‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 3 sur 106 · Yoy. lome I, page · texte numérisé non relu

Yoy. lome I, page

CORKEILLE. 5

consistent guère qu'en conversations galantes d'amoureux plus spirituels que vraiment épris, et le goût de notre temps veut dans la comédie plus de force et de profondeur. Elles plaisaient à une époque où l'on aimait les sentiments subtils et les causeries raffinées. Dans ÏÂstrée^, tant chérie de trois générations successives, les héros ne parlaient pas autrement. Ajoutons que déjà nul n'écrivait en vers aussi bien que Corneille ; les couplets excellents abondent dans la moindre de ses comédies de jeunesse.

4. En 1633, Corneille, déjà célèbre, fut présenté à Richelieu. Le grand cardinal se piquait, comme on sait, d'exceller au théâtre autant que dans la politique. Il composa même ou plutôt fit composer, sous sa direction, un certain nombre de pièces. On croit qu'il fournissait le plan; ses poètes attitrés lui faisaient les vers. Corneille fut attaché à ce singulier bureau littéraire, où il rencontra CoUetet, l'Estoile, Boisrobert et Rotrou*. La Comédie (les Tuileries fut ainsi fabriquée dans l'hiver de 1634 à 1635 par « les cinq auteurs », comme ils se qualifiaient eux-mêmes sur le titre de l'ouvrage. Mais, selon Voltaire, Corneille, chargé du troisième acte, s'était permis de toucher au plan du cardinal, qui se fâcha et dit le fameux mot : « Il faut avoir de l'esprit de suite ». On a fort reproché cette parole à Richelieu. Au fond, il était bien

Page 1