I.~ FÉCONDATION ARTIFICIELLE
La fécondation artificielle avait déjà été tentée dans le siècle dernier par Swammerdans et Rœsel ; mais ces expérimentateurs, qui bornèrent du reste leurs tentatives à des espèces inférieures, n'eurent pas de succès.
Ce fut un naturaliste, l'abbé Spallanzani, qui fit, en 1767, les mémorables expériences sur la fécondation artificielle qui illustrèrent son nom. Cet expérimentateur réussit à féconder artificiellement plusieurs mammifères, notamment une chienne. Les préjugés de cette époque lui empêchèrent de tenter la fécondation sur l'espèce humaine, quoiqu'il ait exprimé plusieurs fois ia conviction de la possibilité du fait.
Le premier succès obtenu dans l'espèce humaine est dù à Hunter ; en 1799, l'illustre chirurgien étant consulté par un hypospade qui désirait devenir père, il lui conseilla d'injecter le sperme éjaculé dans le vagin de sa femme. Le conseil fut suivi et donna un succès complet. Mais on peut dire que dans le cas de Ilunter il ne s'agit pas d'une véritable fécondation artificielle, mais simplement d'une injection de sperme dans le vagin.
Les premières observations de fécondation artificielle réellement authentiques sont celles de Girault. Elles furent obtenues par injection de sperme dans le col. L'opérateur se servait d'une sonde uréthrale contenant le liquide et par l'autre bout de laquelle il le poussait par insufflation. En 1809, Girault a publié
toutes ses observations, au nombre de douze. Elles avalent exigé 27 injeclions.etla première avait été pratiquée en 1833. Sui-^deûx femmes seulement, elles ne furent pus suivies de succès et ne causèrent jamais d'accidents.
Une opération de fécondation artiricielle suivie de succès a été pratiquée par Slms, en 1860. La même année, M. Gigon a publié une observation datant de 1840, dans laquelle une injection de sperme faite dans la cavité utérine le lendemain de la fm des règles fut suivie de succès. "SL Gigon a public dans sa thèse (1) deux autres observations de MM. Lesueur et Delaporte.
Mais la fécondation artificielle n'en était pas moins restée bannie de la pratique et la plupart des gynécologues lavaient condamnée comme attentatoire à la pudeur, lorsque parut le livre de Courty, dans lequel l'auteur indiquait, sommairement il est vrai, un procédé opératoire. Le professeur Pajot luimême,qui avait condamné la fécondation artificielle en 1807 (2) n'a pas craint plus tard de l'appuyer de son immense autorité. 11 la considère aujourd'hui comme applicable à cerlalns cas après que tous les autres moyens rationnels de traitement ont échoué, et propose pour cette opération un instrument spécial, \Q fécondateur.
Dans son lYaité de chirurgie gynécologique, Leblond a donné un exposé des procédés opératoires relatifs à la fécondation artiricielle; tous les auteurs classiques admettent en somme aujourd'hui cette opération.
Indications et contre-indications. - Nous nous rangeons évidemment de l'avis du professeur Pajot, qui veut que la fé condation artiricielle ne soit appliquée que lorsque toutes les autres méthodes rationnelles de traitement auront échoue. C'est là un point fondamental. Mais on peut se demander cependant s'il ne convient pas d'essayer la fécondation artiQ-
(1) Essai sur la fécondai ion arliliclelie chez la femme. Paris, ISU. (2} Archives générales de méd., tome iX, p, 217.
cielle, opéi-alioa toujours inoffensive, avant de recourir aux procédés chirurgicaux tels que l'amputation du col qui, s ils ne font pas courir aux malades de graves dangers, n'en constituent pas moins un traumatisme. C'est lil une question délicate dont les intéressés nous paraissent devoir être les seuls juges. Telle femme qui resuie devant l'incision ou l'amputation du col utérin accepterait volontiers la fécondation artificielle ; telle autre, par un sentiment exagéré des convenances, préfère courir les chances d'une opération que de subir une simple injection intra-utérine. C'est là, comme on le voit, une question fort délicate ; mais nous pensons qu'il appartiendra souvent au médecin de la tranclier. Ce que nous venons de dire sur l'amputation du col ne s'applique qu'aux cas où cette opération est pratiquée pour remédier simplement à la stérilité et non à ceux où elle est pratiquée pour d'autres affections utérines.
