Voy. ci-dessous
2. Francois-Eudes de Mézeray, né à Ry (Orne) en ICiO, moi't A
Paris en 1683,
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riens anciens, dans la bouche des grands personnages/sont éloquents et vraisemblables ; son esprit est piquant, ses réflexions pleines de verve et d'à-propros ; enfin, sans être un érudit, il est peut-être un historien. L'Académie française l'admit après la mort de Voiture, en 1649, et il en devint le secrétaire perpétuel après Conrart (1675). Il eut le titre d'historiographe du roi, et une grosse pension que Colbert lui retira, pour le punir de la Hberté avec laquelle il avait parlé des traitants et des impôts dans \ Abrégé chronologique de son Histoire de France (publié en 1668). Mézeray avait l'humeur frondeuse; et même il écrivit, dans le temps des troubles civils, plusieurs pamphlets contre Hazarin.
41 . Dans rOraison funèbre de la duchesse d'Orléans, Bossuet loue cette princesse du goût qui l'attachait « à la lecture de l'histoire, qu'on appelle avec raison la sage conseillère des princes.... Elle y perdait insensiblement le goût des romans et de leurs fades héros ; soigneuse de se former sur le vrai, elle méprisait ces froides et dangereuses fictions. » Cette préférence que Madame accordait à l'histoire sur le roman était, il faut l'avouer, exceptionnelle à son époque et surtout parmi les femmes. Les plus sensées, comme les plus frivoles, raffolaient alors de lectures romanesques.
Il y eut deux sortes de romans au xvu® siècle (avant la révolution qu'introduisit dans le genre Mme de La Fayette en écrivant la Princesse de Clèves) : le roman pastoral, héroïque, chevaleresque, où s'étale une peinture idéale et embellie de l'humanité ; le roman qui s'appellerait aujourd'hui réaliste, qui se nommait alors naïf, où les mœurs de la société sont dépeintes fidèlement, surtout dans ce qu'elles ont de plus familier, de plus vulgaire et niême de phis bas. Au second genre appartiennent leFran-
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cion, de Charles Sorel* (1622), \e Roman comique, de ScaiTon (1651), le Roman bourgeois^ deFuretière (1666)*. Au premier, VAstrée^, de d'Urfê, le Grand Cyrus, la Clélie, et tous les interminables romans de Mlle de Scudéry*. De nos jours on a cru faire une découverte en révélant au public que les noms d'hommes ou de lieux, romains ou persans, de la Clélie ou du Cyrus, n'étaient qu'un cadre ingénieux dans lequel l'auteur avait dépeint fidèlement, quoique d'une façon flatteuse, avec un pinceau complaisant, les mœurs de la haute société de son temps. Mais les contemporains n'avaient jamais ignoré le sens de cette allégorie transparente, et, s'ils trouvaient tant de charme à la lecture de ces œuvres prolixes, c'est qu'ils y reconnaissaient eux-mêmes et leurs amis*. Ce procédé de perpétuelle allusion ayant perdu aujourd'hui toute clarté et tout
1. CUai'les Sorel (100*2-1074), romancier, crilique lilléiaire, liisloriographe de France.
2. Antoine Furetière (1619-1688), auteur d'un Dictionnaire (1690) publié en Hollande après sa mort ; réimprimé plus tard sous le nom de Dictionnaire de Trévoux, avec de nombreuses additions. Accusé de s'être servi dans son Dictionnaire des matériaux que l'Académie avait rassemblés pour celui qu'elle préparait, Furetière fut exclu de la société; il se vengea en publiant contre ses anciens collègues des factums très violents.
3. a Le grand succès de YAstrée échaufTa si bien les beaux esprits d'alors, qu'ils en firent à son imitation quantité de semblables, dont il y en avait même de dix et de douze volumes.. On vantait surtout ceux de Gomberville, de La Calpren'*de, de Desmarets et de Scudéry. » (Boileau, Dialogtte des Héros de roman), La Calprenède (1610-1663) avait écrit Cléopâtre (1648), Cassandre^ Faramond^ etc.
4. Madeleine de Scudéry, née au Havre en 1607, morte à Paris en 1701. Artamène ou le Grand Cyrus (1649-1653), en 10 vol. in-8°; Clélie, histoire romaine (1656), en 10 vol. in-8°.
