‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 18 sur 106 · PASCAL · texte numérisé non relu

PASCAL

la vigueur de Târae. Presque toutes se rapportaient à diverses parties de ce grand ouvrage que Pascal projetait d'écrire depuis cinq ou six ans pour défendre la religion chrétienne contre les attaques des incrédules et la tiédeur des indifférents.

La pensée fondamentale de ce livre était déjà dans un célèbre Entretien, publié plus tard, que Pascal, en arrivant à Port-Royal, avait eu avec M. de Saci, neveu d'Arnauld, sur Épictète et sur Montaigne : Tun, philosophe stoïcien et dogmatique, exalte Torgueil humain; l'autre, sceptique, le rabaisse à l'excès, se rit de nos contradictions, déclare qu'il ne sait que croire, mais s'accommode fort bien de ce doute. Pascal entreprend de combattre et de détruire, l'une par l'autre, ces deux philosophies ; celle qui affirme quelque chose sur Dieu et sur l'homme en dehors de la religion, et celle qui refuse de rien admettre pour vrai, même à la lumière de la foi.

»■». Restituer assurément le plan de Pascal est impossible ; on peut essayer du moins de donner une idée probable du livre tel qu'il devait être. Le but de Pascal est d'amener une âme à croire aux vérités religieuses. Il montre d'abord l'homme isolé, perdu dans l'univers entre l'infinie grandeur et l'infinie petitesse. Il montre la vanité du monde, l'horreur de l'amour-propre et de l'égoïsme universel, l'incertitude de nos connaissances, les mensonges de nos sens, les contradictions de notre raison, l'insuffisance et les excès de la justice humaine. Dans cette partie sceptique et négative de l'ouvrage, Pascal s'inspire surtout de Montaigne. Mnis Montaigne se repose à l'aise dans un tel abîme de doute et d'ignorance. Pascal y souffre horriblement, et harcèle l'homme pour qu'il souffre aussi. Le pire état de l'âme, c'est l'indifférence ; cherchons donc la vérité. Les philosophes nous la diront-ils? Tous se con-

tredisent entre eux. Les religions pourront-elles mieux nous éclairer? Mais presque toutes sont certainement fausses. Est-il sûr qu'il y en ait une seule qui soit vraie? Alors Pascal, interrogeant le peuple juif, trouvait dans ses livres sacrés le dogme du péché originel et la promesse d un rédempteur. Tout s'éclaircissait à ses yeux; ce rédempteur était Jésus-Christ, prouvé par les figures de l'ancienne Loi, par les prophéties, par l'Évangile, par les miracles, par l'histoire de l'établissement du christianisme. Telle eût été l'économie générale de ce livre, inachevé malheureusement, mais si beau dans ses débris. Les amis de Pascal, qui publièrent ces fragments après sa mort, modifièrent beaucoup de passages; guidés par des scrupules Httéraires et surtout par des scrupules religieux. Mais le manuscrit des Pensées avait été conservé; l'on a pu, de notre temps, en rétablir le texte dans son intégrité *.

»8. Le style de Pascal est la perfection même, la perfection absolue. Ce serait perdre le temps dans une vaine entreprise que d'essayer d'en énumérer les qualités. Il les a toutes en une seule qu'on pourrait faire entendre, sans pouvoir la nommer, en disant qu'elle consiste à rendre la pensée transparente et lumineuse ; c'est une âme tout à nu qui parle et s'explique directement à une autre âme; et quelle âme que celle de Pascal! La plus ardente, la plus passionnée, la plus éloquente qui fut jamais. Toutes les passions nobles, il les ressent, il les exprime avec une force qui n'est que la force même de la passion, servie par les mots, sans qu'elle ait besoin de les solliciter; ils viennent comme d'eux-mêmes. Nul procédé, nul artifice

1. Victor Cousin signala le premier l'inexactitude du texte vulgau^ des Pensées. M. Faugère donna en 1844 une édition sincère, encore perfectionnée depuis par divers éditeurs.

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