‹ Leçons de langue française [microforme]Chapitre 397 sur 579 · Le connétable de Bourbon ? et Bayard · texte numérisé non relu

Le connétable de Bourbon ? et Bayard

Le connéragze. N'est-ce point le pauvie Bayard que je vois au pied de cet arbre, étendu sur l'herbe et percé d'un grand coup? Oui, c’est lui-

1 Le récipiendaire est celui qui se présente pour être reçu dans une société, une compagnie. Ê ñ

2 Connétable de Bourbon, grand capitaine, mais traître à la France (1480-1587), 8 Bayard, surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche (1476-1524).

Morceaux choisis. 361

même, Hélas! je le plains. En voilà deux qui périssent aujourd’hui par nos armes, Vandenesse et lui. Ccs deux Français étaient deux orne.

tatut ments de leur nation par leur courage, Je sens que mon cœur est encore : A t touché pour sa patrie. Mais avançons pour lui parler. Ah! mon pauvre. OPEN Bayard, c’est avec douleur que je te vois en cet état. adémie Bayann. C’est avec douleur que je vous vois aussi. Ets Le connéTABze. Je comprends bien que tu es fâché dete voir dans DR mes mains par le sort de la guerre. Mais je ne veux point te traiter en de & prisonnier ; je te veux garder comme un bon ami, et prendre soin de ta : LL de guérison comme si tu étais mon propre frère : ainsi tu ne dois pas être tfprie | fâché de me voir, emande . Bayarn. Hé! croyez-vous que je ne sois point fâché d'avoir obligation . ait au plus grand ennemi de la France? Ce n’est poiat de ma captivité ni

de ma blessure que je suis en peine, Je meurs: dans un moment la mort va me délivrer de vos mains,

maire Le connérasce. Non, mon cher Bayard, j'espère que nos soins réus- | Sr siront pour te guérir.

eur ' Bayanp. Ce n'est point là ce que je cherche, je suis content de mourir. des DL Le conxéraBze. Qu’as-tu donc ? Est-ce que tu ne saurais te consoler D d " d’avoir été vaincu et fait prisonnier dans la retraite de Bonnivet 1 ? Ce LA n’est pas ta faute; c’est la sienne: les armes sont journalières. Ta HAS re gloire est asser bien établie par tant de belles actions. Les Impériaux le : ne pourront jamais oublier cette vigoureuse défense de Mézières contre | eux.

as 1 Bayanp. Pour moi, je ne puis jamais oublier que vous êtes ce grand doct connétable, ce prince du plus noble sang qu'il y ait dans le monde, et “sde qui travaille à déchirer de ses propres mains sa patrie et le royaume de 7 nr ses ancêtres.

Ace ci Lx connéragzx. Quoi, Bayard! je te loue, et tu me condamnes! je te et fan plains, et tu m’insultes | en Bayann. Si vous me plaignez, je vous plains aussi ; et je vous trouve lai bien plus à plaindre que moi. Je sors de la vie sans tache : je meurs Lu vd pour mon pays, pour mon roi, estimé des ennemis de la France, regretté Te er er de tous les bons Français. Mon état est digne d'envie.

7. til Le connérasze. Et moi, je suis victorieux d’un ennemi qui m'a ou- LA tragé; je me venge de lui; je le chasse du Milanais ; je fais sentir à Zeb toute la France combien elle est malheureuse de m'avoir perdu en me #4) 1 i poussant à bout : appelles-tu cela être à plaindre ? ittre il BayarD. Oui, on est toujours à plaindre quand on agit contre son ; n ident devoir; il vaut mieux périr en combattant pour la patrie que la vaincre os cé et bi Ln d'elle. Ah! quelle horrible gloire que celle de détruire son * EA propre pays 6 Ha 7 Le coxnf$raze. Mais ma patrie a été ingrate après tant de services -1784). que je lui avais rendus, Le roi m'a fait une injustice énorme : on a 3 détaché de moi jusqu'à mes domestiques, Matignon et d'Argouges. J'ai

; été contraint, pour sauver ma vie, de m'enfuir presque seul : que 8 au pied voulais-tu que je fisse ?

c'est lui- Bayaro, Que vous souffrissiez toutes sortes de maux plutôt que de

| manquer à la France et à la grandeur de votre maison, Si la persécution

était trop violente, vous pouviez vous retirer; mais il valait mieux être société, une FT me 0-1687). 1 Bonnivet, amiral français, battu à Biagrasso.

pauvre, obscur, inutile à tout, que de prendre les armes contre nous. Votre gloire eût été au comble dans la pauvreté et dans le plus misérable exil.

Le connNérague. Mais ne vois-tu pas que la vengeance s’est jointe à l'ambition pour me jeter dans cette extrémité! J'ai voulu que le roi se repentit de m'avoir traité si mal.

Bavarp. Il fallait l’en faire repentir par une patience à toute épreuve, qui n’est pas moins la vertu d'un héros que le courage,

Le connfragze. Mais le roi, étant si injuste et si aveuglé par sa mère, méritait-il que j'eusse de si grands égards pour lui ?

Bavarp. Si le roi ne le méritait pas, ln France entière le méritait. La dignité même de la couronne, dont vous êtes un des héritiérs, le mér: tait, Vous vous deviez À vous-même d’épargner la France, dont vous pouviez être un jour roi.

Le connéragrse. Eh bien! j'ai tort, je l'avoue; mais ne sais-tu pas combien les meilleurs cœurs ont de peine de résister à leur ressentiment,

Bayanp. Je le sais bien : mais le vai courage consiste à y résister. Si vous connaissez votre faute, hâtez-vous de la réparer Pour moi, je meurs ; et je vous trouve plus à plaindre dans vos prospérités que moi dans mes souffrances. Quand l’empereur ne vous tromperait pas, quand même il vous donnerait sa sœur en mariage, et qu'il partagerait la France avec vous, il n'effacera' point la tache qui déshonore votre vié. 1! Le connétable de Bourbon rebellel ah! quelle honte! Ecoutez Bayard mourant comme il a vécu, et ne cessant de dire la vérité.

Fânecon (1651-1715

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MORCEAUX CHOISIS

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