5. Boileau le dit foimellement dans le Dialogue des Héros de roman, où il raille avec beaucoup de verve et d'esprit les ouvrages de Mlle de Scudéry : ses personnages sont c une troupe de faquins ou plutôt de fantômes chimériques qui, n'étant que de fades copies de beaucoup de personnages modernes, ont eu pourtant l'audace de prendre le nom des plus grands héros de l'antiquité ».
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agrément, nous voyons seulement les défauts de ces romans si goûtés jadis ; la monotonie et la longueur du récit, la surabondance des détails, insignifiants pour nous; la préciosité du style et la fadeur des sentiments. Tout ce qu'il y avait de vif et de vrai dans Tœuvre, est à jamais mort et flétri. Il reste la finesse et quelquefois la profondeur des analyses; jamais « Tanatomie » du cœur humain, comme on disait alors, n*a été poussée à un plus haut point de délicatesse. Par là un véritable intérêt historique demeure" attaché à ces romans d'apparence frivole ; on y trouve une description fidèle, sinon de la société pour laquelle ils furent écrits, au moins de l'état des imaginations dans cette société, de l'idéal héroïque et raffiné où elle aspirait, tout en restant fort au-dessous dans la réalité de ses mœurs.
4t. Mlle de Scudéry faisait paraître ses romans sous le nom de son frère, Georges de Scudéry; lequel ne manquait lui-même ni d'esprit, ni de verve, mais il était sans goût, sans jugement, et ridiculisé par son humeur fanfaronne et ses allures de capitan. Il a laissé un poème épique, Alaric ou Rome vaincue (1654), dont Boileau s'est moqué; et beaucoup de pièces de théâtre, tragédies, comédies, tragi-comédies, toutes oubliées aujourd'hui. Scudéry se croyait de bonne foi un autre Corneille et plus grand même que Corneille; on se souvient du rôle qu'il joua dans la Querelle du Cid. Il aimait à menacer de son épée ceux qui n'admiraient pas les œuvres de sa plume : il terminait ses préfaces en défiant le pubhc : a Si quelque extravagant juge que j'offense sa gloire imaginaire, pour lui montrer que je le crains autant comme je l'estime, je veux qu'il sache que je m'appelle : De Scudéry' » .
i. Georges de Scudéry, né au Havre en 1001, mort à Paris en lt>67. 2. Préface des œuvres de Théophile, publiées par Scudéry.
LITTÉRATOKR FRANÇAISE. H. — 4
Quelques vers mordants de Boileau suffirent pour jeter à bas la renommée de ce matamore.
4S. A côté de Mlle de Scudéry, qui fut le romancier le plus goûté de son temps dans le genre héroïque, au-dessous de Scarron, qui écrivit le Roman comique dans un genre tout opposé ; nommons ici l'un des esprits les plus bizarres du xvii« siècle, non méprisable toutefois dans sa verve hyperbolique et brillante, Cyrano de Bergerac*, auteur de deux romans fantastiques (Y Histoire comique des États et Empires de la Lune, 'et des États et Empires du Soleil) y où, dans un cadre imaginaire, il a placé la satire des mœurs et des idées de son temps. Son goût est détestable ; il abonde en pointes frivoles, en affectations de tout genre ; aucun Français n*a subi davantage la funeste influence de l'Espagnol Gongora, de l'Italien Harini. Lui-même s'en faisait gloire, et disait : o On ne pèse pas les choses pourvu qu'elles brillent ». Mais Boileau, juge sévère et sûr, a reconnu chez Cyrano le mérite secondaire, mais réel, d'une imagination féconde et originale :
J'aime mieux Bergerac et sa burlesque audace Que ces vers où Motin* se morfond et nous glace.
Cet homme, le moins fait du monde pour écrire dans le genre sérieux, a pourtant laissé une tragédie passable, Agrippine (1653), où on loue au moins quelques beaux vers. Il est aussi l'auteur d'une comédie, le Pédant joué (1654), où Molière a trouvé l'idée, même en partie le développement de l'une des meilleures scènes des Fourberies de Scapin. L'emprunt est si peu déguisé qu'on a