ANTISEPSIE
Messieurs,
Avant d'aborder notre sujet, c'est-à-dire l'étude des explorations et des opérations gynécologiques, pern:ietlez-moi de vous dire quelques mots de l'Etiologie des affections de l'appareil génital de la femme.
On peut assigner à ces affections quatre grandes causes générales.
Elles sont dues:
1° à des défauts de conformation ; 2° au traumatisme ; 3" à l'infection ;
4» enfm, à des proliférations anormales de tissus qui forment des tumeurs bénignes ou malignes.
Il est vrai qu'on en pourrait dire autant des affections de chacun de nos appareils.
Cependant, les organes delà femme présentent des particu-
laritésqui donnent à l'éliologie de leurs affections des caractères propres dont la détermination aide puissamment au diagnostic.
Les vices de conformation ne s'y révèlent en général pas d'emblée; ils ne se trahissent par des symptômes qu'à partir de l'époque où les organes commencent à fonctionner, à la date des premières règles, de la première grossesse, de la première couche.
Une lois l'ère des désordres ouverte, la maladie n'a aucune tendance à s'amender spontanément : les troubles, menstruels, la difficulté à concevoir, la tendance à l'accouchement prématuré ou laborieux, iront en s'accentuant toujours davantage.
Quant au. traumatisme, ailleurs il est toujours accidentel, ici Il est lié fatalement à l'exercice même de la fonction. Lors de l'accouchement il se produit inévitablement des déchirures aux orifices, des éraillures dans le vagin, des diastases dans la musculature du plancher pelvien.
Ce traumatisme dans la règle se répare tout seul ; mais cette règle comporte tant d'exceptions que nous ne pouvons pas citer d'autres organes sujets à autant de mutilations.
Ces mutilations ont pour effet de laisser la vulve béante, d'ouvrir le canal cervical, d'affaiblir les parois vaginales et le diaphragme qui ferme le détroit inférieur ; elles donnent lieu, en un mot, à des troubles permanents dans l'équilibre normal des organes génitaux.
L'infection, nous le savons, marche côte à.cùte avec le traumatisme ; elle s'insinue par toutes les issues qu'il lui a ouvertes. Qu'elle soit blennorrhagique, puerpérale où simplement catarrhale, elle s'installera d'autant plus facilement dans les . organes génitaux que ceux-ci sont plus exposés à présenter des solutions de continuité, des muqueuses en ectropion ou des surfaces irritées et dénudées de leur épithélium.
Quant aux tumeurs^ les organes génitaux de la femme présentent, en raison même de leurs fonctions, une aptitude toute spéciale à faire du tissu.
Chaque mois ils sont le siège d'une déperdition sanguine, leur revêtement épithélial s'exfolie et se reforme. Une fois la fécondation opéi'ée,la matrice augmente de poids et de volume, et l'œuf qui, simple cellule au début, pèse à terme plusieurs livres, puise dans la circulation utérine les matériaux nécessaires à son accroissement. Qu'y a-t-il d'étonnant que ces organes prédestinés à l'iiyperplasie et à la congestion physiologiques présentent aussi une tendance plus grande que d'autres aux proliférations pathologiques.
J'ai débuté. Messieurs, par ces considérations, pour pouvoir d'emblée vous signaler l'importance d'une enquête minutieuse sur les antécédents morbides.
Il ne rentre pas dans le plan de ce cours de vous entretenir de l'étiologio des affections gynécologiques; mais je ne voulais pas vous parler des manœuvres opératoires et exploratrices sans vous avoir rappelé qu'il ne faut jamais procéder à l'examen physique d'une malade, à plus forte raison à une opérai tîon quelconque, sans avoir épuisé toutes les sources de renseignements sur les antécédents morbides. Il faut laisser parler le sujet et le questionner de telle façon que nous sachions quelles ont été l'origine et l'allure de l'affection dont elle se plaint.
Après une enquête bien conduite, le diagnostic est en général déjà indiqué, sinon entièrement posé.
Heureusement qu'il en est ainsi, car l'exploration physique des organes génitaux de la femme donne des résultats bien plus précaires que celle d'autres organes.
La vue, l'ouïe et le toucher sont les sens dont les perceptions fournissent les bases du diagnostic en général.
Of lame ne sert au gynécologue que pour l'exploration du vagmetducol.
