‹ Leçons de langue française [microforme]Chapitre 375 sur 579 · Les deux pigeons · texte numérisé non relu

Les deux pigeons

Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre:

L'un d'eux, s’ennuyant au logis, Fut assez fou pour entreprendre Un voyage en lointain pays, L'autre lui dit : « Qu'allez-vous faire ?

Voulez-vous quitter votre frère ?

L'absence est le plus grand des maux :

Non pas pour vous, cruell Au moins, que les travaux, | es dangers, les soins du voyage, Changent un peu votre courage, | Encor, si la saison s'avançait davantage!

Attendez les zéphyrs : qui vous presse ? un corbeau Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau, Je ne songerai plus que rencontre funeste, Que faucons, que réseaux, Hélas! dirai-je, il pleut : Mon frère at-il tout ce qu'il veut, Bon soupé, bon gîte et le reste Fr" Ce discours ébranla le cœur De notre imprudent voyageur : :

Mais le désir de voir et l'humeur inquiète L'emportèrent enfin, Il dit : « Ne pleurez point :

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Morceaux choisis.

Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ;

Je reviendrai dans peu conter de point en point Mes aventures à mon frère ;

Je le désennuierai, Quiconque ne soit guère

N'a guère à dire aussi, Mon voyage dépeint Vous sera d’un plaisir extrême.

Je dirai : j'étais là; telle chose m'advint : Vous y c'oirez être vous-même, ”

À ces mots, en pl eurant, ils se dirent adieu.

Le voyager: s'éivigne : et voilà qu’un nuage

L'oblige de chercher retraite en quelque lieu,

Un seul arbre s’oflrit, tel encor que l'orage

Maltraita le pigeon en dépit du feuillage,

L'air devenu serein, il part tout morfondu,

Sèche du mieux qu’il peut son corps chargé de pluie,

Dans un champ à l'écart voit du blé répandu,

Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie ;

11 y vole, il est pris: ce blé couvrait d'un las (acs) Les menteurs et traîtres appas.

Le las était usé ; si bien que, de son aile,

De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin :

Quelque plume y périt ; et le pis du destin

Fut qu'un certain vautour à la serre cruelle,

Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle

Et les morceaux du las qui l'avait aëtrapé, Semblait un forçat échappé.

Le vautour s’en allait le lier, quand des nues

Fond à son tour un aigle aux ailes étendues.

Le pigeon profita du conflit des voleurs,

S'envola, s’abattit auprès d’une masure, Crut pour ce coup que ses malheurs Finiraient par cette aventure 5

Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié)

. Prit sa fronde, et du coup tua plus d'à moitié

La volatille malheureuse, Qui, maudissant sa curiosité, Trainant l'aile, et tirant le pied, Demi-morte, et demi-boiteuse, Droit au logis s’en retourna, Que bien, que mal, elle arriva Sans autre aventure fâcheuse, Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines. La Fonrains.

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