Le linot
Une linotte avait un fils Qu'elle adorait selon l'usage ; C était l'unique fruit du plus doux mariage, E le plus beau linot qui fût dans le pays.
Sa mère en était folle, et tous les témoignages Que peuvent inventer la tendresse et l'amour Etaicnt pour cet enfant épuisés chaque jour:
Notre jeune linot, fier de ces avantages, Se croyait un phénix, prenait l'air suffisant, Tranchait du petit important Avec les oiseaux de son âge ; Persiflait la mérange ou bien le roitelet, Donnait à chacun son paquet, Et sc faisait haïr de tont Le: voisinage, Sa inère lui disait : “ Mon cher fils, sois plus sage, Plus modeste surtout, Hélas! je conçois bien Les dons, les qualités qui furent ton partage ; Mis feignons de n'en savoir rien, Pour qu’on les aime davantage. ?
A tout cela notre linot, Répondait par quelque bon moi; La mère en gémissait dans le fond de son âme, Un vieux merle, ami de la dame, Lui dit : “ Laissez aller votre fils au grand bois ; Je vous réponds qu'avant un mois Il sera sans défauts. ” Vous jugez des alarmes De la mère qui pleure et frémit du danger, d Mais le jeune linot brûlait de voyager ; 3 Il partit donc malgré ses larmes ‘ : À peine est-il dans la forêt, Que notre petit personnage Du pivert entend le ramage, Et se moque de son fausset, Es % Le pivert, qui prit mal cette Plaisanterie, Vient à bons coups de bec plumer le persifleur, Et deux jours après une pie EL — 1 Jupiter, père des dieux,
réal
Morceaux choisis.
Le dégoûte à jamais du métier de rail'cur.
IL ui restait encor la vani'é secrète De se croire excellent chanteur ; Le rossignol et la fauvette Le guérirent de son erreur, Bref il retourna chez sa mère, Doux, poli, modeste et charmant.
Ainsi l'adveïsité fit, dans un seul moment, Ce que tant de leçons n'avaient jamais pu faire, FLorIAN (1755-1794),