LA FONTAINE
caractère incertain qu'il donne à ses maximes, et se sont plaints qu'elles n'enseignent pas toujours la vertu. Mais c'est mal comprendre l'œuvre de La Fontaine que d'y chercher une morale didactique. La fable est chez lui, comme la comédie est chez Molière, un tableau de la vie humaine; la leçon qu'il en tire est une vérité d'expérience, mais non un précepte. En écrivant :
La raison du plus fort est toujours la meilleure,
Il ne veut pas dire : « Cela est juste est bon », mais : « Cela est ainsi dans le monde, au moins le plus souvent. » Et la vraie morale, qui est sous-entendue, serait celle-ci : « Tâchez, tout en étant le plus juste, de n'être pas le plus faible. »
5*. Lorsqu'il mourut, Fénelon dans un latin élégant et facile, dicta cet éloge du poète à son élève, le duc de Bourgogne, à qui La Fontaine avait dédié, l'année précédente, le derniei' livre de ses Fables :
« Il n'est plus, ce poète enjoué... qui doua les bêtes d'une voix pour enseigner la sagesse aux hommes. La Fontaine est mort, et avec lui meurent les jeux malins^ les ris plaisants, les grâces décentes, les doctes muses. Pleurez, ô vous qui avez à cœur l'agrément ingénu du naturel et de la simplicité nue, et l'élégance sans ornement et sans fard. A lui seul, à lui parmi les doctes, il fut permis d'être négligent. Préci^se négligence bien supérieure au style le mieux châtié. (Il est mort, mais) à jamais vivront les beautés de ses vers enjoués, tant de charmantes bagatelles, ce sel attique, cette langue persuasive, aisée, caressante. Nous ne compterons pas La Fontaine parmi les modernes, quoiqu'il soit d'hier, mais parmi les anciens, pour le charme de son esprit. » C'est bien dit; toutefois, de cette fleur d'antiquité le parfum est bien français.
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Molière.
58. Il serait puéril de chercher si Molière* doit être regardé comme le plus grand nom dont s'honore notre littérature. MoHèren'a nul besoin qu'on lui sacrifie toutes les gloires de son siècle, ainsi qu'ont fait parfois de notre temps des admirateurs un peu indiscrets de ce grand homme. Mais ce qu'il est permis de dire, c'est qu'aucune littérature ne possède un poète comique comparable à Molière. Fénelon, qui ne l'admirait pourtant qu'avec plus d'une restriction, n'a pu se défendre d'écrire : « Molière est un grand poète comique ; je ne crains pas de dire qu'il a enfoncé plus avant que Térence dans certains caractères.... Il a peint par des traits forts presque tout ce que nous voyons de déréglé et de ridicule. »
Il était né à Paris (en 1622), et, quoique fils d'un simple tapissier', il avait fait au collège de Clermont des études
1. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, né à Paris (1622), mort à Paris (1673), joua la comédie en province de 1646 à 1658. Revenu à Paris, il fit jouer sur le théâtre qu'il dirigeait VÉlourdi, déjà joué à Lyon (1653). Le Dépit amoureux^ joué à Béziers (1656). Les Précieuses ridicules (1659). Sganarelle (1660). Don Garde (1661). VÉcole des maris (1661). Le» Fâcheux (1661). V École des femmes (1662). La critique de VÉcole des femmes (1663). L'impromptu de Versailles (im'5}. Le Mariage forcé {imA). La princesse d'Élideiim A). Don Juan (1665). V Amour médecin (1665). Le Misanthrope (1666). Le Médecin malgré lui (1666). Mélicerte (1666). Le Sicilien (1667). Tartuffe (1667). Amphitryon (1668). Georges Dandin (1668). L'Avare (1668). Monsieur de Pourceaugnac (1669). Les Amants magnifiques (1670). Le Bourgeois gentilhomme (1670). Les Fourberies de Scapin (1671). La Comtesse d' Escarhagnas (1671). Les Femmes savantes (1672). Le Malade imaginaire (1673).
2. Le père de Molière devint tapissier du roi par quartier^ en 1631, il mourut en 1669, et Molière lui succéda dans cette charge Mais le père avait travaillé, comme tapissier, pour le public ; le fils était seulement responsable de la garde et de l'entretien d'une partie du mobilier royal.