DE QUELQUES PROCÉDÉS PARTICULIERS A CERTAINES MÉTHODES
46. L'Apothèse est une Opinion probable, destinée à expliquer la cause ou la na ure d’une chose, mais non encore vérifiée par l'expérience ou démontrée par la raison, — Ainsi c’est une hypothèse que cet agent impondérable auquel les physiciens rapportent les phénomènes de la chaleur.
47. Les hypothèses sont soumises à deux sortes (le règles, les unes qui r-gardent la formation de l'hy pothèse, les autres qui regardent sa vérification.
Les règles de In formation de l'hypothèse sont au nombre de trois : 19 il faut acquérir la connaissance la plus étendue possible dé ln chose qu'on veut expliquer, et examiner attentivement les principales circonstances dont clle est entourée: 20 parmi ces circonstances, on doit observer de préférence celles qui ont un rapport direct avec la cause ou la nature de là chose; 50 l'explication choisie doit être telle qu'elle puisse rendre compte de toutes les observations qui ont été faites,
Les règles de la vérification de l'hypothèse sont au nombre de quatre : 19 On doit rejeter comme fausse toute hypothèse qui contredit une vérité certaine ; 2 on doit encore rejeter comme fausse toute hypothèse qui contredit une seule circonstance bien constatée de la chose qu'on veut expliquer ; 59 l'hypothèse que certains faits ou certaines lois justifient «dot étre préférée à celle qu'aucun fait ne vérifie; 49 comme dans la nature tout se fait par les moyens les plus simples, entre deux ou plusieurs hypothèses, toutes choses égales d’ailleurs, la plus simple doit être préférée. Ld
Il est évident que si une hypothèse est en contradiction avec une vérité certain :, elle est par 1à même démontrée fausse,
4%. L'expérimentation cst l'art de produire ou de modifier les phénomènes de la nature, pour les étudier, Si l’on se borne à étudier le phénomène tel que la nature nous l'offre, c'est alors simplement l'ob= sServation, — Ainsi le chimiste expérimente dans son laboratoire ; le géologue observe dans ses excursions et ses fouilles,
49. Les conditions d'une bonne expérimentation sont relatives, les une à ce qui se produit dans le Phénomène, ies autres à l'art de celui qui expérimente. Par rapport au phénomène, il faut : 19 tenir un compte exact de toutes les circonstances qui l’accompagnent, quelque minutieuses qu’elles soient, et, si c'est possible, les noter avec des
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chiffres et des quantités précises, Far rapport à l'art de celui qui expérimente, il faut: 1° Varier l'expérience. —Ainsi pour connaître à fond les propriétés de l'électricité, le physicien met l'électricité en rapport avec des substances de toute nature, —2° Etendre l'expérience. —La fabrication de plusieurs substances dans l'industrie sont comme des expériences en grand, qui confirment les découvertes faites dans les laboratoires des chimistes, — 3° Renverser l'expérience. —On prouve la composition de l’eau, soit en séparant l'oxygène et l'hydrogène qui la composent, soit en combinant de nouveau une partie d'oxygène avec deux parties d'hydrogène.
Mais avant tout, dans l'expérimeutation, on doit sû descnure ue l'esprit de système, qui fait voir non ce qui est, mais ce qu’on désire
50, L’expérimentation ayant constaté la ressemblance qu'il y a entre plusieurs êtres, le principe d’analogie permet d'en conclure d'autres ressemblances.
