‹ Leçons de la physiologie opératoireChapitre 87 sur 152 · VASO-MOTEURS LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

VASO-MOTEURS LYMPHATIQUES

recouvrir d’une abondante exsudation de lymphe. Nous avons préparé ici un animal qui vous présente ce phénomène : la peau a été enlevée, mais la plaie était cicatrisée; l’animal a été curarisé, et la surface mise à nu, précédemment presque sèche, est en ce moment le siège d’une exsudation lymphatique qui rend la plaie trèshumide dans les quelques points où la cicatrisation n’est pas encore achevée.

Ces phénomènes sont produits, avons-nous dit, par l’action du curare : c’est que dans ces cas le curare a été injecté à une dose suffisante pour paralyser les vasomoteurs; donc l’exsudation lymphatique est une conséquence de l’absence d’action des vaso-moteurs lymphatiques.

Nous vous avons signalé les phénomènes que présentent les grenouilles curarisées relativement au fait d’une abondante exsudation de lymphe, c’est-à-dire de plasma sanguin. Mais je vous ai fait observer que ce phénomène n’était pas propre à la grenouille; que d’après d’anciennes observations et d’après des expériences que nous avons reproduites sous vos yeux, il était facile de constater des faits analogues chez le lapin, chez le chien, et que l’extravasation lymphatique, sous l’influence de la paralysie des vaso-moteurs, était par suite un phénomène général, observable seulement à des degrés différents aussi bien chez les vertébrés inférieurs que chez ceux qui sont le plus voisins de l’homme.

L’importance et la généralité de ce phénomène nous autorisent donc à insister sur son étude, à en préciser

cl. bernard. — Physiol. opér. 25

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les limites, à en rechercher les causes et le mécanisme intime.

Vous voyez ici un certain nombre de grenouilles curarisées et qui, comme celles que je vous montrais précédemment, présentent une énorme réplétion du sac lymphatique sublingual. Ces animaux, conservés dans un lieu humide et frais, resteront dans cet état pendant quatre, cinq et même dix jours; puis, ayant éliminé le curare qui paralysait les extrémités périphériques de leurs nerfs moteurs et leurs cœurs lymphatiques, ils recouvreront leurs mouvements volontaires, et en même temps la dilatation des cavités lymphatiques s’effacera, la lymphe sera résorbée, tout rentrera dans l’état normal.

Voici un lapin qui a été curarisé jusqu’à la limite qui arrête tous les mouvements, moins ceux qui sont essentiels à la vie, c’est-à-dire moins les mouvements respiratoires. Je vous l’ai fait observer déjà bien des fois, quand on connaît bien la susceptibilité de l’organisme, quand on a su préciser, en la dosant exactement, l’action des substances toxiques, on est maître de produire les phénomènes toxiques dans telle limite qu’on s’est proposée d’avance. Nous savons par de nombreux essais qu’en injectant 2 milligrammes de curare par kilogramme d’animal, on paralyse tous les mouvements, moins ceux de la respiration. Ce lapin pèse près de 2 kilogrammes; il a reçu sous la peau 4 milligrammes de curare : au bout de quinze minutes il est tombé, mais il n’est pas mort; la respiration continue à se faire spontanément.

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