‹ Leçons de la physiologie opératoireChapitre 66 sur 152 · CAPILLAIRES ; ABSORPTION · texte numérisé non relu

CAPILLAIRES ; ABSORPTION

nature ou de nature différente. Toute substance est susceptible de donner ces deux effets, d’une manière plus ou moins distincte, c’est-à-dire avec plus ou moins d’iutervalle entre les deux, selon la rapidité de son absorption et selon son mode particulier d’action. Les deux effets peuvent donc être simultanés ou successifs.

Du reste, l’action générale elle- même n’est que le résultat d’un ensemble d’actions locales portant toujours sur une espèce particulière d’éléments anatomiques. Ainsi les convulsions générales que produit la strychnine résultent de l’action de ce poison sur une seule espèce d’éléments, sur les cellules nerveuses de la substance grise centrale. Je vous ai déjà montré que l’action du curare se localise au contraire sur les extrémités périphériques des nerfs moteurs.

C’est précisément avec le curare qu’il nous est possible de réaliser la localisation exacte de l’action toxique sur un certain département, sur un certain groupe pris dans l’ensemble des éléments sur lesquels il peut agir, par exemple sur les nerfs moteurs d’un seul muscle. Il faut pour cela injecter dans ce muscle une quantité de curare suffisante pour agir sur place sur les extrémités nerveuses motrices avec lesquelles il est aussitôt en contact, mais insuffisante pour pouvoir, une fois absorbée et diluée dans le sang, aller agir sur les autres nerfs moteurs de l’ensemble de l’organisme. Dans ce cas, par un calcul exact de la dose, nous avons pu produire l’effet local, sans donner lieu à l’effet général ; mais ce n’est pas la, vous le voyez bien, une exception à la règle que nous venons de poser ; ce n’est qu’une question de dose.

appareil circulatoire.

Il y aurait donc, au point de vue des applications pathologiques, un grand avantage à bien connaître les actions élémentaires des substances toxiques et médicamenteuses, car nous poumons ainsi porter directement ces agents sur les éléments qu’ils doivent influencer : l’effet cherché serait obtenu d’une manière bien plus certaine, bien plus précise, et nous pourrions ainsi utiliser localement, en médecine, des poisons qui ne sont redoutables que lorsqu’ils agissent sur l’ensemble de l’économie.

Pour nous en tenir à la physiologie expérimentale, nous trouvons dans cette méthode les moyens de résoudre des questions qui semblent au premier abord insolubles. Je ne vous en citerai qu’un exemple démonstratif, dans lequel vous verrez qu’on peut agir sur un seul organe par un empoisonnement forcé , sans agir sur le reste de l’organisme.

Quand on injecte du cyanoferrure de potassium, par exemple, dans le sang d’un animal, on ne peut parvenir à voir ce sel s’éliminer par la salive; et si l’on cherche à introduire ce composé en quantité notable, de manière à forcer l’élimination, l’animal meurt, car le cyanoferrure de potassium devient alors toxique. Que conclure de cette expérience négative? L’explication qui vient le plus naturellement à l’esprit, c’est que le cyanoferrure n’a pas été introduit dans l’organisme en quantité suffisante pour apparaître dans la salive : cette idée est très-plausible; mais comment en démontrer la réalité, puisque l’animal meurt si l’on force la dose, et qu’ici l’effet général, par la rapidité de son apparition.

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nous met dans l’impossibilité d’observer l’effet local que nous recherchons ?

Eh bien ! nous allons supprimer l’efiet général. Nous allons injecter, dans un rameau de l’artère même d’une glande salivaire, une forte solution de ferrocyanure de potassium : la glande sera abondamment baignée par ce sel, mais celui-ci, pompé et dilué ensuite dans la masse totale du sang, sera en trop faible proportion pour agir sur l’organisme entier, pour tuer l’animal. Nous supprimerons donc l’effet général pour exagérer l’effet local, et nous verrons celui-ci se produire aussitôt, c’est-à-dire que le sel en question apparaîtra dans le produit de la sécrétion de la glande mise en expérience. Aucun doute ne sera plus possible sur le rôle éliminateur de la salive relativement au ferrocyanure de potasse.

