LA MORT DE LOUIS XVI
Oh ! que d'hommes armés ! Cette place où l'on tue C'est celle où Louis quinze avait une statue; Ce beau marbre est tombé sous le marteau fatal, Il n'en reste plus rien qu'un hideux piédestal , Un grand socle de bois; eh bien! on le destine Au roi... Fermez les yeux, voilà la guillotine! C'est elle ! et que ce nom par la plume tracé Avec l'humaine voix ne soit pas prononcé ! Le roi vient, nul ami sur la place publique Ne l'a suivi, sinon un prêtre catholique ^ Qui devant lui marchant au funeste escalier, Serre encore une fois les mains qu'on va lier, Lui présente le Christ, et du doigt le convie A ces Cieux éternels, palais de l'autre vie; Consolante parole et suprême entretien Qui donne tant de vie à la mort du chrétien ! Tout est donc prêt; le roi monte à son dernier trône, Contemple froidement la cour qui l'environne : Il s'apprête à parler : un pouvoir surhumain A des quatre bourreaux paralysé la main; Tout à coup une voix, sortant de dessous terre ,
Retentit à la place où commandait Santerre; Et cette voix disait: « Bourreau., fais ton devoir! » Alors tout œil est (ixe et regarde sans voir ; On touche le chaînon de la hache plombée... Dites! Quel est ce bruit! Une tête est tombée ! L'homme exterminateur la tient par les cheveux , Vive et tremblante encor d'un mouvement nerveux: Ainsi brillait jadis, suspendue et coupée, Une médaille d'or à sa gloire frappée : Quatre fois le licteur, aux coins de l'échafaud, Montre au peuple béant ce trophée encor chaud. Et ce hideux aspect, qu'à dessein il prolonge, Atteste quatre fois que ce n'est pas un songe, Que cent mille Français témoins de ce trépas , En conteront l'histoire et ne mentiront pas.
Barthélémy. Douze journées de la Révolution.