ARTÉRIOLES ET CAPILLAIRES
dits, on voit que tous les éléments précédents disparaissent : plus de tunique élastique, plus de tunique musculaire ; car les tuniques moyenne et externe du vaisseau ont en quelque sorte cessé d’exister. Il ne reste plus pour constituer le capillaire que la tunique interne de l’artère, membrane formée de minces cellules épithéliales juxtaposées. Aussi ces petits vaisseaux ont-ils pour propriété essentielle de permettre le contact entre le sang et les éléments anatomiques. C’est pour cela que, par leurs nombreuses anastomoses, ils forment des mailles dans lesquelles sont placés ces éléments anatomiques. Nous voyons que, par exemple, dans le foie, chaque maille ne contient que deux ou trois cellules hépatiques ; que, dans le muscle, chaque fibre musculaire est placée dans une sorte de cage ou treillis formé par des capillaires sanguins anastomosés, etc.
Chose bien remarquable et qui ne doit déjà plus vous surprendre après ce que nous avons vu précédemment, la forme de ces réseaux capillaires varie selon chaque organe, chaque tissu, et présente dans chacun d’eux un aspect caractéristique. On peut, sur une préparation microscopique qui n’a conservé de visible que les mailles des capillaires d’une région, reconnaître si ces mailles entouraient des muscles, des culs-de-sac glandulaires, des papilles dermiques, des cellules pulmonaires, etc. Un aspect aussi caractéristique doit évidemment être en rapport avec les propriétés mêmes des éléments de tissu, et c’est en effet ce que je vous ai déjà fait prévoir dans la série des considérations exposées dans la dernière leçon.
APPAREIL CIRCULATOIRE
Les capillaires des vertébrés contiennent du sang rouge; les lacunes des invertébrés contiennent et donnent passage à du sang blanc.
D’après ces différences du contenu, quelle comparaison, quelle analogie pouvons-nous chercher à établir entre ces deux systèmes de circulation élémentaire?
Dirons-nous que les lacunes des invertébrés correspondent aux espaces lymphatiques des vertébrés, de sorte que les premiers n’auraient en réalité qu’un système lymphatique et pas de véritable système sanguin ? Considérerons-nous les vertébrés comme possédant seuls des capillaires ou espaces sanguins, quelle qu’en soit, du reste, la nature au point de vue des parois?
Si, comme nous devons le faire, en effet, nous ne nous attachons qu’au contenu de ces vaisseaux ou espaces, nous n’avons pas à nous inquiéter de ces diverses questions ni à établir ces distinctions artificielles. Pour nous, la lymphe et le sang sont une seule et même chose : la lymphe est du sang moins les globules rouges; mais au point de vue de la nutrition, au point de vue du milieu intérieur, nous n’avons à tenir compte que du plasma : le globule rouge n’est lui-même qu’un élément anatomique particulier qui vit dans ce plasma, avec cette seule particularité qu’il s’y meut, qu’il y circule pour remplir des fonctions spéciales.
Ainsi, puisque, le plasma est le véritable milieu intérieur, et que ce plasma circule aussi bien dans les lymphatiques que dans les vaisseaux sanguins, et dans les lacunes des invertébrés aussi bien que dans les capillaires de l’homme, nous n’avons pas à nous demander
CAPILLAIRES ET LACUNES INTERORGANIQUES. 319 si les invertébrés ne possèdent qu’un système lymphatique- A ce compte, il faudrait, d’autre part, dire que toute une classe nombreuse de vertébrés possède à peine un système lymphatique, puisque, chez les oiseaux, les vaisseaux de ce genre sont extrêmement rares ou ne sont représentés que par dès canaux très-courts et difficiles à constater.
Le plasma et les globules blancs qu’il renferme, aussi bien le plasma sanguin que le plasma lymphatique, traversent très-facilement, comme l’ont démontré les recherches récentes, les parois des capillaires pour se répandre dans les interstices des éléments organiques. Nous voyons donc combien il serait artificiel, au point de vue physiologique, de vouloir chercher une distinction absolue entre le contenu des capillaires sanguins et celui des capillaires lymphatiques, aussi bien qu’entre les divers capillaires des vertébrés et les lacunes des invertébrés.
