‹ Leçons de langue française [microforme]Chapitre 376 sur 579 · La vieille et les deux servantes · texte numérisé non relu

La vieille et les deux servantes

Il était une vieille ayant deux chambrières : Elles filaient si bien que les sœurs filandières Ne faisaient que brouiller au prix de celles-ci, La vieille n'avait point de plus pressant souci Que de distribuer aux servantes leur tâche,

Dès que Téthis chassait Phébus aux crins dorés,

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330 Morceaux choisis.

Tour:ts entraient en jeu, fuseaux étaient tirés. “ Deçà, delà vous en aurez :

Point de cesse, point de relâche, ” Dès que l'Aurore, dis-je, en son char remontait, Un misérable coq à point nommé chantait ; Aussitôt notre vieille, encor plus misérable, Safiublait d'un jupon crasscux et détestable, Allumait une lampe et courait droit au lit Où, de tout leur pouvoir, de tout leur appétit, Dormaient les deux pauvres servantes, L'une entr'ouvrait un œil, l'autre étendait un bras ; Et toutes deux, très mal contentes, Disaient entre leurs dents : “ Maudit coq ! tu mourras ! ” Comme elles l'avaient dit, a bête fut grippée : Le réveille-matin eut la gorge coupée.

Ce meurtre n’amenda nullement leur marché :

Notre couple, au contraire, à peine était couché, Que la vieille, craignant de laisser passer l'heure, Courait comme un lutin par toute sa demeure, C’est ainsi que, le plus souvent, Quand on pense sortir d’une mauvaise affaire, On s'enfonce encor plus avant :

Témoin ce couple et son salaire.

La vieille, au lieu du coq, les fit tomber par là De Charybde en Scylla. LA FONTAINE.

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