XIX* SIÈCLE. — CONCLUSION
Mais no peut-on dire aussi que jamais époque ne fut plus ouverte à Tintelligence de toutes les idées, plus disposée à les accueillir et à les juger, dune façon large, impartiale et bienveillante. Il y a cent ans, un homme qui eût essayé de penser et de parler contre les opinions ou les préventions régnantes, n'aurait pas même été écouté, ni peut-être entendu. Aujourd'hui, quiconque apporte une pensée sérieuse et l'expose avec talent et bonne foi, trouve au moins des auditeurs sans parti pris, et peut espérer qu'il sera jugé sur ce qu'il vaut, plutôt que par complaisance aux idées qu'il flatte.
11 est vrai que cette heureuse impartiahté tient pour beaucoup à l'extrême confusion de goûts et de doctrines qui règne dans la société moderne. Il n'existe peut-être pas un seul principe, en littérature ou ailleurs, qui soit resté commun à tous; et, comparé à la majestueuse unité des intelligences au xvri* siècle, l'état présent pourrait s'appeler une anarchie. Toutefois un trait commun semble se dégager des contrariétés apparentes : ce qui caractérise la littérature de notre temps par réaction contre celle qui l'a précédée, c'est une certaine défiance du convenu quelle que soit l'autorité dont il cherche à se couvrir; c'est un effort, non pas toujours heureux, mais généralement sincère, vers la vérité dans le fond, vers la simplicité dans la forme. 11 s'en faut bien que tous aient atteint ce but, mais presque tous y tendent. Nous avons assez marqué, pour n'y pas revenir, les excès où plusieurs écrivains sont tombés, sous prétexte de vérité ; mais l'abus d'un principe vrai n'est peut-être pas irrémédiable.
Notre époque travaille beaucoup, c'est ce qu'il y a de meilleur à dire à sa louange; elle est peu féconde en chefs-d'œuvre, mais elle se défie des assertions hasardées, des jugements précipités, des conclusions téméraires. Cetlc crainte sera-t-eUe « le commencement de la