■ Je vous exposerai, il est vrai, des procédés qui rendent l'intérieur de la cavité utérine accessible à la vue ; mais ces procédés comportent des manœuvres préalables auxquelles on ne peut avoir recours que dans des cas spéciaux.
L'ouïe, si utile pour reconnaître les lésions de viscères dont le fonctionnement donne lieu à des bruits rythmés, nous offre très peu de ressources pour explorer les organes pelviens et abdominaux dont le fonctionnement est aphone.
Les bruits du cœur du fœtus, des bruits de souffle presque toujours susceptibles d'interprétations multiples, sont les seuls phénomènes acoustiques qui puissent procéder de l'appareil génital. Ils ne nous servent qu'à différencier la grossesse de conditions similaires.
La percussion offre des ressources un peu supérieures à celles que fournit l'auscultation, mais elle s'exerce cependant sur le ventre dans de moins bonnes conditions que sur le thorax par exemple.
Il faut pour que le son soit altéré que les masses percutées soient rapprochées de la paroi.
. Les adhérences si fréquentes peuvent altérer complètement l'économie de la gravitation et interposer des anses intestinales qui nous déroutent.
Quand un épancliement ou une tumeur est profondément située, nous ne pouvons plus retirer de la percussion que des données nulles ou très confuses.
Enfin, la région la plus déclive de la cavité péritonéale, celle oùnous pourrions le mieux découvirles épanchemenls libres ou les tumeurs mobiles, n'est pas percutable dans sa partie la plus basse, elle ne l'est que très peu au-dessus du bassin, lorsque la malade est dans le décubitus horizontal.
Le sens tactile est le sens gynécologique par excellence. Les circonstances, cependant, lui sont aussi relativement défavorables.
L'exploration tactile des organes génitaux présente ordinairement pour leur partie profonde des difficultés très grandes. Il n'est pas si facile de sentir couramment l'ovaire ou les trompes que certains auteurs l'assurent. Souvent on n'arrive môme pas, la malade étant anesthésiée et en pleine résolution musculaire, à pouvoir faire rencontrer à travers l'abdomen les deux mains qui se cherchent. Prétendre le contraire, c'est se faire illusion h soi-même. C'est décourager les novices qui, nous croyant sur parole, n'attribuent pas à ses vraies causes l'insuffisance des résultats de leurs investigations.
La vérité est que nous n'arrivons à palper la partie profonde des organes génitaux qu'après avoir lutté contre la résistance opposée par la tension de la paroi et des gaz de l'abdomen. Notre sensibilité tactile s'est émou?sée à vaincre cette pression, et les organes ou les tumeurs qui sont souvent mobiles se sont dérobés devant nos doigts qui cherchent à les étreindre.
L'abdomen est comme un local obscur ; une connaissance exacte de la disposition du local et de l'arrangement du mobi lier permet, avec l'habitude, de s'y diriger à tâtons : mais c'est un vrai labyrinthe pour des doigts inexpérimentés,
La recherché des lésions, l'étude de leur siège, de leur nature, au moyen des méthodes ordinaires, c'est-à-dire de l'inspection directe, de l'auscultation, delà percussion et du toucher ne nous donnant souvent que des résultats insuffisants, on a imaginé de's méthodes spéciales destinées à vaincre ou à. tourner les difficultés d'accès.
Ces méthodes sont :
Le cathétérisme ; La dilatation ; Le prolapsus artificiel,
La sonde utérine vient la première dans l'ordre chronologique,
Après bien des discussions, ses adversaires furent à peu près réduits au silence. Je crois cependant, pour des raisons que je vous exposerai plus tard, qu'ils n'avaient pas complètement tort. Il fallait un moyen de diagnostiquer les lésions profondes ; c'était le seul, la nécessité l'imposa. Depuis que le prolapsus artificiel et la dilatation sont devenus d'un usage courant, il y a une tendance à préférer aux données confuses transmises à la main par l'intermédiaire d'une sonde, les impressions directes qui résultent de l'introduction du doigt dans l'utérus. Le toucher intra-utérin associé à d'autres explorations, la possibilité de voir l'intérieur de la cavité utérine, ont transformé non seulement les conditions du diagnostic, mais aussi celles du traitement local.
Mais, Messieurs, toute investigation qui comporte l'attouchement de la muqueuse génitale avec le doigt ou avec des instruments est susceptible de provoquer des accidents graves. Plus le genre d'investigation est compliqué au point de vue de sa technique, plus les dangers sont grands.
