Voy. tome I, page
2. Guillaume CoUetet (1508-1659). Son meilleur ouvrage était un recueil de vies des poètes français, qui, resté manuscrit, a péri dans l'incendie de la bibliothèque du Louvre, en mai 1871. Il est le père de François CoUetet, poète famélique, dont Boileau s'est moqué peu charitablement. — Claude de l'EstoUe (1597-1652) est le lils de Pierre de l'Estoile, auteur d'un journal fameux sous les règnes de Henri III et de Henri IV. — François de Boisrobert (1592-1602), familier d« Richelieu, a laissé une vingtaine de pièces de lliéùtie oubliées aujourd'hui. — Sur Rotrou, voyez ci-dessous § 14.
6 XVir SIÈCLE. DEUXIÈME PÉRIODE.
vrai que quand on se met à cinq pour tirer la même charrue, il faut tirer tous dans le même sens. Mais Corneille n'était pas fait pour les collaborations. 11 cessa d'être un des a cinq auteurs » et revint à Rouen pour écrire Médéef sa première tragédie; pour la première fois il puisait aux sources antiques ; dans un écrivain du second ordre, à la vérité, chez Sénèque ; toutefois on ne peut lire Médée sans être frappé d'étonnement, tant la pièce paraît écrite avec plus de force et de pureté que tout ce qui l'avait précédée. Médée n'est pas un chef-d'œuvre ; mais elle étincelle de beaux vers, de superbes pages, et, bien interprétée, pourrait encore paraître au théâtre avec éclat. On n'en peut dire autant des premières comédies de Corneille. Serait-il donc plus facile, comme le prétendait Molière, d'écrire une tragédie passable qu'une bonne comédie? ou bien le style comique vieillit-il plus vite que le style tragique? Ou bien les sentiments mesurés, les travers, les ridicules, dont la comédie se nourrit, seraientils d'un intérêt plus spécial qui touche surtout les contemporains, tandis que les grandes passions qui animent le drame sont de tous les temps?
5. On ignore si Médée eut le succès qu'elle méritait. On est tenté d'en douter en voyant Corneille, après ce brillant début tragique, retourner à la comédie, et donner rillusion comique^ pièce aussi étrange que Clitandrey mais bien supérieure. Elle est d'un goût tout espagnol, quoiqu'on n'en ait pas trouvé l'original dans la littérature castillane. Le matamore y débite ses forfanteries divertissantes. 1/ « illusion » qui donne son nom à la pièce, est l'erreur d'un père qui-, voyant représenter sous ses yeux un drame dont l'acteur principal est son fils, devenu à son insu comédien, prend pour un événement réel la fiction jouée devant lui. Cette pièce singulière se termine par
un magnifique éloge du théâtre français, épuré par les travaux heureux des nouveaux poètes, honoré des faveurs du roi et de son ministre. Llllusion, reprise avec succès à la Comédie Française (en 4861), est la plus ancienne pièce représentée dans notre siècle. Au reste ladmirable Cid^ encore accueilli tous les jours avec transports, est plus jeune que l'Illusion seulement de quelques mois.
«. Le Cid fut joué sur le théâtre du Marais vers la fin de 1636. Dans cette tragédie, imitée en gi'ande partie de l'Espagnol Guillen de Castro*, Corneille introduisait pour la première fois sur la scène cette lutte qu'il devait par la suite y représenter tant de fois, lutte du devoir ou de rhonaeur contre la passion, d'abord menaçante, enfin vaincie. Rodrigue est fiancé à Chimène, etChimène aime Rodriçuè; mais, pour venger son père outragé, Rodrigue tue le père de Chimène; et pour venger son père immolé, Chimène demande au Roi la tête de Rodrigue. A la fin l'innocent meurtrier, en repoussant les Maures, lave sa faute involontaire et obtient le pardon, au moins Tespoif du pardon. Un style à la fois très simple, et plein de vie et de passion, exprimait admirablement cette action attachante, et toutes les péripéties de la lutte qui se livre entre les deux fiancés, et dans le cœur de chacun d'eux. Le public s'enthousiasma pour une poésie si neuve et si belle. Les rivaux de Corneille eurent la petitesse de Se coahser contre lui, pour essayer de faire condamner son chef-d'œuvre par l'Académie naissante. Richeheu même compromit un moment son gi^and nom dans ces manœuvres. Plusieurs causes l'animaient contre le Cid ; toute la
\. 11 était mort six ans auparavant, en 1630. Son drame [la Jeunesse du Cid) fut joué à Valence en 1618.
pièce respirait une vive admiration pour la bravoure et la fierté castillanes; et nous étions alors en guerre avec l'Espagne, dont l'armée avait failli envahir la France après la prise de Corbie. Elle renfermait une apologie peu déguisée du duel, et Richelieu s'efforçait par des édits sanglants de réprimer la fureur des duels. Enfin le public accueillait froidement les pièces des « cinq auteurs », et cette œuvre d'un transfuge allait aux nues. Voilà pourqu#i Richelieu encouragea Scudéry * et Mairet' qui attaquaient passionnément cette tragédie trop heureuse, et força Chapelain' d'écrire les Sentiments de V Académie sur le Cid, où l'Académie, tout en accordant quelques éloges à l'auteur, condamnait sa pièce en somme, et la dédirait « contre les règles ». En effet. Corneille avait commencé par se soucier fort peu des unités^ du moins de ceUes de temps et de lieu^ promulguées vers cette époque par Chapelain avec l'appui du cardinal de Richelieu et sur l'autorité d'Aristote, qui nulle part n'a énoncé ces règles tvec la rigueur que le xvii« siècle y attacha le premier.
Le public ne se laissa pas convaincre par Chapelain et proclama que le Cid, régulier ou non, était m chefd'œuvre; son enthousiasme eut raison contre tout le monde, contre les pédants, contre les poètes, contre l'Académie, contre Richelieu.
V. Cette fameuse « querelle du Cid », qui avait duré six mois et inspiré cent pamphlets, exerça sur le génie de Corneille une influence considérable, et, à certains points de vue, fâcheuse. Corneille, en feignant d'être intraitable et hautain, peut-être en se croyant tel, était réellement un