Ce sont les espaces organiques situés entre les éléments anatomiques qui, ainsi imbibés par le plasma, sont le siège des phénomènes de la nutrition : c’est dans ces espaces que le système lymphatique vient puiser son contenu, ainsi que Font démontré les recherches de M. Ranvier sur le tissu conjonctif et l’origine des lymphatiques. Ces rapports restent les mêmes, quelles que soient les dimensions de ces espaces lacunaires, qu’ils soient représentés par des gaines lymphatiques , par les mailles du tissu conjonctif ou par les grandes cavités séreuses. En effet, les recherches récentes ont démontré à la fois, et la communication directe des capillaires
APPAREIL CIRCULATOIRE
lymphatiques avec les cavités, telles que celles du péritoine, de la plèvre, et le fait que ces cavités, en raison même de leur mode de production , n’élaient, en somme, que de vastes mailles du tissu conjonctif très-dilatées et fusionnées. J’ai montré et nous verrons, en effet, qu’en injectant un gaz peu soluble (azote, hydrogène) dans le tissu cellulaire sous-cutané, chez un lapin par exemple, nous déterminons dans ce tissu la formation d’une vaste cavité qui présente bientôt tous les caractères d’une véritable séreuse.
Après avoir établi ces rapports intimes entre les capillaires et les lacunes interorganiques, revenons aux capillaires sanguins proprement dits. Eu les examinant au fur et à mesure de leur formation, nous voyons que cet appareil se constitue successivement dans les régions où son rôle devient indispensable, vu l’activité des échanges nutritifs qui se produisent en ces régions. Ainsi, si l’on observe un embryon de poisson, dont le corps est assez transparent pour se prêter à toutes les études de ce genre, on voit que les capillaires sanguins se développent d’abord sur la vésicule ombilicale, dont le contenu doit être résorbé pour fournir les matériaux de nutrition à l’embryon. Dans le corps, il n’y a en ce moment aucune formation de circulation capillaire. Plus tard, lorsque les échanges respiratoires vont se localiser, au niveau des branchies, on voit les vaisseaux branchiaux se modifier : ils représentaient d’abord des troncs sanguins relativement volumineux, conduisant directement le sang, venu du cœur, jusque dans l’aorte, où la pulsation cardiaque se transmettait visiblement.
capillaires; leur formation. 321
Mais lorsque va commencer la fonction branchiale, on voit des capillaires se développer sur le trajet des vaisseaux branchiaux, se substituer à eux, de telle sorte que le sang, parti du cœur, traversant, avant d’arriver dans les artères à sang rouge, un réseau capillaire, ne présente plus dans l’aorte les pulsations que l’on pouvait observer chez l’embryon.
Les capillaires se forment donc là où leur présence est devenue nécessaire pour les échanges nutritifs ou respiratoires, et leur présence amène les plus grands changements dans les conditions purement mécaniques de la circulation générale.
Quant au mode même de formation des vaisseaux capillaires, il a été mis en lumière, notamment par des recherches de M. Ranvier ; ces recherches ont appris que les capillaires, dont nous venons de faire ressortir l’indépendance relative au point de vue fonctionnel, se forment également d’une manière tout à fait indépendante. Chaque organe forme sa circulation capillaire, car cette circulation doit lui être propre, doit être constituée d’après un type qui n’appartient qu’à lui. Observant, en effet, le développement des capillaires dans le grand épiploon du jeune lapin, M. Ranvier a remarqué, sur les points qui vont se vasculariser, un aspect qui leur a fait donner le nom de taches laiteuses. Ces taches renferment des cellules particulières nommées cellules vaso- formatrices , qui présentent des ramifications anastomosées et canaliculées, dont l’ensemble représente parfaitement un réseau capillaire,