‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 19 sur 106 · ARNAULD · texte numérisé non relu

ARNAULD

de style. L'art est grand, mais il est tout entier dans cette, convenance admirable des paroles aux sentiments, et de la forme au fond. Qui plus que lui avait le droit d'écrire : « Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi ; car on s'attendait de trouver un auteur, et on trouve un homme ! »

Aniauld. — Mézeray. — Mlle de Scudéry. — Cyrano de Bergerac.

Gui-Patin. — Sully.

39. Dans cette période littéraire que nous étudions, et qui comprend le milieu du xvn*» siècle, nous rencontrons seulement deux très grands écrivains en prose : Descartes et Pascal; mais au-dessous d'eux, beaucoup d'esprits encore éminents nous ont laissé des ouvrages qu'on ne peut passer sous silence, même dans une revue rapide et sommaire de l'histoire de notre littérature. Le premier qu'on doive nommer après Pascal, c'est Antoine Arnauld, qui fut l'ami, le conseiller, l'inspirateur de Pascal.

Antoine Arnauld, né en 1612, à Paris, vingt-deuxième et dernier enfant du célèbre avocat (nommé comme lui Antoine)*, fut plutôt un polémiste vigoureux qu'un grand écrivain. Toutefois comment omettre ici le nom de l'homme que tout son siècle appela le Grand Arnauld, et de qui l'approbation paraissait à des hommes, tels que Racine et Boileau, le plus beau titre de leurs ouvrages? D'ailleurs son style, un peu terne, a du moins la clarté, la justesse et la vigueur, s'il manque d'agrément et d'éclat. Le livre De la fréqtiente communion commença sa répu-

1. Antoine Arnauld, avocat (1560-1610), prononça devant le Parlement un célèbre plaidoyer pour l'Université contre les Jésuites (1594). Père de vingt-deux enfants, dont les plus connus sont Arnauld d'Andilly ; — la Mère Angélique, abbesse de Port-Royal ; — Mme Lemaistre (mère de l'avocat Lemaistre et de M. de Saci) ; — Antoine Arnauld % Tous ces personnages vécurent retirés à Port-Royat,

tation (1643). Docteur en Sorbonne, il fut exclu de la Faculté de théologie pour ses doctrines jansénistes. En dehors de ses innombrables écrits de polémique religieuse, il faut citer la Grammaire générale et raisonnée (dite de Port-Royal), publiée en 1660; ouvrage prématuré, sans doute, car il était trop tôt pour écrire la grammaire générale, quand la grammaire comparée n*existait pas encore ; mais très remarquable néanmoins, car elle renferme la plus ancienne étude rationnelle et philosophique de notre langue. Puis VArt de penser (ou Logique de Port-Royal), livre classique, où les principes de la philosophie cartésienne étaient appliqués à tout le mécanisme du raisonnement avec une précision et une clarté admirables. Nicole*, associé à la vie et aux travaux d*Ârnauld, eut part avec lui dans la composition de ces deux traités dont le succès fut très grand. Lorsque les dissensions religieuses se rallumèrent en 1679, Arnauld dut quitter la France et s'exiler en Belgique, où il mourut à quatre-vingt-deux ans (1694), ayant écrit et lutté jusqu'à son dernier jour.

40. François-Eudes de Mézeray' a attaché «^on nom à une vaste entreprise, celle d une Histoire de France qu'il conduisit depuis les origines de la monarchie jusqu'à son temps. Le premier volume parut, in-folio, en 1643; les deux suivants en 1646 et 1651 ; ni les recherches de l'auteur n'avaient été suffisantes, ni sa critique n'est assez sûre pour qu'on puisse accepter avec une entière confiance ses récits et ses jugements. Mais son style est beau, quoique un peu suranné; ses narrations ont de l'ampleur et de la vivacité ; les discours qu'il a placés, à la mode des histo-

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