Dieu voit tout
Ne dites pas, enfants, comme d'autres ont dit :
“ Dieu ne me connait Pas, Car je suis trop petit; Dans sa création, ma faiblesse me noie ;
11 voit trop d'univers Pour que son œil me voie. ” l'aigle de la Montagne Un jour dit au soleil :
“ Pourquoi luire plus bas que ce sommet vermeil ?
À quoi sert d'éclairer cos prés, ces gorges 1 #Otibres, De sulir tes rayons sur herbe, dans ces ombres ?
La mousse imperceptible est indigne de toi.
— Oisvau, dit le soleil, viens et monte Avec 1 oi,,,Y L'aigie, avec le l'AyOb, s'élevant dans ln nue,
Vit la montagne fondre ct baisser à sa vue ;
Et, quand il eut atteint son horizon nouveau,
À son œil confondu tout parut de niveau,
“ Eh bien! dit Le soleil, tu Vois, oiseau superbe,
Si, pour moi, la montagne est plus haute que l'herbe, Rien n'est grand ni petit devant CS YeUX géants : La outte d'eau me peint comme Les océans É
De tout ce qui me voit, je suis Pastre ct la vie Comme le cèdre aitier. l'herbe me o lorifie ; J'y chaufle la fourni ; des nuits, j'y bois les pleurs ; Mon rayon s'y partune en l'ainant sur Les fleurs,
Et c'est ainsi que Dieu, qui seul est sa mesure,
D'un œil pour tous égal, voit toute la naturel...”
lee Chers enfants, ben se2, st votre cœur c nprend Cet œil qui voit d'énsecte, et Jour qui tout est grand.
L'AMARTINE (1790-1869),
1 Gorge, passage cutre de ux montugnes,
1 Foudres bruyants, employé au masculin par licence poétique.
2, Grandeur de Dieu.
11 est, ct par lui seul tout être a pris naissance : Le néant existe à sa voix ; La nature et le temps agissent par ses lois ; Tout adore en treu.blant sa suprême puissance. Invisible et présent, on le trouve en tous lieux : Il remplit la terie ct les cieux ; Par lui tout se meut, tout respire ; Sa durée est l'éternité, Et les bornes de son empire Sont celles de l’immensité.
Ii produit à son gré le calme et les tempêtes ; Il commande aux flots en courroux, Et des foudres bruyants 1 qui menacent nos têtes ses ordres éternels conduisent tous les coups. Des climats où naît la lumière, Aux lieux où le soleil termine su carrière, Il étend ses soins bienfaisants; Et l'or voit sa bonté paraitre Partout où son pouvoir fait mourir et renaître Les jours, les saisons ct les ans.
Par lui brille en nos prés la riante verdure:
D'abondantes moissons les guérets 2 sont couverts ;
L'automne de ses fruits embellit la nature,
Et l'aquilon 8 fougueux ramène les hivers.
De l'énorrae éléphant à la fourmi rampante,
De l'aigle au passereau, du monarque au berger,
L'out vit, tout se tient par sa faveur présente,
Il change comme il veut la matière impuissante, Et seul ne peut jamais changer!
Ducué.