‹ Leçons de la physiologie opératoireChapitre 65 sur 152 · CAPILLAIRES ; ABSORPTION · texte numérisé non relu

CAPILLAIRES ; ABSORPTION

sorption interne. Magendie (1) considérait le poumon ou plutôt chaque lobule pulmonaire comme une sorte de masse spongieuse formée par du tissu cellulaire, dans laquelle chaque bronche s’ouvrait et se terminait brusquement sans qu’il fût possible de suivre au delà la membrane muqueuse qui la tapissait. M. Alph. Milne Edwards a suivi la continuation des sacs pulmonaires des oiseaux avec le tissu cellulaire sous- cutané. M. Ranvier a constaté la naissance de lymphatiques dans les alvéoles pulmonaires. Autrefois, j’ai vu, de mon côté, que les substances injectées dans les conduits glandulaires sont rapidement absorbées et passent facilement dans les vaisseaux et jusque dans les ganglions lymphatiques.

Dans les diverses régions du corps, l’absorption, qu’elle soit interne ou externe, varie quant à sa rapidité, selon des conditions qu'il faudra préciser. Mais la première condition à remplir, celle dont la réalisation assure seule une absorption rapide et par suite efficace, c’est que la substance dont on veut produire l’absorption soit placée dans un contact aussi immédiat que possible avec les vaisseaux capillaires.

Cette seule donnée suffit pour nous rendre compte de la lenteur ou même de l’absence presque complète d’absorption au niveau de certaines surfaces, quand cette condition ne peut pas être remplie. Ainsi la peau présente, entre le réseau capillaire et les substances qui peuvent être déposées à sa surface, une épaisse couche de cellules, dont les plus superficielles sont cornées et

0) Magendie, Journal de physiologie, 1821, t. I, p. 78.

APPAREIL CIRCULATOIRE

pénétrées d’un enduit graisseux. Aussi discute-t-on encore aujourd’hui sur la question de savoir si la peau de l'homme absorbe; et si cette absorption a lieu, elle est si peu considérable, si peu efficace au point de vue thérapeutique, que dès longtemps les médecins ont pris l’habitude de se débarrasser de la couche cornée épidermique, pour mettre les substances actives plus directement en contact avec les capillaires qui constituent une surface absorbante. Telle est la méthode endermique , que nous voyons mettre en usage lorsque, par exemple, on soulève l’épiderme à l’aide d’un vésicatoire, dans l’intention de déposer des substances médicamenteuses sur la surface ainsi mise à nu.

Si le rôle de la couche épidermique est important à considérer au point de vue de l’absorption par la peau, celui des couches épithéliales ne Test pas moins au point de vue de l’absorption par la surface intestinale ou par d’autres membranes muqueuses. Dans l’estomac, l’intestin grêle et le gros intestin, l’absorption présente des différences qui tiennent à la diversité dans les épithéliums dont ces surfaces sont recouvertes. Ainsi le recouvrement épithélial, par ce fait même qu’il est placé entre la surface extérieure et les réseaux capillaires, est la cause, selon sa nature, de la plus ou moins grande rapidité de l’absorption.

Parmi les surfaces extérieures où l’absorption se produit avec le plus d’activité, je vous ai cité la surface pulmonaire et les surfaces des conduits glandulaires: j’ai souvent expérimenté en injectant de l’iodure de potassium dans un conduit salivaire du côté gauche, je re-

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trouvais presque immédiatement ce sel dans la salive du côté droit.

Au uiveau des surfaces séreuses, l’absorption est trèsrapide: frappé de ce fait, Magendie avait choisi la cavité pleurale, et y injectait les solutions toxiques au moyen d’une petite canule, qu’il nommait perce-plèvre , et qui n’est autre chose qu’une canule à extrémité tranchante et plus ou moins oblique (voy. ci-dessus, p. 191, fîg. 41). On a reconnu également au tissu cellulaire la propriété d’absorber tout aussi sûrement et aussi rapidement que la surface séreuse de la plèvre ou du péritoine : aussi la médecine a-t-elle pu largement mettre à profit cette voie d’introduction des substances médicamenteuses, et vous savez avec quel succès la méthode des injections hypodermiques est appliquée et tend aujourd’hui à se généraliser.

En physiologie expérimentale, le tissu cellulaire est devenu notre lieu d’élection pour les injections de substances toxiques. Si l’on a soin, de plus, de n’employer que des substances très-pures, cristallisables, des alcaloïdes ou plutôt des sels de ces alcaloïdes, au lieu de se servir de ces préparations mal définies, impures, et difficilement dosables, que l’on désigne sous le nom d’extraits, de teintures, on peut considérer qu’on a réalisé les conditions les plus indispensables pour une absorption sûre, rapide, telle qu’on en puisse exactement comparer tous les cas dans des séries d’expériences.

Nous venons de parler du tissu cellulaire sous-cutané; mais les injections peuvent se pratiquer dans tous les tissus cellulaires, quels que soient les éléments anato-

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miques auxquels ce tissu est interposé. Il y a déjà longtemps que Fontana avait remarqué la régularité des effets obtenus par l’injection du curare dans la masse d’un muscle. Or, en injectant un liquide dans un muscle, on l’injecte en réalité dans le tissu cellulaire qui sépare les éléments contratiles proprement dits. C’est toujours un réseau capillaire identique qui absorbe ; il n’est donc pas étonnant que les expériences soient exactement comparables dans tous ces cas, car le réseau capillaire du même tissu cellulaire a toujours la même disposition : c’est toujours aux mêmes racines de l’arbre vasculaire que l’on s’adresse. Sous ce rapport, le réseau capillaire du muscle étant un de ceux qui se présentent comme le plus identique à lui-même dans les diverses régions du corps, c’est aux injections dans l’épaisseur d’un muscle donné que nous devrions accorder la préférence, lorsque nous voudrons réunir toutes les conditions possibles d’exactitude.

En résumé, nous pouvons, d’une manière générale, injecter dans tous les organes, dans tous les tissus, puisque tous renferment du tissu cellulaire et des réseaux capillaires, interposés à leurs éléments propres.

Dans toutes ces formes d’injection, il y a toujours deux effets bien distincts à observer: l’un local, se pro-, duisànt dans l’organe, dans le tissu même où la substance injectée s’est trouvée par cela même en contact avec les éléments anatomiques sur lesquels elle peut agir ; l’autre général, qui se produit lorsque la substance, puisée par le sang dans le lieu de l’injection, a été portée par lui vers d’autres éléments anatomiques de même

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