‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 101 sur 106 · LES CRITIQUE · texte numérisé non relu

LES CRITIQUE

parcelle irréductible de la personnalité humaine. La race, le milieu, le moment déterminent seuls, selon eux, les lois de Tespèce et de l'individu ; l'homme tel qu'il est, et dans tout ce qu'il fait, n'est qu*une résultante fatale des circonstances : il n'est ni Ubre ni responsable. Mais comment démontrer à l'homme, s'il se sent libre, qu'il ne l'est pas; s'il se croit responsable, qu'il a tort de le croire? La fatalité n'est qu'une hypothèse, impossible à prouver, et qui ne prévaut pas contre la conscience.

Celte analyse exacte et obstinée, qui prétend appliquer à rhonune les mômes procédés d'investigation qu'à la nature, animale ou inanimée, recèle un grand danger moral, et môme littéraire. A force de démonter les ressorts de l'âme avec une habileté si spécieuse, l'analyse tend de plus en plus à expliquer l'homme comme un mécanisme un peu plus compliqué que la plante; mais analogue, et soumis pareillement à des influences fatales. Ce n'est pas le lieu de montrer le péril que cette grande erreur ferait courir à la société, si elle pénétrait un jour dans la majorité des esprits. Mais déjà inculquée à la littérature, elle y est un germe de faiblesse et de mort. Si nous arrivions à croire que nous faisons des poèmes comme les abeilles font leur miel, nos poèmes ne nous intéresseraient pas longtemps; l'homme n'est vraiment touché de son œuvre qu'autant qu'il la croit libre ; et qu'il sent quelque chose en lui qui échappe aux circonstances. C'est la littérature moderne, bien plus que la philosophie, qui est responsable des progrès du déterminisme; mais, comme pour la punir, le déterminisme étouffera la littérature, si l'âge prochain, par une réaction salutaire, qu'on peut entrevoir et espérer, ne restitue à l'âme humaine la foi dans sa liberté ^

1. Les principaux critiques (depuis 1850) sont M. Taine (voir cidessus, p. 276, noie 1); — M. Ernest Hcuan, uc à Tréguier en iSlZ;

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