Aussi le cathétérisme, la dilatation, le prolapsus artificiel commandent autant de prudence que les opérations les plus sérieuses.
C'est pour cela que nous avons cru logique de les comprendre dans un cours de médecine opératoire gynécologique, et comme elles ne se prêtent pas à une étude isolée, nous avons été conduits à mettre aussi dans notre programme toutes les autres manœuvres usitées dans l'exploration.
Il est certain que, dans la pratique de la gynécologie, nous pouvons, sans opérer, alors que nous n'en sommes qu'à chercher le diagnostic, faire courir déjà de sérieux dangers aux malades. Ces dangers résultent de Vinfection.
La muqueuse génitale, celle de l'utérus surtout, est si délicate et si vulnérable qu'il est presque impossible de pratiquer une manœuvre quelconque sans détacher des épithéliums de revêtement.
Or, toute solution de continuité dans une muqueuse est une porte ouverte à l'infection.
Si un virus préexistant ou apporté pendant une manœuvre se greffe sur la muqueuse utérine lésée, il se développera d'autant plus rapidement qu'il se trouvera dans un milieu configuré de telle sorte, que la rétention des produits septiques. y est presque fatale.
Une fois le virus greffé, il se propagera soit par les trompes sur le péritoine, soit par les lymphatiques dans le tissu cellulaire pelvien.
L'aspiration exercée par les mouvements respiratoires, la proximité des gaz intestinaux, la disposition particulière des veines utérines à la thrombose, sont autant de circonstances qui favorisent la migration du virus et sa diffusion dans le reste de l'économie, c'est-à-dire l'infection générale.
Cette aptitude à l'infection explique pourquoi la gynécologie est restée si longtemps exclusivement médicale. L'expérience avait démontré que .des interventions anodines dans d'autres régions devenaient souvent mortelles lorsqu'elles sont pratiquées sur les organes génitaux.
Cette perspective de voir survenir, après un traumatisme opératoire même léger, des phlegmons pelviens, des péritonites, ne pouvait que commander l'abstention, et cela d'autant plus que la plupart des opérations gynécologiques n'ont pas les caractères d'opérations d'urgence.
Une lacération du col, une déchirure du périnée, une procidence utérine, un fibro-myôme amènent des malaises, des infirmités, mais ne menacent pas immédiatement la vie.
Même le cancer utérin évolue souvent si lentement qu'on peut hésiter à lui opposer des opérations dangereuses.
Ajoutons à cela qu'on observe dans la plupart des maladies gynécologiques de longs répits invitant le médecin et la malade à la patience, et on comprendra pourquoi les chirurgiens
furent longtemps avant de déployer autant d'audace dans cette région que dans d'autres.
■ Les découvertes des biologistes modernes et les applications queLister fit de ces découvertes à lathérapeutique chirurgicale, les perfectionnements apportés dans l'hémostase, nous révélèrent la nature du péril èt les moyens de le conjurer.
Aujourd'hui, Messieurs, les adeptes de la doctrine des virus autochtones se font bien rares, et quand une infection se produit nous sommes sûrs que le germe septique n'est pas né sur place, mais qu'il est venu du dehors. Il avait peut-être été introduit par une affection ou par une contamination antérieures, mais c'est le traumatisme opératoire qui en a vacciné les tissus.- Il fallait donc le reconnaître ou le soupçonner pour s'abstenir ou pour prévenir l'infection par des mesures appropriées.
Si le virus a été apporté par l'opérateur, ses aides ou ses instruments, c'est qu'il y a eu une négligence dont la responsabilité retombe tout entière sur l'opérateur.
Ceci, Messieurs, m'amène à vous dire quelques mots de la désinfection en gynécologie.
La désinfection a pour but de protéger les plaies contre les virus morbides.
On procède à la désinfection par le nettoyage et par l'emploi de substances antiseptiques. Par le nettoyage, on éloigne les virus.Par l'emploi des substances antiseptiques, on les neutralise, on les stérilise, pour nous servir de l'expression consacrée
Le champ opératoire proprement dit, ses abords, les mains des personnes qui auront à toucher la plaie, à transmettre les instruments ou les objets de pansement, le linge de corps, la literie, le capitonage des tables d'opérations, tous les instruments, le local où l'on opère, celui où séjournera l'opérée devront être entretenus dans les conditions de la propreté la plus parfaite.
