LE DANTE
Dans la poésie, le Dante s'élève tout à coup comme un géant parmi des pygmées. Non-seulement il efface tout ce qui l'avait précédé, mais il se fait une place qu'aucun de ceux qui lui succèdent ne peut
lui ôter. Pétrarque lui-même ne le surpasse point dans le genre gracieux, et n'a rien qui en approche dans le grand èi dans le terrible. Sans doute i'àpreté de son style blesse souvent cet organe superbe que Pétrarque flatte toujours; mais dans ses tableaux énergiques où il prend son style de maître, il ne conserve de cette àpreté que ce qui est imitatiC, et, dans les peintures plus douces, elle fait place à tout ce que la grâce et la fraîcheur du coloris ont de plus suave et de plus délicieux. Le peintre terrible d'Ugo- Jiiï est aussi Je peintre touchant de Françoise de Riinini. Mais, de plus, combien dans toutes les parties de son poème n'admire-t-on pas de comparaisons , d'images, de représentations naïves des objets les plus familiers, et surtout des objets champêtres, où la douceur, l'harmonie, le charme poétique sont au-dessus de tout ce qu'on peut se figurer, si on ne le lit pas dans la langue originale ! Et ce qui lui donne encore dans ce genre un grand et précieux avantage, c'est qu'il est toujours simple et vrai; jamais un trait d'esprit ne vient refroidir une expression de sentiment, ou un tableau de nature . . . Pendant un ou deux siècles sa gloire parut s'obscuscir dans sa patrie ; on cessa de le tant admirer , de l'étudier, même de le lire. Aussi la langue s'affaiblit, la poésie perdit sa force et sa grandeur. On est revenu au grand Padre Alighierî, et les Alfieri, les Parini ont fait vibrer avec une force nouvelle les cordes longîems amollies et détendues de la lyre toscane.
Glnguené. Histoire littéraire d'Italie.
JUILT03.
Ainsi se préparait l'Homère des croyances chrétiennes ; ainsi, nourrie dans les factions, exercée par tous les fanatismes de la religion, de la liberté, de la poésie, cette âme orageuse et sublime, en perdant le spectacle du monde, devait un jour retrouver dans ses souvenirs le modèle des passions de l'en-
fer., et produire du fond de sa rêverie, que la réalité n'interrompait plus , deux créations également idéales, également inattendues dans ce siècle farouche 1, îa félicité du ciel et l'innocence de la terre. Mais, avant que Milton ait couvert des rayons d'une gloire si pure la triste célébrité qu'avaient encourue ses premiers ouvrages , nous trouverons du moins dans la cause malheureuse où il s'était engagé, son nom plus d'une fois honoré par les leçons hardies qu'il adressait à Gromwell. Les égarements du fanatisme, et non les calculs de la bassesse, pouvaient s'accorder avec tant de génie.
Villejiain. Histoire de Cromwell.