‹ Leçons de langue française [microforme]Chapitre 413 sur 579 · Androclès et le lion · texte numérisé non relu

Androclès et le lion

Vous connaissez l'horreur des spectacles affreux Dont les Romains faisaient le plus doux de leurs jeux, Ce peuple qui donnait, par un mépris bizarre, À tout peuple étranger le titre de barbare, Ne repaissait ses Jeux que des plet rs des mortels Et de sang orrosait sos théâtres cruvis ; Aux tigres, aux lions, livrait des misérabies ; Il se divertissait de leurs cris lamentables : Il exposait aux ours des esclaves trenmblants, Pour en voir disperser tous les membre S Sanglants, Le grave sénateur courait à ces supplices, Et la jeune vestale en faisait ses délices.

Un jour, un criminel entrainé dans ces jeux, Victime du plaisir d'un peuple furieux, Par ics dents d'un lion fout écumant de rage Allait, par son Supplice, augmenter le carnage ; Quand le fier animal, sur le pâle captit Attachant tout à COUP un regard attentif, S'approche, bat ses flancs, témoignage de joie,

aisse les yeux, se couche ct Caresse sa proie, Tout le cirque étonné fait retentir ses cris : L’esclave rassuré rappelle ses esprits, D’un tel événement chacun cherche ia cause :

Lui-même à l’empereur en ces mots il l’expose : “ Asservi sous le joug d’un esclavage abreux, Rebuté des tourments d’un mäñtre rigoureux, De ra maison funeste enfin JC pris la fuite : Et, pour mieux échapper à sa vive poursuite, Je cherchai des déserts sablonneux et profonds, Asiles fortunés à mes pas vagabonds.

Prêt à périr de faim dans ces climats SAUVALES, Trop heureux d'éviter mon maitre et ses outrages, Dans un antre couché, révant À ma douleur, Je laissais du soleil éteindre la chaleur, Lorsque dans ma retraite entre un lion ternible : Je crus ma mort certaine à cet aspect horrible, Il poussait de grands cris dont tout l’antre tremblait s De sa patte offenste un sang noir ruisselait ; Ile voit, il s'approche en montrant sa blessure, Je frémissais d'abord ; enfin je me rassure ; Lui-même, se taisant pour ne pas n'eflrayer, Me présente sa patte et semble me prier, Je la prends, je l’essuie, et ma main courageuse En arrache aussitôt l’épine dangereuse L'animal, fatigué des tourments dont il sort, Sa patte entre mes mains, 8e repose ct s'endort Mais après, s'attachant à mon sort misérable, Ce lion ine devint un ami secourable, A la chasse toujours courant dès le matin, Il venait avec moi Partager son butin.

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Morceaux choisis.

Enfin, las de traîner, sans autre compagnie, Dans ces sombres déserts une fatale vic, Je m’enfuis : insensé | je courus au trépas. Dans ma fuite bientôt surpris par des soldats, Mon maître me revoit, et sa prompte justice L'un esclave échappé prononce le supplice.

Sans doute qu’en ce temps le lion enchuiné Coinme moi pour ces jeux ici fut amené :

C'est ce même animal dont la reconnaissance De mon service encor me rend la récompense ; C’est lui qui tout à coup, sensible à mes Lienfuits, A perdu la fureur en revoyant mes traits. ” L'empereur admira cette amitié nouvelle :

L’esclave, avec sa grâce, eut ce lion fidèle, Qui, partout de son maître accompagnant les pas, De ses chères forêts oublia les aÿpas ; Et, le voyant passer, chacun disait dans Rome : Le voilà ce lion si favorable à l’homme.

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