La transmission des virus se fait ordinairement par transport direct. Le personnel opérant et les objets qui passent, d'une main d l'autre sont la chaîne qui apporte la matière
mfectante. ,
Elle peut aussi se répandre par voie aérienne ; c est pour cette raison qu'il ne faut opérer que dans un local bien aere dont les parquets et les murs ne présentent ni taches, m souillures.
Le nettoyage doit commencer par le lavage avec de l'eau présentant au point de vue de sa pureté les mêmes garanties que l'eau destinée à la boisson.
11 faut naturellement lui adjoindre les substances propres à
dissoudre les impuretés.
Le lavage doit être suivi d'un rinçage parfait ; sans cela, il resterait encore sur les parties nettoyées une solution étendue des impuretés préexistantes.
Le personnel opérant devra faire usage du cure-ongle et de la brosse jusqu'à ce que toute matière suspecte ait disparunon seulement des ongles, mais aussi des sillons del epiderme.
Les instruments qui doivent pouvoir être démontés seront lavés, fourbis au papier d'émeri dans toutes leurs rainures et dans toutes leurs charnières.
Certains opérateurs anglais, qui apportent dans les soins de. propreté une minutie remarquable, ont pu obtenir, dans des opérations où l'infection ne préexistait pas, de la propreté seule des résultats aussi excellents que ceux réalisés ailleurs par la propreté associée aux antiseptiques. La propreté idéale est probablement le dernier mot de l'antisepsie, mais cette propreté ne peut s'obtenir que dans des conditions spéciales ; elle n'est pas réalisable par un ensemble de personnes réunies quelquefois fortuitement en vue d'une opération.
Le nettoyage forme la base de la désinfection, l'emploi des antiseptiques on est le complément indispensable.
Toutes les substances réellement antiseptiques peuvent donner lieu à des accidents. Chacune a déjà un dossier qui ne permet aucun doute à cet égard.
L'antiseptique anodin pour l'opéré n'est pas encore trouvé ; on ne le trouveraprobablement jamais, car si un corps est soluble, il estrésorbuble, et s'il paralyse la vie des cellules de l'organisme envahisseur, il agira d'une façon analogue sur celles de l'organisme envahi. Il n'y a qu'une manière de prévenir les Intoxications: c'est de savoir les reconnaître dès leurs premières manifestations et de se familiariser avec les modes d'emploi que l'expérience a démontré être les moins dangereux,
Les antiseptiques les plus usités en gynécologie sont le sublimé, l'iodoforme et l'acide phénique. Je vous recommanderai, en outre, une substance récemment introduite dans la thérapeutique, le salol.
Le sublimé possède au degré maximum l'action stérilisante immédiate et énergique. Il n'agit pas d'une façon très irritante sur les tissus, mais c'est un poison très violent.
Les solutions les plus usitées varient dans les proportions de lsurL,000 àlsurS.OOO.
Les solutions concentrées conviennent pour désinfecter les mains de l'opérateur et de ses aides, et, au début et à la fm de l'opération, pour stériliser le champ opératoire et ses abords.
Dans le cours même de l'opération, il est plus prudent de leur substituer des solutions étendues.
Dans les suites opératoires, il faudra encore revenir à la solution au millième si l'ascension du thermomètre indique une infection.
Après chaque lavage, après chaque irrigation^ il faut absorber avec du coton tout le liquide libre.
Le sublimé, grâce à sa grande affinité pour la matière organique, a une action violente, mais qui s'épuise vite ; il ne convient pas pour les pansements à demeure.
C'est avec le sublimé qu'il faut livrer les grandes et les premières batailles.
C'estl'iodoformeoLile salol qu'il faut laisser sur les positions pour empêcher les retours offensifs de l'ennemi.
L'iodoforme est un antiseptique qui agit lentement. On ne pourrait pas faire de la désinfection avec l'iodoforme seul; mais en gynécologie surtout, je crois qu'on n'en peut faire de convenable sans lui. Il peut demeurer plusieurs jours en contact avec une muqueuse ou une surface vive sans disparaître entièrement.
Il se décompose avec lenteur, développant des actions chimiques qui entravent la prolifération simultanée des micro-organismes infectieux.
L'iodoforme s'emploie dans le vagin sous forme de gaze iodoformée telle qu'on la trouve toute préparée dans le commerce.
