‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 142 sur 187 · MORT D'HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

MORT D'HIPPOLYTE

A peine nous sortions des portes de Trézène , Il était sur son char ; ses gardes affligés Imitaient son silence, autour de lui ranges. Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes ; Sa main sur les chevaux laissait flotter les rênes. Ses superbes coursiers, qu'on voyait autrefois, Pleins d'une ardeur si noble, obéir à sa voix , L'œil morne maintenant, et la tête baissée , Semblaient se conformer à sa triste pensée.

Un effroyable cri, sorti du fond des flots , Des airs, en ce moment, a troublé le repos, Et du sein de la terre une voix formidable Répond, en gémissant, à ce cri redoutable. Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé; Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé. Cependant, sur le dos de la plaine liquide , S'élève à gros bouillons une montagne humide. L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux , Parmi des flots d'écume, un monstre furieux. Son front large est armé de cornes menaçantes : Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes, Indomptable taureau, dragon impétueux, Sa croupe se recourbe en replis tortueux;

Ses longs mugissements font trembler le rivage. Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage., La terre s'en émeut, l'air en est infecté , Le flot qui l'apporta recule épouvanté.

Tout fuit, et, sans s'armer d'un courage inutile, Dans le temple voisin chacun cherche un asile. Hippolyte lui seul., digne fils d'un héros \ Arrête ses coursiers^ saisit ses javelots, Pousse aumonstre; et, d'un dard lancé d'une main sûre, Il lui fait dans le flanc une large blessure. De rage et de douleur le monstre bondissant Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant, Se roule, et leur présente une gueule enflammée Qui les couvre de feu, de sang et de fumée. La frayeur les emporte ; et, sourds à cette fois, Ils ne connaissent plus ni le frein, ni la voix. En efforts impuissants leur maître se consume. Ils rougissent le mors d'une sanglante écume. On dit qu'on a vu même, en ce désordre affreux , Un dieu qui d'aiguillons pressait leurs flancs poudreux. A travers les rochers la peur les précipite. L'essieu crie et se rompt. L'intrépide Hippolyte Voit voler en éclats tout son char fracassé. Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé. Excusez ma douleur. Cette image cruelle Sera pour moi de pleurs une source éternelle. J'ai vu, seigneur, j'ai vu votre malheureux fils Traîné par les chevaux que sa main a nourris. Il veut les rappeler, et sa voix les effraie. Ils courent. Tout son corps n'est bientôt qu'une plaie. De nos cris douloureux la plaine retentit.

Leur fougue impétueuse enfin se ralentit. Ils s'arrêtent, non loin de ces tombeaux antiques Où des rois ses aïeux sont les froides reliques. Je cours en soupirant, et sa garde aie suit ; De son généreux sang la trace nous conduit ; Les rochers en sont teints ; les ronces dégouttantes Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes. J'arrive, je rappelle, et, me tendant la main, Il ouvre un œil mourant qu'il referme soudain.

NVRRATIONS. 239

« Le ciel, dit-il, m'arrache une innocente vie; I Prends soin, après ma mort, de la triste Aricie... Cher ami, si mon père un jour désabusé Plaint le malheur d'un fils faussement accusé j Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive. Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive. Qu'il lui rende... « A ce mot, ce héros expiré IN'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré , Triste objet où des Dieux triomphe la colère, Et que méconnaîtrait l'œil même de son père.

IUcine , Phèdre, acte v.

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