QUINAULT
« Nous étions tous deux fort jeunes, dit-il, dans le temps où j'écrivis contre lui, et il n'avait pas fait alors beaucoup d'ouvrages qui lui ont dans la suite acquis une juste réputation. )) En effet, Quinault n'avait qu'un an de plus que Boileau ; et tous deux n'avaient pas trente ans quand parut la seconde satire, ornée des fameux vers :
Si je pense exprimer un auteur sans défaut, La raison dit Virgile et la rime Quinault.
11 est vrai que Quinault a débuté à l'Hôtel de Bourgogne à dix-huit ans, par la comédie des Rivales (1655). La tragédie à' Astrale (1665) et la comédie de la Mère Coquette (1665) eurent un grand succès. La Mère coquette est une pièce agréable ; les vers y sont aisés, l'intrigue est amusante. Mais Quinault devait trouver sa vraie voie et son originalité dans un autre genre, dans l'opéra; pendant quinze années (de 1671 à 1686) il composa les livrets de quatorze tragédies lyriques, dont Lulli écrivait la musique. Son vers harmonieux, facile et souple, son rythme aisé, mobile et flexible se prêtaient à ce genre difficile et ingrat avec un singulier bonheur; s'il est parfois un peu prosaïque, la musique et le chant dissimulaient ce défaut ; Atys (1676), Proserpine (1680), Roland (1685), tiré de l'Arioste, Armide (1686), imité du Tasse, sont des poèmes fort remarquables, sans intérêt dramatique ; mais en maint passage, brillants de grâce et quelquefois de force. La nature avait richement doué Quinault; s'il eût travaillé moins vite, moins sacrifié à la vogue, au succès du jour, et songé davantage à la gloire, il eût obtenu sans aucun doute une renommée moins conlestée : tout l'esprit de Voltaire, qui l'admirait à l'excès, n'a pu suffire à faire oublier les railleries trop sévères, mais non tout à fait injustes, dont Boileau avait accablé l'auteur 6: Astrale.