‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 14 sur 187 · EXECUTION DE CHARLES PREMIER, ROI D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

EXECUTION DE CHARLES PREMIER, ROI D'ANGLETERRE

Il était une heure: Hacker frappa à la porte; Juxon et Herbert tombèrent à genoux: « Relevez-vous, mon vieil ami », dit le roi à lévèque, en lui tendant la main. Hacker frappa de nouveau; Charles fit ouvrir la porte: «Marchez, dit-il au colonel, je vous suis ». Il s'avança le long de la salle des banquets, toujours entre deux haies de troupes ; une foule d'hommes et de femmes s'y étaient précipités au péril de leur vie, immobiles derrière la garde, et priant pour le

roi à mesure qu'il passait: les soldats, silencieux eux-mêmes, ne le rudoyaient point. A l'extrémité de la salle, une ouverture pratiquée la veille dans le mur, conduisait de plain-pied à l'échafaud tendu de noir; deux hommes étaient debout auprès de la hache, tous deux en habits de matelots et masqués. Le roi arriva, la tête haute, promenant de tous côtés ses regards, et cherchant le peuple pour lui parler ; mais les troupes couvraient seules la place; nul ne pouvait approcher. Il se tourna vers Juxon et Tomlinson: « Je ne puis guère être entendu que de vous,, leur dit-il: ce sera donc à vous que j'adresserai quelques paroles »; et il leur adressa en effet un petit discours qu'il avait préparé, calme et grave jusqu'à la froideur, uniquement appliqué à soutenir qu'il avait eu raison , que le mépris des droits du souverain était la vraie cause des malheurs du peuple, que le peuple ne devait avoir aucune part dans le gouvernement, qu'à cette seule condition, le royaume retrouverait la paix et ses libertés. Pendant qu'il parlait, quelqu'un toucha à la hache; il se retourna précipitamment, disant: <* Ne gâtez pas la hache, elle me ferait plus de mal*; et son discours terminé, quelqu'un s'en approchant encore; « Prenez garde à la hache , prenez garde à la hache », répéta -t-il d'un ton d'effroi. Le plus profond silence régnait; il mit sur sa tête un bonnet de soie, et s'adressant à l'exécuteur: * Mes cheveux vous gênent-ils? — Je prie Votre Majesté de les ranger sous son bonnet », répondit l'homme en s'inciinant. Le roi les rangea avec l'aide de l'évêque: * J'ai pour moi, lui dit-il en prenant ce soin , une bonne cause et un Dieu clément. — Juxon. Oui , Sire , il n'y a plus qu'un pas à franchir; il est plein de trouble et d'angoisse, mais de peu de durée; et songez qu'il vous fait faire un grand trajet , il vous transporte de la terre au ciel. — £e roi. Je passe d'une couronne corruptible à une couronne incorruptible, où je n'aurai à craindre aucun trouble, aucune espèce de trouble «; et se tournant vers l'exécuteur : «Mes cheveux sont-ils

bien? » Il ôta son manteau et son Saint-George, donna le Saint-George à lévèque , en lui disant : « Souvenez-vous * », ôta son habit, remit son manteau, et regardant le billot : « Piacez-îe de manière à ce qu'il soit bien ferme », dit-il à l'exécuteur. « — Il est ferme, Sire •>. — Le roi. « Je ferai une courte prière, et quand j'étendrai les mains alors «.... Il se recueillit, se dit à lui-même quelques mots à voix basse, leva les yeux au ciel, s'agenouilla, posa la tête sur le billot: l'exécuteur toucha ses cheveux pour les ranger encore sous son bonnet; le roi crut qu'il allait frapper: « Attendez le signe **, lui ditil. — « Je l'attendrai, Sire, avec le bon plaisir de Votre Majesté ». Au bout d'un instant, le roi étendit les mains, l'exécuteur frappa: la tète tomba au premier coup. «• Voilà la tête d'un traître »! dit-il, en la montrant au peuple. Un long et sourd gémissement s'éleva autour de Whitehali ; beaucoup de gens se précipitaient au pied de l'échafaud pour trempe? leur mouchoir dans le sang du roi. Deux corps de cavalerie s'avançant dans deux directions différentes, dispersèrent lentement la foule. L'échafaud demeuré solitaire , on enleva le corps. Il était déjà enfermé dans le cercueil; Cromweîl voulut le voir, le considéra attentivement, et soulevant de ses mains la tête, comme pour s'assurer qu'elle était bien séparée du tronc; « C'était-là un corps bien constitué, dit-il, et qui promettait une longue vie ».

Guizot. Histoire de la Révolution d'Angleterre.

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