SCARRON
et telle était la prévention en faveur Âe l'auteur, qu'ils obtinrent d'abord un immense succès. Mais cet enthousiasme immérité tomba vite; on s'aperçut en relisant la Pucelle que cette œuvre tant vantée était parfaitement vide, ennuyeuse et prosaïque ; la réaction fut si bi^utale que les douze derniers chants ne purent trouver d'éditeur, ils n'ont été imprimés que de nos jours. Bientôt Boileau parut et ses premières satires portèrent le coup de grâce à cette grande réputation déjà chancelante. Les plus favorables à Chapelain ont cru le ménager assez, en répétant après Boileau : « Que n'écrit-il en prose? »
««. ScarronS plus heureux, a conservé cette part de renommée qui s'attache toujours au nom des écrivains en qui se personnifie un genre, fut-ce le plus misérable. Devenu à vingt-huit ans paralytique, et cloué sur un fauteuil pour le reste de ses jours, il chercha dans la poésie une consolation à ses misères ; et vécut de bouffonneries pour ne pas mourir de tristesse. 11 fut le créateur du genre burlesque, dont la fortune fut courte, mais inouïe. Le Typhon (1644) et le Virgile travesti (1648- 1653) sont ses principales œuvres dans ce goût méprisable où Scarron dépensa beaucoup d'esprit qu'il aurait pu mieux employer. Le Roman comique en prose (1651), amusant récit des aventures d'une troupe de comédiens de campagne, est très apprécié aujourd'hui pour cette stricte vérité de peinture et d'observation dont notre époque est si fort éprise. On ne lit plus, au contraire, cette parodie de V Enéide, plaisante pendant cent ou deux
1. Paul Scarron, né et mort à Paris (IGIO-IGCO). 11 avait épousé on 1652 Françoise d'Aubigné, qui fut plus tard Mme de Mainlenon, femme de Louis XIV. Les comédies de Scarron, imitées en partie des E^iiagnols, obtinrent un assez vif succès de gaieté.
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coiils vers, mais qui écœure un lecteur délicat avant la fin du premier chant.
La réaction contre le burlesque commença même avant la mort de Scarron. Dès 1652, Pellisson, dans son Histoire de V Académie, annonce la fin prochaine du genre à la mode : « Il avait passé (d'Italie) en France..., il s'y déborda et y fit d'étranges ravages. Ne semblait-il pas toutes ces années dernières que nous jouassions à ce jeu où qui gagne perd? Et la plupart ne pensaient-ils pas que pour écrire raisonnablement en ce genre il suffisait de dire des choses contre le bon sens et la raison?... A la fin nous commençons à guérir de cette fureur du burlesque... » Ce fut l'honneur de Boileau d'achever celte guérison. Mais quel exemple frappant de l'incohérence des goûts qui peuvent régner à la fois dans une nation ! La même société faisait ses délices du théâtre austère de Corneille et des folies de Scarron. Polyeucte, Pompée, Rodoguiie et Nicomède sont les contemporains du Typhon et du Virgile travesti, et leur disputaient la faveur publique.