SAINT VINCENT DE PAULE
A la tète de ces protecteurs de l'humanité souffrante, je vois un homme qui a reçu du Ciel le don de l'élocution, et la sensibilité la plus profonde, éloquent à force d'âme et de vertu, fécond en pensées du cœur, et par là même également sublime et populaire dans ses discours , doué du plus rare courage d'esprit, de la conception des grandes entreprises et de la patience des plus petits détails , d'une imagination hardie et d'un jugement sage , d'une prudence consommée pour discerner l'à-pro-
pos des moments opportuns, saisir le point de maturité des projets utiles , et s'attacher aux établissements durables ; enfin d'un zèie ardent et inébranlable, d'un attrait de persuasion qui rallie toutes les opinions à ses sentiments , et du talent , plus heureux encore et plus rare, d'embraser les cœurs du feu divin, dont il est consumé lui-même. Cet homme anime tout , propose les bonnes œuvres, discute les moyens, indique les ressources, écarte les obstacles, correspond à la fois avec le gouvernement, avec les riches , avec les malheureux. Son regard embrasse toutes les provinces ; il veille sans cesse pour la patrie ; il est présent à toutes les calamités; il atteint tous les malheurs par sa bienfaisance ; il transporte tous ses auditeurs au milieu des désastres publics ; il les entraîne clans ce tourbillon de charité qui l'environne , les pénètre de terreur , les fait fondre en larmes, les oppresse de sanglots, leur ôte leur âme pour leur donner la sienne, et cet homme de la Providence est Vincent de Paule, qui, du milieu de son assemblée de charité, semble dire , comme le Fils de Dieu , d'une voix qui est entendue jusqu'aux extrémités du royaume : Venez à moi, ô vous qui souffrez, et je mus soulagerai.
Le Cardinal Maury.
TUKBNNE.
Turenne, si célèbre, si regretté par nos aïeux, et dont nous ne prononçons pas encore le nom sans respect ; qui, dans le siècle le plus fécond en grands hommes , n'eut point de supérieur , et ne compta qu'un rival ; qui fut aussi simple qu'il était grand , aussi estimé pour sa probité que pour ses victoires, à qui on pardonna ses fautes , parce qu'il n'eut jamais ni l'affectation de ses vertus , ni celle de ses talents:^ qui, en servant Louis XIV et la France, eut souvent à combattre les ministres de Louis XIV, et fut haï de Louvois , comme admiré de l'Europe ; le
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seul homme, depuis Henri IV, dont la mort ait été regardée comme une calamité publique par le peuple ; le seul, depuis Duguesclin, dont la cendre ait été jugée digne d'être mêlée à la cendre des rois , et dont le mausolée attire plus nos regards que celui de beaucoup de souverains dont il est entouré, parce que la renommée suit les vertus , est non les rangs, et que l'idée de la gloire est toujours supérieure à celle de la puissance.
Thomas. Essai sur les Éloges.