‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 15 sur 187 · LES PAYSANS KORWÉG1EN · texte numérisé non relu

LES PAYSANS KORWÉG1EN

Nous étions arrivés au cœur de la Norwége; nous allions franchir le Dovre-Fiald, le Saint-Gothard de* Alpes Scandinaves. Là, nous pouvions observer, dans toute sa pureté, le caractère des paysans norvégiens, de ces hommes lents et énergiques, simples entiers,

* On n'a jamais su a quelle recommandalioa se rapportait ce mot.

rudes et hospitaliers. Cette lenteur de leurs mouvements et de leur esprit semble tenir à leur organisation et à leur climat. Leurs fibres, naturellement plus dures que celles des Méridionaux, raidies encore par le froid, n'ont ni mobilité, ni souplesse, mais de la ténacité et de la force. Si on leur adresse la parole, il s'écoule toujours quelques minutes avant qu'ils s'en aperçoivent; rarement ils répondent à une question : c'est que leur cerveau n'a pas eu le temps de faire l'opération nécessaire pour comprendre ; mais une fois qu'ils comprennent, ils comprennent bien, et répondent avec une droiture et une fermeté de sens qui étonnent. Pour le plus simple calcul, pour des comptes qu'ils sont obligés de faire tous les jours , il leur faut un temps surprenant; mais aussi ils ne peuvent pas plus se tromper qu'une machine arithmétique. Le voyageur qui arrive à la porte d'une auberge, fort pressé de se restaurer et de se reposer , ne saurait se défendre de quelque humeur en voyant ces grandes figures immobiles., debout sur le seuil de la maison, les bras croisés , et fumant leur pipe avec un flegme parfait. On s'agîte, on s'impatiente, on les questionne, ils continuent à fumer avec la plus profonde indifférence, et vous regardent fixement sans paraître vous apercevoir. Mais ce même homme à qui il a fallu tant de tems pour se convaincre que vous étiez là et devant ses yeux et que vous aviez besoin de lui, une fois que cela est bien entré clans sa tète, se mettra en devoir, sans se presser, il est vrai, de vous fournir consciencieusement tout ce qui est à sa disposition. iSe l'étourdissez pas de questions , ne lui donnez jamais deux ordres à la fois; mais ayez patience: tout sera fait sans ostentation, sans empressement, mais avec une scrupuleuse attention, et une exactitude souvent désintéressée.

Ces hommes ont autant de fierté que de droiture; ils ont gardé fidèlement le tutoiement des âges héroïques, et l'adressent à tout le monde sans exception, à leurs pasteurs comme aux étrangers , que peut surprendre d'abord cette allocution familière.

narrations. Z~

Le sentiment de leur indépendance, de la constitution sous laquelle ils vivent, ivote rien, comme on peut croire , à cette fierté native: ils ont une idée fcrt nette de leur situation politique à l'égard de la Suède. L'un d'eux nous disait: « Les ^Norvégiens n'ont rien à démêler avec les Suédois, ils ont le même roi, et voilà tout ». Sur toute la route de Christiania à Drontheiui, nous rencontrions les paysans occupés du Storthing qui venait de finir; des vieillards sortaient de leurs cabanes pour s'enquérir auprès de nous si la session était terminée.

On sera moins surpris de cette préoccupation générale de la chose publique, si Ton se rappelle que tous les paysans, sans exception, savent lire et écrire, On n'accorde la confirmation qu'à ceux qui ont reçu cette instruction élémentaire: elle est également exigée pour l'exercice des droits politiques. Pour ces deux raisons, personne ne s'en dispense. La difficulté est d'aller à l'école dans un pays où les habitations sont isolées et séparées quelquefois par une distance de sept à huit lieues. Comment faire? on obvie à cet inconvénient par les maîtres d'école ambulants. L'un d'eux s'établit sur un point pour un tems durant lequel il instruit tous les enfants des habitations qui ne sont pas trop éloignées. Cela fait, il lève sa tente, et va porter ailleurs cet enseignement nomade. Malgré cette facilité, les écoliers doivent avoir de terribles courses à faire pour en profiter: et avec une tète norvégienne , qui n'apprend pas vite, un petit paysan doit faire en allées et en venues l'équivalent d'un voyage avant de savoir lire,

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