Trissotin et Vadius
TRISSGTIN Vos vers ont des beautés que n'ont point tous les autres, VADIUS Le souffle d'A pollon 3 règne dans tous les vôtres. s TRISSOTIN î Vous avez le tour libre, ec le beau choix des mots. VADIUS î On voit partout chez vous l'ithos ct le pathos 4, El TRISSOTIN il Nous avons vu de vous des éslogucs d’un style 1 Qui passe en doux attraits l'héocrite 6 et Virgile, 13 VADIUS LS Vos odis ont un air noble, élégant et doux, : Qui laisse de bien loin votre Horace après vous. TRISSOTIN Est-il rien de piquant comme vos chansonnettes ? VADIUS Peut-on rien voir d’égal aux sonnets que vous faites ? TRISSOTIN Rien qui soit plus charmant que vos petits rondeaux ? VADIUS Rien de si plein d'esprit que tous vos madrisaux ? TRISSOTIN Aux ballades surtout vous êtes admirable,
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onde.”
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nn nénnne tomes
Lort| 1 Ferdinand, surnom né le Catholique, roi d'Espagne qui avait envoyé Christoyhs Colomb à la découvert: du nouveau monde,
2 Des fers. Colomb fut en effot calomnié et chargé de chaines par ses ennemis. on 8 Apollon, dieu de ja poésie.
4 Zthos, pathos, anciens tormes de rhétorique.
we. & Théoerits, poète grec,
\i : HAUTS
VADIUS Et dans les bouts-rimés je vous trouve adorable, TRISSOTIN Si la France pouvait connaîtie votre prix...
VADIUS Si le siècle rendait justice aux beaux esprits... TRISSOTIN En carrosse doré vous iriez par les rues.
VADIUS
On verrait le public vous dresser des statues. Déployant un papier Hum! C’est une hallade, et je veux que tout net Vous m'en...
TRISSOTIN Avez-vous vu certain petit sonaet Sur la fièvre qui tient la princesse Uranie?
YADIUS Oui, Hier il me fut lu dans une compagnie.
TRISSOTIN Vous en savez l’auteur ?
VADIUS
Non ; mais je sais fort bien Qu'à ne le point flatter, son sonnet ne vaut rien.
TRISSOTIN Beaucoup de #ens pourtant le trouvent admirable. VADIUS
Cela n'empêche pas qu'il ne soit misérable :
Et, si vous l'avez vu, vous Serez de mon goût, TRISSOTIN
Je sais que là-dessus je n’en suis point du tout,
Et que d'un tel sonnet peu de gens sont capables.
VADIUS
Me préserve le ciel d'en faire de semblables! TRISSOTIN
Je soutiens qu'on ne peut en faire de meilleur,
Et ma grande raison est que j'en suis l’auteur.
YVADIUS Vous ?
TRISSOTIN Moi.
YADIUS
Je ne sais done comme ge fit l'affaire.
TRISSOT C’est qu'on fut malheureux de ne pouvoir vous plaire. VADIUS Il faut qu'en écoutant j'aie eu Lesprit distrait, Ou bien que le lecteur mr'ait wâté le sonnet, Maïs laissons ce discours, et voyons mA ba!'iade. TRISSOTIN La ballade, à mon goût, est une chose fade ; Ce n’en est plus la mode, elle sent son vieux temps. VADIUS La ballade pourtant charme beaucoup ue gens,
Morceaux choisis. 369
TRISSOTIN Cela n'empêche pas qu'elle ne me déplaise, VADIUS Elle n'en reste PAS pour Cela plus mauvaise, TRISSOTIN Elle à pour les pédants de merveilleux appas, VADIUS Cependant nous veyons qu'elle n: vous plait pas, TRISSOTIN Vous donnez sottement VOS qualités aux autres, VADIUS Fort impertinemment vous 11 0 jetez les vôtres. TRISSOTIN A:lez, petit grimaud, barbouilleur de papier, VADIUS Allez, rimeur de balle, cpprobre du métier, TRISSOTEN Allez, fripier d’écrits, imj:udent p agiaire. VADIUS Allez, cuistre..….
PHILAMINTHE
Hé, messieurs, que prétendez-vous faire ?
TRISSOTIN (à Vadius) Va, va restituer tous les honteux larcins Que réclament sur toi jes Grecs et les Latins. VADIL 8 Va, va-t'en faire amende honorable au Parnasse 1 D’avoir fuit à tes vers estropier Horace.
TRISSOTIN Souviens-toi de ton livre et de son peu de bruit. VADIUS Et toi, de ton libraire à l'hôpital réduit.
Ma plume t'apprendra quel homme je puis être,
TRISSOTIN Et la mienne saura te faire voir ton maître, VADIC Je te défie en vers, prose, : re bin.
TRISS:
Eh bien ! nous NOUS verrons seul à set chez Barbin 2. Mozrère (1622-1673),
#4. Aspect du ciel,
Il est temps d'élever nos Yeux vers le ciel. Quelle puissance a construit au-dessus de nos 1êtes une si vaste et si Superbe voûte ? Quelle étonnante variété d admirables objets! C'est pour nous donner un beau Spectacle qu'une nai; toute-puissante a mis devant nos yeux de si
ë 1 Parnasse, montagne de ja Phocide, séjour d'Apollon et des Mhuses. 8 Barbin, vom d'un libraire du temps de Molière
Morceaux choisis.
grands et de si éclatants objets. #( est pour nous faire admirer le ciel, dit Cicéron, que Dieu a fait l'homme autrement que le reste des ani: maux.” Ilest droit et lève la tête, pour être occupé de ce qui est audessus de lui, lantôt nous voyons -un azur sombre, où les feux les plus purs étincellent, Tantôt nous voyons, dans un ciel tempéré, les pis douces couleurs, avec des nuances que la peinture ne peut imiter. Mantôt nous voyons des nuages de toutes les figures et de toutes les couleurs les plus vives, qui changent à chique moment cette décoration.
La succession régulière des jours et des nuits, que fait-elle entendre ? Le soleil ne manque jamais, depuis tant de siècles, à servir les hommes qui ne peuvent 8e passer de lui. L'aurore, depuis des milliers d'années, n'a pas manqué une seule fois d'annoncer le jour. Elle le commence à point nommé, au moment et au lieu réglés, “ Le soleil, dit l'Ecriture, sait où il doit se coucher chaque jour. ”
Par là il éclaire tour à tour les deux côtés du monde, et visite tous ceux auxquels il doit ses rayons. Le jour est le temps de la société et du travail : la nuit, enveloppant de ses ombres la terre, finit toutes les fatigues et adoucit toutes les peines; elle suspend, elle calme tout, elle 1épand le silence et le sommeil. En délassant les corps, elle renouvelle les esprits. Bientôt le jour revient pour rappeler l’homme au
travail et pour ranimer toute la nature. :
F£NELON (1651-1715).