‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 17 sur 187 · LES FORÊTS CONSACRÉES AU CULTE DES DRUIDES · texte numérisé non relu

LES FORÊTS CONSACRÉES AU CULTE DES DRUIDES

Les forêts, dont ils fesaient leurs temples, n'étaient éclairées que par des rayons vacillants et presque éleints, par des reîlets aussi pâles que les lueurs d'une lampe sépulcrale: les chênes, les sapins, les ormes, que n'avaient jamais atteints la foudre ni la cognée , étendaient leurs branches touffues sur le sanctuaire, que remplissaient les simulacres des dieux, représentés par des pierres brutes et des troncs grossièrement façonnés. Leau du ciel, filtrée à travers cent étages de rameaux, traçait d'humides couleurs sur ces images livides, que la mousse et les lichens rongeaient comme une lèpre affreuse.

C est là que les druides, vêtus de la robe blanche des Platon et des Pythagore, armés de faucilles d'or et portant un sceptre surmonté du croissant des prêtres de l'antique Héliopolis; c'est là que ces terribles samothées, le front ceint de feuilles de chêne et de bandeaux étoiles, emblème de l'apothéose, viennent chercher avec des cérémonies mystérieuses le gui

sacré, que nos ancêtres appelèrent long-tems le rameau des spectres, l'épouvantait de la mort, et le vainqueur des poisons.

C'est là qu'attentif à leur signal, le sacrificateur immole les captifs en l'honneur d'Ésus et de Teutatès; c'est là qu'il brûle au milieu de la nuit les figures d'osier renfermant des victimes humaines; le sang rougit tous les autels et arrose le sol sur lequel les racines tortueuses des vieux arbres représentent d'énormes serpents.

Le Gaulois, soumis par la terreur à ce culte formidable , craint de rencontrer les dieux qu'il vient adorer dans ces vastes solitudes; il y pénètre, les bras chargés de chaînes comme un esclave., afin de s'humilier encore plus devant ces divinités ; il s'avance en tremblant, il frémit au seul bruit de ses pas. Effrayé de ce silence menaçant, son cœur bat avec force, sa vue se trouble, une sueur froide coule de tous ses membres ; s'il tombe , ses dieux lui défendent de se relever ; il se traîne hors de l'enceinte, il rampe comme un reptile parmi les bruyères sanglantes et les ossements des victimes.

Souvent, du milieu de ces forêts lugubres, où l'on n'entendit jamais ni le vol des oiseaux, ni le souffle des vents, de ces forêts muettes et dévorantes, où coulait ?ans murmure une onde infecte, sortaient tout à coup des hurlements affreux, des cris perçants, des voix inconnues , et soudain à l'horreur du tumulte, succédait l'horreur du silence.

D'autres fois, de ces solitudes impénétrables, la nuit fuyait tout à coup., et, sans se consumer, les arbres devenaient autant de flambeaux, dont les lueurs laissaient apercevoir des dragons ailés, de hideux scorpions, des cérastes impurs s'entrelacer, se suspendre aux rameaux éblouissants; des larves, des fantômes montraient leurs ombres sur un fond de lumière , comme des taches sur le soleil; mais bientôt tout s'éteignait , et une obscurité plus terrible ressaisissait la forêt mystérieuse.

Mauchasgy.. La Gante Poèll'iue.

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