LA VACCINE, OU LES REGRETS ET LE DESESPOIR DTSE MÈRE
C'était l'heure où, lassé des longs travaux du jour, Le laboureur revoit son rustique séjour. Je visitai des morts la couche triste et sainte; Une femme apparut vers la funèbre enceinte, Et, d'un enfant suivie, avec l'ombre du soir, Sous un jeune cyprès lentement vint s'asseoir. Parmi les hauts gazons s'élevaient sans culture Quelques sombres pavots, fleurs de la sépulture; Son fils , pour les cueillir , un moment s'éloigna : A toute sa douleur elle s'abandonna:
Mes pleurs interrogeaient sa tristesse mortelle. " Mon époux n'était plus, j'avais deux fils, dit-elle; « L'un d'eux, mon jeune Edgard., était le plus chéri; <* C'était mon premier-né, mon lait l'avait nourri: « Plus souvent que son frère il cherchait mes caresses; « Mais Dieu punit toujours d'inégales tendresses : «• Le fléau destructeur aux mères si fatal « S'étendit par degrés sur le hameau natal; « Chaque mère implora le secours salutaire « D'un art encor nouveau, présent de l'Angleterre; « Le second de mes fils lui-même y fut soumis; « Prête à livrer Edgard , j'hésitai je frémis: • Contre un fer douloureux, sa frayeur indocile •« Dans les bras de sa mère implorait un asile : « J'osai l'y recevoir ; j'oubliai ma raison ; ' Je l'offris sans défense au funeste poison. ie Edgard en respira la vapeur meurtrière; « Chaque élan de mon cœur était une prière ; « Je le voyais souffrir, languir sur mes genoux, « Et mon plus jeune fils jouait auprès de nous. « Chaque jour, chaque instant redoublait mes alarmes, « Je pleurais... MonEdgard ne voyait point mes larmes;
« Déjà le mal impur, sur ses yeux arrêté, « Cachait à ses regards sa mère et la clarté; « Il mourut.... et voilà sa pierre funéraire. « Ce cyprès est le sien, cet enfant est son frère. « Nous venons tons les soirs lui porter nos douleurs; « Nous regardons le ciel, et nous versons des pleurs. « Toi, mon dernier enfant, souffre ma plainte amère ; « Le ciel n'enferme pas tout l'amour de ta mère: « À vivre loin d'Edgard je puis m'aecoutumer : « Près du cercueil d'Edgard je puis encore aimer ». Elle se tait.... L'enfant la suit dans les ténèbres; Mais on dit que bientôt i, sur les gazons funèbres , Il revint pleurer seul , hélas ! et que ses pas Vers le tombeau d'Edgard ne se dirigeaient pas.
Prévenez le malheur que ma muse déplore, Votre jeune famille avec moi vous implore ;
Vous, simples villageois, d'éternels préjugés, De fantômes, d'erreurs., d'ignorance assiégés, Hàtez-vous, le tems fuit, et l'enfance succombe ; De vos fils au berceau ne creusez pas la tombe; Et s'il faut quelque jour que vous pleuriez leur mort, Qu'au moins leur souvenir ne soit pas un remord.
Soumet.