‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 140 sur 187 · BUFFOB ET LIN&BUS · texte numérisé non relu

BUFFOB ET LIN&BUS

L'histoire naturelle ne serait peut être pas arrivée sitôt à la brillante destinée que ces sages préceptes lui préparaient , si deux des plus grands Siommes qui aient illustré le dernier siècle n'avaient concouru., malgré l'opposition de leurs vues et de leur caractère., ou plutôt à cause de cette opposition même , à lui donner des accroissements aussi subits qu'étendus.

Linnseus et Buffon semblent en effet avoir possédé, chacun dans son genre, des qualités telles qu'il était impossible que le même homme les réunît, et dont l'ensemble était cependant nécessaire pour donner à l'étude de la nature une impulsion aussi rapide.

Tous deux passionnés pour leur science et pour la gloire, tous deux infatigables dans le travail, tous deux d'une sensibilité vive, d'une imagination forte, d'un esprit transcendant , ils arrivèrent tous deux dans la carrière armés des ressources d'une érudition profonde ; mais chacun s'y traça une route différente, suivant la direction particulière de son génie. Linnseus saisissait avec finesse les traits distinctifs des êtres; Buffon en embrassait d'un coup d'œil les rapports les plus éloignés. Linnseus, exact et précis, se créait une langue à part pour rendre ses idées dans toute leur vigueur; Buffon. abondant et fécond, usait de toutes les ressources cle la sienne pour développer l'étendue de ses conceptions. Personne mieux que Linnseus ne fit jamais sentir les beautés de détail dont le Créateur enrichit avec profusion tout ce qu'il a fait naître; personne mieux que Buffon ne peignit jamais la majesté de la création, et la grandeur imposante des lois auxquelles elle est assujettie. Le premier, effrayé du chaos où l'incurie de ses prédécesseurs avait laissé l'histoire de la nature, sut, par des méthodes simples, et par

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des définitions courtes et claires, mettre de Tordre dans cet immense labyrinthe , et rendre facile la connaissance des êtres particuliers ; le second , rebuté de la sécheresse d'écrivains qui, pour la plupart, s'étaient contenté d'être exacts, sut nous intéresser à ces êtres particuliers par les prestiges de son langage harmonieux et poétique. Quelquefois fatigué de l'étude pénible de Linnseus , on vient se reposer avec Bufïon ; mais toujours, lorsqu'on a été délicieusement ému par ses tableaux enchanteurs , on veut revenir à Linnseus pour classer avec ordre ces charmantes images dont on craint de ne conserver qu'un souvenir confus; et ce n'est pas sans doute le moindre mérite de ces deux écrivains que d'inspirer continuellement le désir de revenir de l'un à l'autre, quoique cette alternative semble prouver et prouve en effet qu'il leur manque quelque chose à chacun.

Cuvier. Prospectus du Dict. des Sciences nat,

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