‹ Leçons de la physiologie opératoireChapitre 86 sur 152 · COEURS VEINEUX ET LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

COEURS VEINEUX ET LYMPHATIQUES

ment pour appeler l’air dans les alvéoles du poumon. Chez les autres animaux, chez les batraciens, par exemple, cette influence n’existe pas; mais nous trouvons alors, pour y suppléer, des appareils tout aussi efficaces et dans un rapport plus immédiat encore avec le système circulatoire : ce sont des cœurs accessoires ou supplémentaires. Ces cœurs sont annexés au système veineux ou bien au système lymphatique.

Chez l’anguille, nous pouvons observer un cœur ac- • cessoire de ce genre placé sur le trajet de la veine caudale. Chez les grenouilles, nous trouvons de nombreux cœurs lymphatiques : une paire est située dans la région pelvienne dorsale, de chaque côté de la pointe de l’os sacrum. Une seconde paire est placée vers la partie dorsale de l’origine des membres antérieurs. Ces cœurs accessoires ont été découverts par Millier (1833), puis étudiés par Panizza d’une part, Weber et Valentin d’autre part. Ces cœurs sont très-intéressants à étudier: les auteurs que nous venons de citer en ont décrit les caractères anatomiques ; ils ont montré que ces petites cavités contractiles sont pourvues de fibres musculaires striées, et que, grâce de plus aux nombreux éléments élastiques qu’elles renferment, elles doivent agir alternativement comme des pompes aspirantes et foulantes. Mais les faits les plus intéressants que présentent ces cœurs accessoires se rapportent à leur physiologie, et principalement à l’influence qu’exerce sur eux le système nerveux. Ces cœurs battent sans aucune espèce de synchronisme ni entre eux ni avec le cœur sanguin, organe principal de la circulation. Ils ne réagissent pas

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de la même manière que ce dernier aux agents toxiques : ainsi le curare, qui n’arrête pas le cœur sanguin thoracique, paralyse rapidement les cœurs lymphatiques. Vous voyez ici deux grenouilles, dont l’une est ■ curarisée. Sur celle qui n’a reçu aucun poison, vous voyez parfaitement battre le cœur sanguin et les quatre cœurs lymphatiques, surlout les deux pelviens, dont les pulsations sont parfaitement apparentes à l’œil nu. Sur l’autre, chez laquelle tous les mouvements volontaires ont été abolis par le curare, vous voyez également battre le cœur sanguin, mais il est impossible de constater la moindre pulsation dans la place occupée par les deux cœurs lymphatiques pelviens. Chose remarquable, j’ai constaté que le cœur caudal de l’anguille, lequel est un cœur sanguin, puisqu’il est placé sur la veine caudale, n’est pas paralysé par le curare. Ainsi la sensibilité à ce poison serait l’un des caractères des vaso-moteurs lymphatiques.

Lorsqu’on isole le cœur thoracique, on voit ce viscère continuer à battre, parce qu’il renferme dans ses parois des ganglions nerveux qui peuvent suffire dans ces circonstances à son innervation : il en est. de même lorsqu’on coupe tous les nerfs qui se rendent au cœur. Pour les cœurs lymphatiques, l’isolement produit aussitôt la cessation de tout mouvement. Ainsi ces cœurs ne peuvent continuer à fonctionner s’ils n’ont pas conservé leurs connexions avec le système nerveux général. Aussi s’arrêtent-ils également quand on coupe les nerfs qu’ils reçoivent. Dans ce cas on les voit de plus remplis non plus de lymphe pure, mais d’un liquide san-

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o-uinolent ou même de sang presque pur. On observe la même chose lorsque les cœurs, paralysés par certains agents toxiques, sont restés quelque temps dilatés; ils sont alors gorgés d’un liquide rougeâtre dans lequel le microscope permet de reconnaître les globules rouges du sang. Nous avons dans ces cas des modifications trèsintéressantes de la circulation lymphatique et des phénomènes d’exsudation capillaire qui y paraissent directement liés.

J’ai observé autrefois que la destruction de la moelle épinière et l’épuisement par le curare font cesser les pulsations des cœurs lymphatiques de la grenouille (1). Ce fait de la, dilatation des cœurs lymphatiques sous l’influence de la paralysie est à rapprocher des résultats récemment observés par M. Tarchanoff (2), relativement à l’influence du curare sur la composition du sang chez ces animaux. Chez les grenouilles curarisées on observe une abondante exsudation du plasma sanguin dans toutes les cavités lymphatiques. Ce plasma est accompagné de nombreux globules blancs ; de sorte que la numération de ces globules, faite sur le contenu des vaisseaux sanguins, y montre une forte diminution dans la proportion des globules blancs : on croirait volontiers, et celte interprétation avait été proposée, que le curare a pour effet de détruire les globules blancs; en réalité il n’y a pas destruction, mais simple déplacement. Ces

(1) Claude Bernard, Leçons sur les substances toxiques et médicamenteuses, p. 310.

(2) Voyez J. Tarchanoff, De l’influence du curare sur la quantité de la lymphe et l’émigration des globules blancs du sang { Archives de physiol, i875, p. 33). .

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éléments anatomiques ont passé en masse du système sanguin dans le système lymphatique, par un mécanisme sur lequel nous ne nous arrêterons pas aujourd’hui.

Ce que je veux surtout vous faire remarquer pour le moment, c’est l’énorme accumulation de lymphe dans les diverses cavités lymphatiques; parmi ces cavités, celle qui est située sous la langue de la grenouille est surtout remarquable par la manière dont elle est gorgée de liquide. Vous voyez ici plusieurs grenouilles curarisées depuis un certain temps. Dès que nous plaçons ces animaux dans une position verticale, de manière que la langue, sortie de la cavité buccale, forme la partie la plus déclive du corps, vous voyez la face inférieure de cet organe former une grosse saillie transparente: c’est comme une énorme goutte de liquide: Ce liquide est de la lymphe accumulée dans le sac lymphatique sublingual, dont on soupçonne à peine l’existence sur une grenouille normale. Quand on retourne l’animal, ou qu’on le place simplement dans la position horizontale, cette bosse lymphatique s’efface et disparaît : la lymphe a reflué dans les espaces lymphatiques péripharyngiens et sous-crâniens.

Ces faits, nettement mis en évidence par M. Tarchanoff, nous ont rappelé que depuis longtemps nous avions observé, sans y attacher toute l’importance qu’ils méritaient, des faits nombreux d’accumulations semblables de lymphe chez des animaux eurarisés. Nous voyons dans ces cas, chez les chiens ou les lapins, par exemple, les surfaces des plaies ou des vésicatoires se

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