‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 122 sur 187 · FRÉDÉRIC LE GRAND, ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC LE GRAND, ROI DE PRUSSE

Ce prince, dans l'âge des plaisirs, eut le courage s de préférer à la molle oisiveté des cours l'avantage de s'instruire. Le commerce des premiers hommes du siècle, et ses réflexions, mûrissaient dans le secret son génie naturellement actif, naturellement impatient de s'étendre. Ni la flatterie, ni la contradiction, ne purent jamais le distraire de ses profondes méditations. Il forma de bonne heure le plan de sa vie et de son règne. On osa prédire, à son avènement au trône , que ses ministres ne seraient que ses secrétaires ; les administrateurs de ses finances, Ji que ses commis : ses généraux , que ses aides de camp. Des circonstances heureuses le mirent à portée de développer aux yeux des nations des talents acquis dans la retraite. Saisissant, avec une rapidité qui n'appartenait qu'à lui , le point décisif de ses 1 intérêts, Frédéric attaqua une puissance qui avait tenu ses ancêtres dans la servitude. Il gagna cinq batailles contre elle, lui enleva la meilleure de ses provinces , et fit la paix aussi à propos qu'il avait fait la guerre.

En cessant de combattre, il ne cessa pas dJagir. On le vit aspirer à l'admiration des mêmes peuples dont il avait été la terreur. Il appela tous les arts à lui, et les associa à sa gloire. Il réforma les abus de la justice, et dicta lui-même des lois pleines de

sagesse. Ua ordre simple, invariable, s'étendit dans toutes les parties de 1 administration. Persuadé que l'autorité du souverain est un bien commun à tous les sujets, une protection dont ils doivent tous également jouir, il voulut que chacun d'eux eût la liberté de l'approcher et de lui écrire. Tous les instants de sa vie étaient consacrés au bien de ses peuples ; ses délassements même leur étaient utiles.

Nous n'ignorons pas qu'il est difficile d'apprécier ses contemporains. Les princes sont sourtout ceux qu'on peut le moins se flatter de bien connaître. La renommée en parle rarement sans passion. C'est le plus souvent d'après les bassesses de la flatterie, d'après les injustices de l'envie , qu'ils sont jugés. Le cri confus de tous les intérêts, de tous les sentiments, qui s'agitent et changent autour d'eux, trouble ou suspend le jugement des sages mêmes.

Cependant, s'il était permis de prononcer d'après une multitude de faits iiés les uns aux autres , on dirait de Frédéric qu'il sut dissiper les complots de l'Europe conjurée contre lui, qu'il joignit à la grandeur et à la hardiesse des entreprises un secret iaipénétrable flans les moyens ; qu'il changea la ma* nière de faire la guerre , qu'on croyait , avant lui , portée à sa perfection ; qu'il montra un courage desprit dont l'histoire fournissait peu de modèles : qu'il tira de ses fautes mêmes plus d'avantages que *es autres n'en savent tirer de leurs succès; qu'il fit taire d'étonnement ou parler d'admiration toute la terre , et qu'il donna autant d'éclat à sa nation , que d'autres souverains en reçoivent de leurs peuples.

Ràynal.

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