LES GRECS ET LES ITALIENS
L'Italie, où la littérature grecque venait d'être transportée par les soins de Boccacce et de la république florentine, était le pays de l'Europe le plus propre à faire revivre l'ancienne Grèce. La nature elle-même s'est plu à doter ces deux magnifiques contrées de dons à peu près semblables. Elle a multiplié , dans Tune et dans l'autre les sites pittoresques, elle y a entassé des rochers majestueux, creusé des vallons riants , et ménagé des cascades rafraîchissantes ; elle a orné , comme pour un jour de fêtes leurs campagnes de la plus riche végétation ; et, tandis qu'elle a enrichi à l'envi l'Italie et la Grèce par les prodiges de sa puissance, elle a aussi donné aux hommes qui les habitent des qualités semblables, si du moins l'on peut reconnaître le caractère primitif d'un peuple, lorsqu'il a déjà été altéré par les gouvernements divers. Les qualités communes aux peuples de l'Italie et de la Grèce , les qualités
OU P0ÎITB\IT5 FT P.RM! 19"
permanentes, dont le germe s'est maintenu sous tous les gouvernements, et se retrouve encore, sont une imagination vive et brillante, une sensibilité rapidement excitée et rapidement étouffée: enfin, le goût inné de tous les arts , avec des organes propres à apprécier ce qui est beau dans tous les genres , et à le reproduire. Dans les fêtes du peuple des campagnes, on démêlerait aujourd'hui des hommes en tout semblables à ceux dont les applaudissements animèrent le génie de Phidias, de Michel- Ange ou de Raphaël, lis ornent leurs chapeaux de fleurs odoriférantes : leur manteau est drapé d'une manière pittoresque, comme celui des statues antiques: leur langage est figuré et plein de feu : leurs traits expriment toutes les passions , et en effet ils sont susceptibles de l'amour le plus impétueux , de la colère la plus bouillante. Aucune fête ne leur paraît complète si les facultés morales de l'homme n'y ont eu quelque part, si l'église où ils se réunissent n'est ornée avec goût et d'une manière pittoresque , si une musique harmonieuse n élève leur àme vers les cieux. Leurs divertissements portent le même caractère: lorsque, sur leur salaire, ils ont dérobé à leurs besoins une pénible épargne, ils ne la consacrent point à se procurer des boissons enivrantes ou des plaisirs crapuleux; mais ils la portent, comme un tribut, aux théâtres, aux poètes improvisateurs, aux conteurs d'histoires qui éveillent leur imagination • et qui nourrissent leur esprit. L'Italie est aujourd'hui le seul pays où le bouvier et le vigneron, ie laboureur et le berger remplissent , avec leurs femmes et leurs enfants , les salles de spectacle ; c'est le seul où ils puissent comprendre des tragédies qui leur représentent les héros des teins passés, et des fables poétiques dont le souvenir ne leur est point absolument étranger.
Sismoédi. HLioire des républiques Italiennes du moyen âge. te me IV.
Leçons de lit fr. 13