Né â Paris, en 1620, mort en
2. Pierre Motin, de Bourges, contemporain de Régnier, mourut vers 1615.
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même supposé que Molière avait pu collaborer à cette pièce, sans y mettre son nom, et s*était borné plus tard à reprendre une scène qui lui appartenait peutêtre; mais cette hypothèse ingénieuse n*est appuyée d'aucune preuve.
44. Aux noms de ces écrivains qui ont fait (fort inégalement) honneur à leur époque, joignons ceux de deux hommes qui, l'un par son humeur et l'autre par son âge, semblent presque étrangers au temps où ils ont écrit : Gui-Patin et Sully ; lesquels n'ont rien de commun entre eux que leur aigreur contre leurs contemporains.
Qu'il est difficile, même aux hommes d'esprit, de juger avec équité leur époque 1 Gui-Patin, savant médecin, professeur au Collège Royal (Collège de France), né en 1601, mort en 1672, a vu naître sous ses yeux ces chefs-d'œuvre que nous admirons avec enthousiasme aujourd'hui, comme l'immortel honneur de notre littérature; il a vécu avec Malherbe et Corneille, Descartes et Pascal, Bossuet et La Rochefoucauld, Molière et La Fontaine, Racine et Boileau; cependant Gui-Patin nous a transmis une vaste correspondance, où il ne cesse de se lamenter sur la décadence universelle dont il est témoin : « Nous sommes dans la lie des siècles », écrit-il. Ailleurs : « Dieu nous a réservés pour un sot et malheureux siècle k . Ses lettres, bourrées de faits et d'anecdotes vivement contées, sont d'ailleurs écrites sans soin et sans grâce; tandis que celles de Balzac et de Voiture, trop bien écrites, sont vides de choses. Mme de Sévigné, la première, saura, dans les siennes, recouvrir d une forme exquise un fond sohde.
45. Un autre observateur mécontent du règne de Louis Xlll et de Richelieu est Sully, qui a publié son
52 XYIl*" SIÈCLE. — DEUXIÈME PÉRIODE.
unique ouvrage Tannée même où naquît Louis XIV ; mais par son âge, son caractère, ses défauts et ses qualités, il semble un survivant de xvr^ siècle, égaré au milieu du siècle suivant.
Sully S né en 1560, avait combattu aux côtés de Uenri lY, à Arques et à Ivry; après la consolidation du pouvoir royal, il avait rétabli les finances de TÉtat, réorganisé Tadministration, et jusqu*à la fin du règne joué le rôle d*un premier ministre. Disgracié peu après la mort de Henri IV, il se retira dans ses châteaux, et y vécut, aigri et mécontent, jusqu*en 1641. Trois ans avant sa mort, il fit paraître la première partie des Mémoires des sages et royales œconomies dCestat de Henry le Grand, ouvrage longtemps trop vanté, mais trop déprécié peut-être aujourd'hui. La forme en est singulière: les secrétaires de Sully sont censés lui raconter sa propre vie à luimême. On peut leur reprocher de s'être attachés à l'excès à rendre cette narration agréable à celui qui devait Técouter. Au fond, ce gros livre est une apologie de Sully par Sully. Les faits n'y sont pas rapportés exactement ; et, ce qui est plus grave, l'auteur a voulu leur prêter faussement l'apparence de l'exactitude ; il cite en effet une multitude de pièces, lettres, rapports, documents de toutes sortes, qu'il présente comme authentiques, et qui sont, pour la plupart, fabriqués. Ainsi Sully mérite peu de confiance comme historien de Henri IV; et les pages les plus célèbres de son livre (par exemple ceUes où il expose le fameux plan de réorganisation de l'Europe, attribué par lui au roi), ne doivent être accueillies qu'avec une extrême défiance. Mais les (Economies royales gardent une grande valeur et
1. Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, duc de Sully, né à Rosny, prés de Mantes (15Ô0, mort en 1641, à Yillebon (Eui-e-et-Loir).
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un vif intérêt en tant que témoignage du caractère de leur auteur ; nulle part on n'apprend mieux à connaître le grand ministre (il reste grand, malgré tous ses travers) qui a exercé en France un pouvoir prépondérant pendant un règne de vingt ans. Une partie de Touvrage n*est guère qu'une compilation ; mais dans quelques passages écrits avec plus de soin, la vivacité des sentiments prête au style une couleur originale et attrayante.