IL. Traduction en français moderne
LE LOUP, LA LIONNE ET LE MULEr (suite).
Lls cheminent dispos, croyant la table preste, Et s'approchent tous deux assez près de la beste, e loup qui la cognoist, malin et deffiant, uy regardant aux pieds, luy parloit en riant : ‘# D'où est-tu ? qui es-tu ? quelle est ta nourriture, Ta race, ta Maison, ton Maistre, ta nature ?” Le mulet, estonné de ce nouveau discours, De peur ingénieux, aux ruses eut recouts ; Et, comme les Normands, sans luy respondre : « Voire! Compère, ce dit-il, je n’ay point de mesmoire ; Et, comme sans csprit ma grand'mère me vit, Sans m'en dire autre chose, au pied me l’escrivit, ” Lors il leve Ja jambe au jaret r'amassée, t d’un œil innocent il couvrait sa pensée, Se tenant suspendu sur les pieds en avant, Lé loup qui l’apperçoit se leve de devant, S'excusant de ne lire avec j ceste Parolle, Que les loups de son temps n’alloient point à l’escolle, Quand la chaude lionne, à qui l’'ardente faim Alloit précipitant la rage et le dessein, S'approche, plus Sçavante, en volonté de lire. Le mulet prend Le temps, et, du grand coup qu'il tire, Luy enfonce la teste, et d’une autre façon, Qu'elle ne sçavait point, luy apprit sa lecon.
Maraurn Récnar (1573-1613).