‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 16 sur 106 · Sur tous ces noms, voy. toine I, pages 220 et suiv · texte numérisé non relu

Sur tous ces noms, voy. toine I, pages 220 et suiv

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l'art de cette savante syntaxe, qu'elle est claire malgré tout, si Ton en prend l'habitude ; et la période a bien aussi son avantage sur le style brisé ; elle figure mieux la pensée, avec ses nuances distinctes et l'importance relative ou le lien réciproque des idées particulières qui la composent.

8». L'influence qu'exerça Descartes sur la langue et sur les idées pendant la seconde moitié du xvn® siècle, est certainement très considérable. En Hollande, en Allemagne, aux Pays-Bas, le cartésianisme envahit les Universités ; en France, il règne surtout dans les académies et dans les salons. Tous les hommes de Port-Royal (hormis Pascal), tout l'Oratoire, Malebranche en tète, le cardinal de Retz, Bossuet, Fénelon, les magistrats, les grands seigneurs, les femmes, tout le monde fut cartésien. Le siècle qui, jusqu'à Descartes, inclinait vers le scepticisme, fui ramené par lui à l'affirmation des grandes vérités philosophiques. Le caractère profondément moral des œuvres de cette époque provient en partie de l'influence qu'exerça Descartes. La prédominance de la raison jusque dans le poésie, proclamée par Boileau, avec l'approbation de tous ses contemporains,' est un fruit de la doctrine cartésienne. Entre les grands poètes du temps un seul échappe entièrement à Descartes, c'est Molière. La Fontaine, tout en protestant contre une doctrine qui réduit les bêtes à l'état de machines, s'écriait :

Descartes, ce mortel dont on eût fait un Dieu Chez les payens!...

Cette mode eut, comme toutes les modes, ses exagérations et ses ridicules. Se déclarer cartésien, feindre d'entendre quelque chose à ces hautes matières, fut décidément du bel air, et les plus frivoles se crurent tenus

d'affecter cette vanité. M. de Goulanges écrivait à Bussy* (le 27 août 1673) : a Pendant votre séjour à Paris je vous conseille de vous faire instruire de la philosophie de Descartes : mesdemoiselles de Bussy l'apprendront plus vite qu'aucun jeu. Pour moi je la trouve délicieuse; non seulement parce qu'elle détrompe d'un million d'erreurs, mais encore parce qu'elle nous apprend à raisonner juste. Sans elle nous serions morts d'ennui dans cette province. »

Ainsi la mode est en tout temps la même, incurable dans sa frivolité. Mais Descartes ne saurait être rendu responsable des enfantillages de tant de disciples qu'il eût désavoués lui-même. Au reste la réaction contre sa méthode et ses principes ne tarda pas à se produire; l'Académie des sciences, à l'époque de sa fondation (4666), était tout entière cartésienne; un demi-siècle plus tard elle était devenue tout entière newtonienne. L'influence de Descartes avait été moins durable en philosophie que dans la littérature, où elle dure encore. Certaines qualités de l'esprit français semblent lui venir de Descartes. Le premier il donna le modèle de la clarté parfaite, de l'ordre et de la précision continues; il sut composer, développer méthodiquement une pensée, enchaîner avec logique une suite de pensées, rejeter le fatras de l'érudition. Il méprisait les livres, peut-être à l'excès; tant d'autres avant lui les avaient trop haut prisés ! Il n'estimait pas beaucoup plus l'observation des faits. Il ne voulait d'autre autorité que celle de sa raison. Cette méthode a ses dangers : Descartes habitua son siècle à négliger l'étude du monde extérieur pour écouter seulement la

1. Le marquis de Goulanges (1631-1716), parent de Mme de Sévigné, écrivait des chansons agréables. — Bussy-Rabutin (1C18-1693), cousin de Mme de Sévigné, a laissé des Mémoires et des Lettres d'un grand intérêt. Il était entré à l'Académie française en 1665.

