qui se trouve modifiée de telle sorte qu'on pourrait croire à un bourgeonnement précurseur d'une cicatrisation. Mais le temps se passe sans que la cicatrisation se produise et si on examine au microscope quelque particule de ce tissu, on reconnaît bientôt sa nature cancéreuse.
J'hésiterais à consigner le fait suivant s'il ne s'était pas reproduit plusieurs fois et s'il n'avait pas été constaté par des collègues qui suivaient les malades en môme temps que moi.
J'ai vu régulièrement les extensions vaginales superficielles se cicatriser complètement sous l'influence de ce traitement.
Il tend à prouver que les extensions dues à l'inoculation sur des surfaces muqueuses sont plus facilement curables que les
lésions du siège primitif ou que les iiifiitrations, qui se répandent par le tissu cellulaire.
J'ai des malades chez lesquelles les lésions sont très avancées et qui, cependant, vont et viennent et gagnent leur vie ; elles ne répandent aucune odeur autour d'elles.
Soit la diversion de leurs occupations, soit l'inconscience de leur état réel, soit enfin le bien-être physique relatif qu'elles éprouvent, elles sortent de cet état de désespérance dans lequel restent plongées les cancéreuses non soignées.
Elles peuvent rester longtemps dans cet état jusqu'à ce que l'urémie, la thrombose, la pneumonie ou quelque autre maladie terminale les enlève.