51. En vertu du principe d'analogie, l'esprit regarde ce qui est constant dans un certain nombre d'êtres, comme essentiel à leur nature. Mais Comprenant que ce qui vient de la niture d'un être ge vérifiera toujours dans cet étre ct dans tous les autres êtres ayant même nature, l'esprit conclut de la véritication qu'il a faite d'une qualité dans quelques êtres, quo cette qualité se retrouvera touïours, en des cas sembiables, dans tous les êtres de même nature. Le principe d'analogie abrège ainsi les recherches scientifiques, où supplée même à des recherches impossibles. — Ainsi, par l'analogie, le naturaliste applique à toutes les espèces d’un genre des observations faites sur une ou quelques espèces seulement, — Ainsi encore, c'est par l'analowie que le géologue reconstitue des espèces et des genres qui ont disparu du globe,
52. Les conclusions dé l'analogic peuvent se fonder : 1° sur de simples rapports deressemblances, comm il arrive dans la comparaison des planètes avec la terre ; 29 sur des rapports des moyens à la fin, comme cela se produit dans la comparaison entre les oiseaux et les poissons ; 3° sur des rapports des causes aux effets ou des effets aux causes : tel est le cas de la foudre et de l'électricité,
Pour que les conclusions de l'analogie soient légitimes, elles doivent s'appuyer sur des ressemblances importantes, ou, à défaut, sur des ressemblances nombreuses,
53. La classification est la distribution des ôtres de la nature par genres et, par espèces.
54. On distingue deux sortes de classifications : 1C les classifications artificielles, qui se fondent sur un ou plusieurs caractères secondaires choisis arbitrairement, comme serait la classification des plantes d’après la forme de la tige où d'après la structure de la corolle ; 2° les classifications naturelles, qui sont la détermination scientifique des espèces et
des genres, fondée sur la loi de la subordination des caractères.
55. La loi de la subordination des caractères consiste en ce que les êtres de la nature ont chacun un caractère primordial auquel d'autres caractères secondaires sont subordonnés : à ces derniers en sont subordonnés d'autres encore, jusqu'à ce qu’enfin on arrive aux caractères les moins importants. Classer d'après cette loi, c'est établir les divisions principales d'après les caractères principaux, subdiviser ensuite en suivant la subordination des caractères. [l est aisé de comprendre qu’une pareille classification n’est autre chose que la science même des êtres . que l'on classe, Il suffira, dès loxa, de savoir à quelle division un être appartient, pour connaitre g6x varactères principaux.
296 Notions de logique.
DU TÉMOIGNAGE 56. Notre intelligence adhère à In Vcrité qui se manifeste évidemment
à elle, ou elle s'appuie sur le témoignage d'autrui relativement aux vérités qui sont en dehors de la Sphère de sa connaissance.
57. L’évidence est immédiate, lorsqu'une chose se manifeste à l'esprit par Sa propre clarté. — Ex. : // n'y a point d'effet sans cause. — L'évidence est médiate, lorsqu'une chose ne ge manifeste à l'esprit que par l'intermédiaire d’une autre chose, — Ex. : La somme des angles d'un triangle égale deux angles droits.
98. L'autorité du témoignage est divine ou humaine, et celle-ci est l'autorité du simple témoignage humain, ou l’autorité du sens commun, ou l’autorité du témoignage des savants, .
59. L'autorité du témoignage divin est un principe de certitude supérieur à tous les autres, Dieu ne pouvant ni se tromper ni nous tromper.
60. Le témoignage humain produit en nous la certitude, quand nous Savons que les témoins ne peuvent s'être trompés et ne veulent point nous tromper.
61. Si un fait est matériellement impossible, il est certain que le témoignage qui l’atteste est trompeur. Si le fait n’est qu'invraisemblable, le témoignage demande à être examiné avec plus de soin.
62. Il y a un signe certain de la science et de la véracité des témoins, dans leur accord à rapporter un fait de la même manière; car il n’est pas possible qu'ils se soient tous trompés dans la perception du même fait, ni qu’ils s'accordent pour soutenir une.erreur de la même manière. Que si les témoins sont en grand nombre, s'ils souffrent des tourments à l'appui de leur témoignage, s'ils rapportent des faits publics et non contredits par ceux-là mêmes que ces faits condumnent, alors ce témoignage produit la certitude la plus com plète. C’est ce qui a lieu l'our les faits qui sont les fondements du christianisme,
63. Les moyens par lesquels se transmet le témoignage humain sont au nombre de trois : la tradition, les monuments, les écrits ou l’histoire proprement dite.
64. La {radition, quand elle est constante et qu’elle se rapporte à un fait public important, est une source de certitude. En effet, les témoins Contemporains du fait peuvent en donner la certitude à ceux qui viennent après eux ; ceux-ci, à leur tour, peuvent donner à unc «utre génération une certitude égale à la leur, et ainsi de suite, jusqu'aux âges les plus reculés.
