‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 57 sur 187 · BATAILLE D'ABOUKIR · texte numérisé non relu

BATAILLE D'ABOUKIR

La position que Bonaparte choisit est inspirée par ce même génie qui avait conquis toute l'Italie par sa supériorité sur les tactiques de plusieurs armées

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dt^ l'Europe. Mustapha doit triompher , ou nul de M)i(hïts ni lui môme ne pourront se soustraire au vainqueur. Aboukir n'était accessible pour les Franque du côté de la terre , puisqu'ils n'avaient point de marine à opposer à la flotte anglo-turque., qui avait jeté l'ancre à une demi-lieue en mer.

L'armée ottomane forte de dix-huit mille hommes, défendue par une artillerie nombreuse , se couvrit d'une double ligne de retranchements; l'une, voisine du fort d'Aboukir., avait pour appui un mamelon retranché sur le rivage, un hameau à son centre i et des chaloupes canonnières à sa gauche.

L'autre ligne, moins distante du corps de la place, s'étendait aussi de l'une à l'autre plage 3 mais plus resserrée, fortifiée sur plusieurs points, au milieu desquels s'élevait une redoute hérissée de canons; elle était plus formidable encore que la première.

jNotre armée ne s'élance pas d'abord avec la furie française tant redoutée en Italie; mais à peine se trouve-t-elle à portée des ouvrages qu'une colonne aux ordres du général Destain g se précipite sur le mamelon, à droite de la première ligne, tandis que Mu rat s'avance rapidement pour couper la retraite à l'ennemi. Premier gage de la victoire, ce mouvement réussit et coûte la vie à deux mille Turcs tués i ou jetés dans les flots, sans nous ravir un seul homme. Aussitôt Destaing se porte sur le hameau que le général Lannes attaque de front: le généralissime Mustapha détache en vain un renfort considérable.

Murât culbute le renfort; le village est enlevé, et la première ligne de l'ennemi tombe en notre pouvoir. Bonaparte prépare le même sort à la seconde, et veut attirer l'attention des Turcs vers leurs ailes pour emporter ensuite leur centre avec sa réserve. Sans attendre ce nouvel assaut, ils viennent à notre rencontre avec intrépidité. Leur droite est d'abord repoussée; mais Murât, engagé entre le feu des chaloupes canonnières et celui de la redoute, tente sans succès à plusieurs reprises de franchir la barrière

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terrible qui l'arrête. A la gauche, les Turcs, désespérés de la résistance de nos immobiles bataillons, nous chargent avec impétuosité; notre infanterie les contraint, non sans de grands efforts, à se retirer, et arrive par degrés devant la redoute. Là elle est obligée à son tour de reculer devant les feux croisés de l'ennemi.

Jusqu'alors le courage, la fermeté, le sang-froid de nos troupes, n'avaient point obtenu le prix qu'elles méritaient ; tout à coup les Turcs, fidèles à leur coutume barbare, descendent imprudemment pour trancher la tête aux morts et aux blessés français; Murât voit leur faute, se précipite entre eux et la redoute et parvient à la passer. Assaillis en même terns par la colonne du général Fiigières, les ennemis s'effraient de sentir Murât sur leurs derrières ; ils veulent rétablir leurs communications avec la flotte qui les protège. Bonaparte, dont le génie plane sur le champ de bataille, saisit l'instant de vaincre, marqué d'avance dans sa pensée; il engage aussitôt sa réserve, dont il avait eu peine à retenir l'ardeur et l'impatience. Redoute, retranchements, tout est enlevé en un instant; les Turcs, auxquels le Coran défend de capituler avec des Chrétiens , sont taillés en pièces ; beaucoup se jettent dans les flots pour gagner quelque navire; les balles de nos soldats les atteignent jusque dans ce dernier asile.

Murât , si redoutable dans la poursuite d'un ennemi ébranlé, s'éiance avec sa cavalerie entre le village et le fort dAboukir, combat, blesse Mustapha qui ose affronter un tel adversaire, et l'envoie prisonnier à Bonaparte.

Treize mille Ottomans périrent pendant l'action ; le reste, enfermé avec le fils du Pacha dans le fort d'Aboukir, fut réduit à se rendre après huit jours d'une héroïque résistance.

Une victoire si complète coûta peu de sang français; immense dans ses résultats, elle sauva l'armée, qu'un revers eût perdue sans ressource. En eiïet , les Turcs, les Arabes de Mourad, les Mamelouks, les

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Égyptiens révoltés, bientôt réunis aux forces nombreuses que le grand-visir tenait en Syrie., seraient venus nous accabler. Kléber avait sans doute le sentiment de ce danger, lorsqu'il disait à Bonaparte., après cette immortelle journée: « Venez, que je vous embrasse, mon cher général; vous êtes grand comme le monde «.

Ainsi fut vengée la flotte d'Aboukir. La population du Caire, en voyant parmi les trophées de Bonaparte!, Mustapha et son (ils, tous deux captifs, accueillit avec tous les transports d'un enthousiasme superstitieux le prophète invincible qui ne craignit pas d'annoncer d'avance son triomphe.

JNorviss. Histoire de Napoléon.

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