Ne pensez- vous pas que cet exemple, emprunté à nos expériences de laboratoire, peut être bien instructif pour le médecin ? Ne pourra-t-on pas agir de même sur l’homme avec le curare, par exemple? En introduisant directement ce poison dans un muscle convulsionné, on ramènera celui-ci au repos, sans produire aucun accident d’empoisonnement, puisque la dose, suffisante pour le lieu de l’injection, sera comme nulle pour toute action générale, pour toute action toxique sur l’organisme entier.

Nous devons maintenant pénétrer plus profondément dans l’analyse des actes intimes de l’absorption. En considérant la substance depuis le moment où elle est déposée au contact des capillaires, jusqu’au moment où «lie agit sur les éléments des tissus, nous voyons qu’il

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y a trois faits essentiels à étudier dans ces phénomènes de transport et surtout de pénétration.

D’abord la substance pénètre dans le sang ; puis elle est transportée par celui-ci dans tous les points de l’économie; et enfin elle est reçue par ce transport au contact de l’élément sur lequel elle peut agir, pénètre celui-ci et fait sentir son action.

Il est facile de comprendre qu’entre ces trois actes, termes successifs de l’absorption, c’est-à-dire entre le fait de pénétration dans le sang et le fait de la pénétration dans les éléments anatomiques, il peut et doit se passer un certain temps. Cet intervalle est dû non-seulement au temps consacré au transport de la substance par le torrent circulatoire, mais encore à ce que la substance, pour arriver au contact immédiat des éléments des tissus, doit sortir des capillaires et se mêler au liquide interstitiel, au plasma qui baigne plus immédiatement ces éléments. Or, l’analyse exacte de ces diverses phases du phénomène nous révèle une série de faits dont il faut savoir tenir rigoureusement compte.

Ces divers actes sont successifs ; mais quand l’un a cessé, l’autre continue encore : ainsi on peut arrêter la pénétration de la substance dans le sang sans arrêter immédiatement son action. En effet, si à ce moment le transport dans le sang a eu lieu, si la pénétration dans l’élément a commencé, et si l’effet toxique s’est déjà montré, on le voit continuer en augmentant pendant quelques instants. Il ne suffit donc pas, pour borner à un certain degré une action toxique, d’arrêter la pénétration du poison dans le sang au moment même où se

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montrent les symptômes qu’on ne voudrait pas dépasser. Dans ce cas on irait au delà du but que l’on veut atteindre, parce qu’en supprimant la pénétration dans le sang, on n’arrête pas la pénétration dans l’élément anatomique ; il y a continuation d’action de toute la dose de •poison que le sang contient et qui n’est pas encore arrivée au niveau des capillaires dans l’intimité des tissus.

Il est encore toute une série de questions, relativement secondaires, qui ont été plus spécialement étudiées par les physiciens : telles que la nature chimique de la substance et son influence sur la rapidité de l’absorption, de la circulation, de l’endosmose et de l'exosmose.

La question de savoir si l’absorption se fait par les voies sanguines ou lymphatiques a passionné les anciens physiologistes, et aujourd’hui encore cette discussion semble réveiller les controverses qui se produisirent à l’époque des découvertes de Harvey, d’Aselli et de Pecquet.

Galien et ses disciples, c’est-à-dire tous les médecins et tous les physiologistes des siècles antérieurs à la découverte du système vasculaire lymphatique, ne pouvaient concevoir l’absorption que par le système veineux, puisqu’ils ne connaissaient pas d’autres vaisseaux à circulation centripète, c’est-à-dire capables de puiser les liquides interstitiels et de les ramener vers le cœur. Aussi, notamment à propos de l’absorption intestinale, Galien avait-il fait de l’appareil veineux, c’est-à-dire de la veine porte, la voie essentielle d’introduction des substances dans l'organisme. Tous les produits de l'absorption arrivaient ainsi au niveau du foie, où se faisait une coction.

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ou, pour nous servir des expressions modernes, uue transformation, qui donnait naissance au liquide sanguin apte à aller entretenir la vie et la nutrition des diverses parties du corps. Il ne faut pas oublier, en effet, qu’aux yeux de Galien, si la veine porte était un vaisseau afférent au foie, toutes les autres veines rayonnaient de cet organe central. Le foie était le grand fabricateur du sang.