65. Les monuments sont une source de certitude, quand ils sont contemporains des faits, et qu’ils ont été érigés pour perpétuer Le souvenir d’un événement mémorable et public. Il est évident que jamais un monument public ne saurait être élevé pour transmettre à la postérité une fausseté, ou que, si cela était, il y aurait de nombreuses protestations qui mettraient en garde contre cette supercherie.
66. L'histoire, quand elle est authentique et intègre, et qu'elle a été d’ailleurs publiée sans soulever des contradictions, ne produit pas une moindre certitude que le témoignage public des contemporains,
67. On est certain qu’un écrit est authentique : 10 si, par une tradition non interrompue, il est reconnu comme tel ; *° s’il est en rapport avec les mœurs et les usages du temps auquel on le rapporte, et avec le F caractère ou ie génie de l'écrivain À qui on l’attribue, 990-8i, par sa aature, il rend toute imposture impossible,
Notions de logique.
On est certain qu’un écrit est luiègre : 1. si les paities qui le composent sont en harmonie entre elles, soit pour le fond, soit pour la forme ; 0 si, rar son. importance, il rend impossible toute altération: ; 3S s’il y a identité entre les copies qui ont été faites en différents temps et en différents lieux.
68. La véracité d’un écrit s'établit d'après la nature même de l'écrit et d’après la science et la vérac:té des écrivains. Ainsi, l'écrit est digne de foi, s’il rapporte des faits importants, de notoriété publique, en rapport avec d'autres faits accomplis dans le même temps, La véracité des écrivains s'établit suivant L: 8 règles du témoignage ordinaire.
Les livres saints remplissent, au plus haut degré, toutes les conditions exigées pour établir l'authenticité, l'intégrité et la véracité d’un écrit.
69. Par le témoignage du sens commun, On entend le consentement général et constant des hommes par rapport à une vérité.
Le sens commun est une source de certitude, touchant les vérités dont il témoigne En cffet, si une chese est affirmée par tous les hommes de tous les temps, en tous lieux, cette affirmation est produite en eux par la nature humaine. Or la nature ne peut jaillir ainsi universellement et constamment ; autrement le Créateur lui-même faillirait.
70. Les vérités affirmées par le sens commun sont : 10 les principes dont la facile connaissance appartient à l’nsage naturel de la raison ; 2° les vérités morales et religieuses dont la connaissance est indispensable à la vie morale des hommes, et que, pour cette raison même, Dieu, dans sa bonté, leur a fait connaître par une révélation primitive.
71. Il est sage d'accepter l'autorité des savants touchant la science qu’ils enseignent ; ainsi: 10 l'autorité des savants doit être acceptée, tant qu’il n’y a pas de fondement raisonnable de la croire fausse ; Jo un savant n’est juge compétent que pour la science qui lui est propre ; 5° un savant doit accepter les affirmations des autres savants, quand il ne peut par lui-même en constater la vérité, ni en démontrer la fausseté.
72. Le témoignage est nécessaire pour le complet développement de notre esprit Par lui, il acquiert facilement et pPromptement des connaissances que leur difficulté ou le défaut de temps l'aurait empêché de découvrir. Aussi sommes-nous naturellement portés à accepter l'autorité du témoignage, particulièrement durant les premières années de la vie, où nous ne pouvons presque rien apprendre que par le secours d'autrui.
73. Le scepticisme consiste À nier l'existence de la vérité, ou la possibilité de la connaître d’une manière certaine.
74. Le scepticisme est partiel, s'il ne rejette la vérité ou la certitude que par rapport à un certain nombre de connaissances ; il est complet, sil rejette la vérité ou la certitude de toutes les connaissances,
75. Le scepticisme a pour conséquence la négation de tonte science et de toute vertu, puisqu'il nie les vérités spéculatives et les vérités pratiques, qui sont la base de la science et de la vertu. Il est contraire à la nature de 1’homimne, en ce qu'il prive l'intelligence de la vérité, qui est sa propre vie comme l'air est l: vie du corps,
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