Le nid du bouvreuil
Le bouvreuil niche dans les aubépines, dans les groseilliers et dans les buissons de nos jardins; ses œufs sont ardoi-és comme la chape 1 de son dos. Nous nous rappelons avoir trouvé un de ces nids dans’ un rosier ; il ressemblait à une conque ? de nacre contenant quatre perles bleues : une rose pendait au-dessus, tout humide ; le bouvreuil mâle se tenait immobile sur un arbuste voisin, comme une fleur de pourpre et d'azur. Ces objrts étaient répétés clans l’eau d'un étang, avec l'ombrage d'un noyer qui servait de fond à la scène et derrière lequel on voyait 8e lever l'aurore. Dieu nous donna dans ce petit tableau une idée des
grâces dont il a paré la nature, CHATEAUBRIAND (1768-1848).
4, Le lis et la rose.
Pour me montrer le caractère d'une fleur, les botanistes 3 me la font voir sèche, décolorée et étendue dans un herbier. Est-ce dans cet état où je reconnaîtrai un lis? N'est-ce pas sur le bord d’un ruisseau, élevant au milieu des herbes sa tige auguste, ct réfléchissant dans les eaux ses beaux calices plus blancs que l’ivoire 4, que jadmirerai le roi des vallées? Sa blancheur incomparable n'est-elle pas encore plus éclatante quand elle est mouchetée, comme de gouttes de corail 5, par de petits scarabées 6 écarlates, hémisphériques, piquetés de noir, qui y cherchent presque toujours un asile?
Qui est-ce qui peut reconnaître dans une ro8e sèche la reine des fleurs ? Il faut la voir lorsque, sortant des fentes d'un rocher humide, elle brille sur sa propre verdure, que le zéphyr la balance sur sa tige hérissée d'épines, que l'aurore l'a couverte de pleurs, ct qu'elle appelle la main
par son éclat et par ses parfums. Quelquefois une cantharide 7, nichée dans sa corolle, en relève le carmin par son vert d'émeraude. C’est alors que cette fleur semble nous dire que, symbole du plaisir par ses charmes et par sa rapidité, elle porte comme lui le danger autour d'elle et le
repentir dans son sein.
Bernagoin DE Sawr-Piere (1737-1814).