Pour la cavité utérine, le coton est un véhicule préférable à la gaze.
Je prépare mes tampons moi-même. Je les plonge dans des solutions éthérées d'iodoforme variant dans les proportions de 1 sur 10 à 1 sur 30, et je les laisse complètement sécher, avant de les employer.
J'entrerai dans plus de détails sur leurpréparationetj'exposerai la technique du tamponnement quand nous traiterons do la méthode de dilatation par les tampons.
L'iodoforme répand une odeur incommode ; on la fait entièrement disparaître en terminant le tamponnement par des tampons vaginaux imbibés d'un mélange en parties égales de térébène et d'huile d'olive,
Letérébône est un désinfectant et un déodorant parfait.
Donc, une fois la cavité vaginale ou utérine stérilisée par laction du sublimé, on l'obture avec les tampons iodoformés qu'on renouvelle le moins possible, de façon à laisser aux plaies et aux parties malades le repos nécessaire à toute cicatrisation.
•Tandis que l'acicic phénique et l'acide salicylique employés sous forme solide sont caustiques el corrosifs, leur combinaison, c'est-à-dire le salol, n'a nullement cet effet.
Transporté dans les voies génitales au moyen de suppositoires vaginaux et de bougies utérines en beurre de cacao il se dépose, une fois le beurre fondu, sous forme d'une poudre impalpable qui agit de la même façon que l'iodoforme. ■ Dans l'iodoforme, c'est l'iode ; dans le salol, c'est l'acide phé- " nique qui, lentement etgraduellementmis en liberté, constitue Fagentdela désinfection.
De l'analogie de propriétés résulte l'analogie d'usage.
J'ai déjà beaucoup employé le salol et j'entrevois le moment où je le préférerai à riodoforme pour l'usage courant et pour faire la dilatation suivant ma méthode.
Je me suis servi exclusivement des préparations de salol livrées par M, Sauter, pharmac'>,n à Genève (olives, bougies, ouate).
J'emploie la ouate pour le tamponnement intra-utérin ou v^iginal.
Pour la désinfection préventive, dans des cas où la virulence n'est pas très évidente, je place, une heure avant d'opérer, une bougie dans l'utérus, et un ou deux suppositoires dans le vagin, et je maintiens le tout par un tampon. Ces pansements sont aussi très efficaces dans le traitement des inflammations virulentes. Je les préfère aux injections auxquelles je n'ai recours que toutes les 24 heures comme moyen de nettoyage plutôt qu'à un point de vue thérapeutique proprement dit.
C'est en 1883 que j'ai commencé à tamponner l'utérus avec du coton antiseptique. Cette pratique m'a conduit à instituer la méthode de dilatation par tamponnements progressifs, méthode dont l'innocuité est due entièrement aux propriétés de l'iodoforme ou du salol.
Ce système d'antisepsie que j'emploie depuis 4 ans d'une fa-
çon systématique, soit comme mesure préventive; soit pour combattre des infectioi* déclarées, n'a jamais donné lieu à des accidents graves.
J'ai pu, grâce à lui, instituer un traitement opératoire contre les fibro-myomes intra-pariélaux qu'on n'osait pas attaquer par crainte de l'infection.
Ce traitement comporte des incisions intra-utérines qui seraient évidemment très dangereuses sans les injections et le pansement occlusif dont je les fais suivre immédiatement.
La cavité utérine ne tolère pas les drains, mais elle s'accommode très bien du pansement obturateur qui absorbe les sécrétions et permet leur écoulement.
La volatilité de l'acide phénique le recommande pour les pulvérisations selon la méthode de Lister.
Depuis que le spray tombe en désuétude et depuis que le sublimé a pris la première place parmi les désinfectants, l'acide phénique est beaucoup moins employé. Il faut veiller à ce que les solutions phéniquées ne contiennent pas d'acide non dissous, car il est très caustique.
L'acide phénique attaque moins les métaux que le sublimé.
En solution de 1/2 à 2 1/2 ffour cent, il convient parfaitement pour la désinfection des instruments.
La vaseline phéniquée dans les proportions de 1 sur 10 sert à oindre les spéculums, les sondes et les doigts.
Oji se sert encore de l'acide borique poui- des injections dans la vessie. On ne saurait proscrire aucun, des désinfectants des usages gynécologiques. Je me suis borné à vous mentionner les principaux, ceux que leurs propriétés rendent le plus convenables pour être employés dans les organes génitaux.