Il va sans dire que la fécondation artificielle ne doit pas être pratiquée après la ménopause., ni chez la femme atteinte d'une aménorrhée précoce et n'étant pas accompagnée de la poussée inflammatoire indiquant l'existence du molimen menstruel. Elle est également contre-indiquée dans les cas de rétrécissements du bassin, dans les cas d'atrophie de l'utérus et lorsque la stérilité reconnaît pour cause un vice de conformation irrémédiable des organes génitaux.
Il est une autre contre-indication sur laquelle nous appelons l'attention des praticiens ; c'est l'existence de la pelvi- péritonite chronique. L'opération aurait peu de chances de succès, car dans ces cas la stérililé est le plus souvent due à une oblitération des trompes résultant d'adhérences. La métrite, l'endométrite et toutes l&s affections inflammatoires de l'utérus et des annexes contre-indiquent également l'opération, qui ne devra être proposée que lorsqu'un traitement approprié aura modifié ces divers états morbides.
L'opérateur doit encore s'assurer, avant de pratiquer la
fécondation artificielle, de la qualité du sperme fourni par le fécondant. Nous savons peu de choses sur la pathologie des BpermatozoïLles ; mais, ce qui est certain, c'est que les corpuscules sont les agents essentiels de la fécondation. Il faut toujours examiner le sperme au microscope et s'assurer de l'existence des spermatozoïdes avant de l'injecter dans l'utérus.
Il est encore quelques contre-indications d'un ordre moral dont le médecin est le seul juge et sur lesquelles il est à peine nécessaire d'insister: C'est ainsi que la fécondation artificielle nous paraît contre-indiquée lorsqu'il existe une diathèse tuberculeuse, cancéreuse ou scrofuleuse, non seulement chez la femme, mais aussi chez le fécondant. On conçoit aisément les raisons d'ordre moral qui doivent éviter de provoquer la fécondation chez des individus qui ne pourraient que procréer des êtres imparfaits et auxquels la Nature, souvent prévoyante, a refusé la conception.
En somme, pour pratiquer la fécondation artificielle avec succès, il faut :
1° Que toutes les autres méthodes rationnelles de traitement aient échoué.
20 Que la menstruation existe ou qu€ des symptômes manifestes indiquent l'existence du molimen menstruel.
3° Qu'il n'existe aucun vice de conformation irrémédiable du bassin ou des organes génitaux s'opposant, soit à la conception, soit à l'accouchement.
4" Qu'il n'existe chez les conjoints aucune diathèse cancéreuse ou tuberculeuse.
5° Que la présence des spermatozoïdes ait été constatée.
Époque à laquelle on doit pratiquer l'opération. — Les gynécologues ne sont pas d'accord sur l'époque à laquelle il convient d'injecter le sperme dans la cavité utérine. Les uns prétendent que la femme n'est fécondable que pendant les huit
^ jours qui précèdent ou qui suivent les règles ; les autres que la fécondation ne peut avoir lieu que pendant les quinze jours qui suivent les règles ; d'autres enfin prétendent que la femme n'est fécondable que dans les deux ou trois jours qui précèdent la menstruation, s'appuyant sur ce fait que le processus congestif qui détache l'ovule de l'ovaire est le moment propice pour féconder cet ovule, qui marche pour ainsi dire à la rencontre de l'élément fécondateur màle. On a môme dit, non sans apparence de raison, que la femme est plus apte à être fécondée pendant la menstruation, parce qu'alors on a des chances de rencontrer l'ovule dans l'utérus.
L'analyse.des observations de fécondation artificielle publiée par les auteurs, ne permet pas encore de trancher cette question importante. Ainsi, nous voyons que Girault a fécondé plusieurs femmes pendant la semaine qui a suivi la menstruation et que, dans un autre cas, le succès a été obtenu alors que l'opération était pratiquée le vingt-troisième jour qui suivait les règles.
Les recherches modernes physiologiques tendant à prouver que la fécondation se fait plus souvent avant l'apparition des règles qu'après la disparition de l'écoulement menstruel n'ont pas encore fourni de résultats positifs. Nous pensons néanmoins qu'il faut pratiquer la fécondation artificielle pendant les trois ou quatre jours qui précèdent l'apparition des règles. Cette pratique est d'autant plus rationnelle que, si la conception n'a pas lieu et que l'écoulement menstruel se produise, on est alors autorisé à renouveler la tentative de fécondation dans la semaine qui suit la cessation des règles.