PASCAL. 3d

voix de la pensée intime et de la réflexion personnelle. La tendance exclusivement psychologique des œuvres littéraires de cette époque est due en partie à l'influence de Descartes.

Pascal.

33. Nous avons dit que l'école janséniste de Port-Royal* avait suivi en philosophie la voie ouverte par Descartes. Seul Pascal refusa de s'y engager; cependant Pascal, comme Descartes, fut un savant du premier ordre, mais doué d'un génie très différent, quoique au moins égal. Pascal fut toujours frappé de la faiblesse de la raison humaine, sur laquelle Descartes appuyait tout son système. L'un et l'autre ils cherchent Dieu, mais Descartes le cherche surtout pour satisfaire l'anxiété de son esprit; Pascal, pour remplir le vide affreux de son cœur. Celui-ci écrit : a Quand un homme serait persuadé que les proportions des nombres sont des vérités immatérielles, éternelles et dépendantes d'une première vérité en qui elles subsistent, et qu'on appelle Dieu, je ne le trouverais pas beaucoup avancé pour son salut. »

Il était né à Clermont-Ferrand, le 19 juin 1625. Amené tout enfant à Paris, élevé, par un père qui était lui-même un savant homme, il étonna et effraya les siens par la merveilleuse précocité de son intclh'gence. On sait com-

1. Port-Royal est une célèbre abbaye de Bernardines fondée en 1204, près de Chevreuse, à quatre lieues de Paris ; réformée en 1602 par l'abbesse Angélique Âmauld, sœur du célèbre Antoine Amauld (voy. ci-dessous, § 39). En 1626, les religieuses furent transférées à Paris. Plusieurs hommes d'étude et de piété, qui appartenaient tous à l'opinion janséniste, et pour la plupart à la famille et aux amis d'Araauld), s'établirent à Port-Royal, y ouvrirent des écoles (où Racine fut leur élève), y écrivirent des ouvrages d'éducation, de science et de polémique religieuse. Les religieuses revinrent plus lard à Port-Royal ; mais leur maison fut supprimée et les bâtiments détruits en 1710.

ment à douze ans il avait restitué seul, sans guide et sans livre, les éléments de la géométrie. A seize ans, il écrivait un Traité des sections coniques^ dont s'émerveillaient les savants amis de son père. Jusqu'à trente ans sa vie fut vouée tout entière aux recherches scientifiques. Il construisit une « machine arithmétique » pour résoudre mécaniquement une multitude d'opérations. Il répéta les expériences de Torricelli sur là pesanteur de l'air et en précisa les résultats. Sa santé était déjà ébranlée, mais son ardeur lui tenait lieu de force.

Jusque-là sa vie avait été strictement chrétienne, mais ses heures avaient appartenu à la science au moins autant qu'à la piété. A trente ans des relations de famille l'amenèrent à Port-Royal, il devint bientôt un fervent disciple des doctrines jansénistes sous la direction d'Arnauld, de Nicole, de Saci, de l'abbé Singlin.

S4. A cette époque le pape Innocent X venait de condamner (1653) cinq propositions qui lui avaient été déférées par la Faculté de théologie de Paris, comme extraites de lAiigustinuSy ouvrage posthume de Jansénius, évêque d'Ypres. Un ami de Jansénius, l'abbé de Saint-Cyran, avait introduit sa doctrine dans l'abbaye de Port-Royal vers 1636, et beaucoup de prêtres ou de gens du monde, affihés à cette célèbre maison, avait adhéré aux mêmes idées.

Le Jansénisme faisait très petite la part de la liberté humaine dans les actions de notre vie, et très grande celle de la grâce; et par une apparente contradiction, cette doctrine qui niait, ou peu s'en faut, le libre arbitre, et par conséquent la responsabiUté personnelle, inspirait à ses sectateurs une morale et une conduite des plus austères. Tremblant toujours d'être rejetés par la justice divine, et d'être destitués de la grâce indispensable au salut, ils

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