Il est très imporlant d'arrêter toutes les hémorrhagies, d'absorber tous les suintements, car les liquides organiques sont des bouillons de culture pour les organismes infectieux.
Toutes les plaies opératoires devront être affrontées et fer-
mées aussi complètement que possible, afin de rétablir la continuité du revêtement épithéiial qui est la plus sérieuse garantie contre la greffe des virus.
Fig. 1. — Sonde iutra-utérine à double-courant, de Budin.
Il me semble superflu de vous exposer la technique des lavages. Je vous signalerai, toutefois, l'importance de toujours comprendre dans les opérations du nettoyage et de la désinfection, l'entrée du vagin, le mont de Vénus, la ramure périnéale, le pourtour de l'anus. Il faut même souvent raser les poils qui forment des réceptacles où la malpropreté se dérobe pour rayonner de nouveau avec la sueur ou d'autres suintements.
Fig. 2. — Sonde intra-utérine à double-courant de Pinard.
Les injections doivent être profuses, le liquide doit pénétrer partout, sans cependant être envoyé avec trop de pression. Pour les injections intra-utérines je préfère les sondes à double courant (flg. 1 et 2).
Il m'est arrivé autrefois d'assister à ces accidents, douleurs subites, syncopes, etc., qui sont considérés comme l'effet de la pénétration dans le péritoine du liquide injecté.
Maintenant je fais toujours relever le buste de la malade. Dans les suites de couches, je manœuvre l'irrigateur de façon à ne laisser pénétrer l'eau que pendant l'inspiration. J'introduis la canule aussi haut que possible et je modère la pression pour que le lavage résulte de l'écoulement et non de la force en projection du liquide. Depuis que je prends ces précautions, je n'ai jamais vu d'accidents à la suite des injections. Les irrigateurs que je vous recommande sont celui d'Esmarch (fig. 3), et celui de Pinard (fig. 4). Lorsque ces injections devront être faites dans le décubitus dorsal, on emploiera avec avantage le bassin (fig. 5) qui permet l'écoulement continu du liquide injecté.
Fig. 3. — Irrigateur vaginal d'Esmarch.
Nous avons encore besoin d'essuyer les plaies pendant les opérations.
Pour cet usage, la ouate antiseptique est préférable aux éponges parce qu'on peut être plus sùr de son état d'asepsié
et parce qu'on n'a pas la tendance dè porter plusieurs fois le môme morceau sur la plaie.
Je vous ai dit, Messieurs, que le virus pouvait préexister dans le milieu opératoire : c'est ordinairement le cas, pour •celles des opérations gynécologiques qui se pratiquent par les voies naturelles. Dans la laparotomie, au contraire, on opère ordinairement dans un milieu aseptique, puisque les lésions ont été en général à l'abri des influences extérieures.
Fig. 4. — Irrigateur vaginal de Piaard.
Les opérations qui se pratiquent par les voies naturelles sont ou des opérations d'autoplastie.ou des ablations de tumeurs ou d'organes. Dans le premier cas, l inflammation qui résulte de. l'ectroption des muqueuses, de l'écoulement des liquides par des fistules a déjà déterminé ou l'infection elle-même, ou les circonstances qui en favoriseraient le développement. Dans le second cas, nous avons affaire cà des néoplasmes en désintégration qui livrent continuellement des produits sanieux ou ichoreux, c'est à-dire des substances éminemment septiques.
Un pareil état de choses nécessite une désinfection préventive.
On a proposé poui" celle désiiifcclioii les irrigations permanentes. Je n'en sais absolument pas partisan.
Le gonflement, l'imbibition, déterminée par l'eau, ne font que diminuer la résistance du tissu.
Fig. 5. - Bassin pour faciliter l'écoulement pendant l'irrigation.
Un lavage toutes les 24 heures, l'introduction d'un pansement permanent sec et absorbant est bien préférable, cà mon avis, môme pour les applications qui doivent précéder une opération ou une manœuvre quelconque exécutée dans un milieu septique.
Nous nous résumerons en disant que les explorations et les opérations de la gynécologie moderne ne se juslilient que si elles sont pratiquées sous lerégimedela plus stricte observance des lois de l'antisepsie.
Les frondeurs ou les négligents feront beaucoup mieux de continuer à s'en tenir aux procédés d^investigation et à la thérapeutique d'une gynécologie purement médicale.