L'HOMME
La matière a cessé d'être muette ou passive; une créature distincte entre toutes celles qui respirent est appelée ; elle s'avance d'un pas mesuré., et le chef du roi de la nature s'élève avec noblesse sous des cheveux ondoyants. Ses yeux ont le droit d'interroger autour de lui; la pensée y passe; de là elle semble s'étendre au loin., et percer clans les profondeurs de l'avenir. L'intelligence7 ce magnifique présent d'un Dieu qui n'avait peut-être rien de mieux à donner, réside sur son front découvert, et annonce de hautes destinées. Le sentiment est dans sa voix; son àme se fait entendre; toutes les parties de son corps se rapprochent sans gêne, et s'agencent avec harmonie. Ses bras raccompagnent, et ne le portent pas; la moindre portion de lui-même est en contact avec la terre; il ne communique avec elle que par des points , comme s'il ne devait la fouler qu'en passant. Il marche, et l'on sent qu'il va donner des ordres; il s'arrête, et le sol dont sa noble figure se détache, à bien dire , ne lui sert que de piédestal , sur les côtés duquel les divers animaux se groupent en manière de bas-relief. Une ligne moelleuse et flexible semble descendre de sa tète à la plante de ses pieds: l'esprit de vie la parcourt tout entière, circule autour des formes, les anime, et fait briller sa teinte carminée à travers une peau diaphane. Ici> la vigueur ne dérobe rien à la grâce; à l'instar des
membres, sans effort elles naissent Pime de l'autre. Dans cette création merveilleuse, on dirait qu'il n'a été employé d'éléments matériels que ce qu'il en fallait pour rendre l'intelligence sensible, et lui soumettre la matière elle-même. C'est la solution drun beau problème des forces motrices.
Rératry. De V Existence de Dieu.
MODESTIE DE TUKENNE.
Il revenait de ses campagnes triomphantes avec la même froideur et la même tranquillité que s'il fut revenu dïine promenade, plus vide de sa propre gloire que le public n'en était occupé. En vain, clans les assemblées, ceux qui avaient l'honneur de le connaître le montraient des yeux, du geste et de la voix à ceux qui ne le connaissaient pas; en vain sa seule présence, sans train et sans suite7 fesait sur les âmes une impression presque divine , qui attire tant de respect, et qui est le fruit le plus doux et le plus innocent de la vertu héroïque: toutes ces choses si propres à faire rentrer un homme en lui-même par une vanité raffinée, ou à le faire répandre au dehors par l'agitation dîme vanité moins réglée, n'altéraient en aucune manière la situation tranquille de son âme, et il ne tenait pas à lui qu'on n'oubliât ses victoires et ses triomphes.
Mascaron. Oraison funèbre de Turenne*
VIE PIUVÉE DE FÊNÊLON.
Son humeur était égale, sa politesse affectueuse et simple, sa conversation féconde et animée. Une gaieté douce tempérait en lui la dignité de son ministère; et le zèle de la religion n'eut jamais chez lui ni sécheresse, ni amertume. Sa table était ouverte,, pendant la guerre, à tous les officiers ennemis ou nationaux que sa réputation attirait en foule à Cambrai.
Il trouvait encore des moments à leur donner, au milieu des devoirs et des fatigues de l'épiscopat. Son sommeil était court, ses repas dune extrême frugalité, ses mœurs d'une pureté irréprochable. Il ne connaissait ni le jeu, ni l'ennui: son seul délassement était la promenade; encore trouvait-il le secret de la faire rentrer dans ses exercices de bienfaisance. S'il rencontrait des paysans, il se plaisait aies entretenir. On le voyait assis sur l'herbe au milieu deux, comme autrefois saint Louis sous le chêne de Vincennes. Il entrait même dans leurs cabanes, et recevait avec plaisir tout ce que lui offrait leur simplicité hospitalière. Sans doute ceux qu'il honora de semblables visites racontèrent plus d'une fois à la génération qu'ils virent naitre, que leur toit rustique avait reçu Fénélon.
La Harpe. Éloge de Fenèlon.