Ces idées furent professées jusqu’à l’époque de la démonstration de la circulation du sang par Harvey; encore faut-il ajouter que, si la découverte de Harvey renversa les idées galéniques au point de vue de la circulation veineuse, et enleva au foie le rôle de centre d’irradiation du torrent sanguin, pour placer ce centre dans le cœur, cette découverte ne changea en rien les idées reçues sur le rôle du parenchyme hépatique comme organe formateur du sang, à l’aide des matériaux premiers qui lui étaient amenés par la veine porte. Bien plus, la découverte des vaisseaux chylifères par Aselli parut pour un instant confirmer les vues hypothétiques de la vieille école, puisque ces vaisseaux n’avaient pas été poursuivis au delà du niveau du foie, dans lequel ils semblaient aboutir. Les chylifères d’ Aselli ne représentaient encore, aux yeux des physiologistes de l’époque, qu’une seconde voie, apportant, parallèlement à la veine porte, les matériaux de la digestion dans la glande hépatique.

Mais la découverte de Pecquet, qui fit connaître le canal thoracique, changea complètement la face des choses: dès lors on vit qu’une grande partie des sub-

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stances transformées par la digestion étaient absorbées par des vaisseaux tout différents des veines et arrivaient jusqu’au cœur sans traverser le foie. Dès ce jour, le rôle du foie devint secondaire, et l’étude de l’absorption dut porter et sur les veines et sur les lymphatiques; dès ce jour, la question qui doit actuellement nous occuper était nettement posée : auquel des deux systèmes, veineux ou lymphatique, sont dus plus spécialement les phénomènes d’absorption?

Dans le premier enthousiasme qui suivit la découverte du système lymphatique, le problème fut brusque ment et catégoriquement tranché : on déposséda entièrement le système veineux pour ne plus considérer que le système lymphatique ; et Bichat, plus tard, prit comme synonymes les expressions de système lymphatique et de système absorbant.

Mais jusque-là, en dehors des simples faits anatomiques connus avec précision, la recherche physiologique, l’expérimentation, n’était pas venue fournir ses données à la solution du problème. Dès qu’elle aborda la question, il fallut compter avec des faits exactement déterminés, et la question subit de nouveau un renversement complet. C’est à Magendie que sont dues les premières recherches sur ce sujet, et ses expériences, aujourd’hui encore, ont conservé toute leur importance.

S’adressant d’abord à l’absorption intestinale, Magendie montra qu’en détruisant tous les vaisseaux chylifères, l’absorption continuait cependant, et que dans ce cas elle ne pouvait être due qu’aux veines, aux rameaux d’origine de la veine porte. Portant ensuite l’expérience

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sur l'absorption interstitielle, sur celle qui se produit dans le tissu cellulaire du membred’ un chien par exemple, il opéra de la manière suivante: toutes les parties molles du membre postérieur fureut coupées au niveau de sa racine, moins l’artère et la veine crurales, qui furent conservées avec soin ; de l’extrait alcoolique de noix vomique dissous dans l’eau fut ensuite injecté dans la patte, qui n’avait plus conservé de rapport avec l’organisme de l’animal que par les troncs artériel et veineux; au bout de trois ou quatre minutes, les convulsions éclataient dans tout le corps, et l’animal, succombait à l’empoisonnement.

On objecta à Magendie que les parois artérielles et veineuses pouvaient contenir des vaisseaux lymphatiques absorbants. Magendie répondit en répétant son expérience, avec cette modification que les vaisseaux euxmèmes furent coupés et remplacés, sur une certaine étendue, par des tuyaux de plume d’oie: dans ce cas la colonne sanguine représentait le seul moyen déconnexion entre le membre isolé et l’organisme entier. Cependant le résultat de l’expérience fut le même que dans le premier cas, et l’animal succombait à l’empoisonnement trois ou quatre minutes après que la noix vomique avait été déposée sous la peau de la patte. La veine avait donc bien été le chemin d’absorption et de transport.

Nous allons répéter cette expérience en perfectionnant le procédé opératoire (fig. 96). Sur ce chien, insensibilisé par la morphine et le chloroforme, nous découvrons au pli de l’aine, du côté droit, les vaisseaux cruraux ; nous les isolons en passant au-dessous d’eux

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un fil qui nous permet de les tirer légèrement au dehors de la plaie. Cela fait, nous allons couper toutes les

^îg. 96. — Disposition de l'expérience pour l’étude des voies de l’absorption (expérience de Magendie modifiée). — La forte pinee double' figurée à part sert à fixer le fémur qui est sectionné perpendiculairement.

parties molles avec Yécraseur : la chaîne de l’écraseur est passée, au moyen d’une grosse aiguille, entre l’os et les muscles de la masse interne de la cuisse; ces muscles

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