‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 45 sur 106 · Voy. ci-dessous · texte numérisé non relu

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à travers bien des idiomes et bien des siècles. Mais Perrault ne les a pas cherchés si loin, ni à grands frais d érudition ; il en a recueilli le fonds autour de lui ; il les a ouï conter à toutes les mères, à toutes les nourrices, qui, de temps immémorial, en amusaient les petits enfants. Son rare mérite a consisté à les rédiger dans une forme charmante et cette fois définitive; assez naïve pour plaire aux enfants; assez malicieuse pour être retenue des hommes,

too. L*abbé Fleury * fut le collaborateur utile et discret de Fénelon dans l'éducation des trois fils du Grand Dauphin, les ducs de Bourgogne, d'Anjou, de Berry. Ses ouvrages sont nombreux, mais ce sont plutôt des compilations utiles que des écrits tout à fait originaux. Sa grande Histoire ecclésiastique porte témoignage de sa vaste érudition, par rimmense quantité de documents qu'il y a réunis et classés. Les Discours préliminaires, qu'il y a insérés au commencement de chaque période, lui appartiennent plus en propre, et ont mérité d'être publiés à part; ce qu'il y a d'original et de personnel dans ce grand monument s'y trouve résumé dans un style sobre et sain, qui ne manque ni de facilité ni d'agrément. Mais nous lisons aujourd'hui avec un intérêt particulier un court écrit de Fleury, intitulé Traité du choix et de la méthode des études, où, en rendant compte de l'état de l'enseignement public à son époque, il propose, assez hardiment, diverses réformes, dont plusieurs se sont faites depuis ; d'autres ne sont pas encore réahsées. On est effrayé dç voir que Fleury, ayant sous les yeux des programmes d'études beaucoup moins chargés que les nôtres, se plaint déjà « que les études sont

1. Claude Fleury (1640-1723), né à Paris. Mœurs des IsraélUes (1681) ; Mœurs des Chrétiens (1682) ; Grand Catéchisme historique (1685) ; Du choix et de la méthode des études (1686) ; Histoire ecclésiastique (1691 et années suivantes).

devenues impossibles par la multitude des choses que Ton y a comprises, et que l'on promet d'enseigner presque en même temps ». Ce sage précepteur s'eftbrce ensuite à élaguer de l'enseignement tout ce qui ne profite ni au jugement, ni à l'esprit; et tout ce qui s'adresse mieux à des esprits plus murs qu'à des enfants.

fiiO. Pierre Bayle* est encore un compilateur, mais animé d'un esprit et guidé par des intentions très opposées aux intentions et à l'esprit de Fleury. Né protestant, il se convertit jeune au catholicisme; puis retourna à Calvin, et prudemment quitta la France. Professeur de philosophie à Rotterdam, il y fut mal vu et persécuté par les protestants, qui l'accusaient, non sans quelque fondement, d'être hostile au fond à toute religion révélée. Il cessa de professer, et se voua tout entier à d'immenses travaux de critique et d'érudition. Deux grands ouvrages ont consacré surtout sa renommée, et fondé son influence étendue; l'un est un journal, ou plutôt une revue, l'une des plus anciennes dans ce genre, les Nouvelles de la république des lettres, qui parurent de 1684 à 1689, et qu'un autre Français, Basnage, imita de 1687 à 1709 dans le journal intitulé Histoire des ouvrages des savants. Dans le même temps. Le Clerc publiait à Amsterdam la Bibliothèque universelle et historique (1686-1693). Ces Revues de Hollande étaient lues dans le monde entier, et surtout en France. La Fontaine, tout distrait qu'il fût, les lisait; et en disait ainsi son avis dans une jolie lettre envers (à M. Simon de Troyes) :

Aux journaux de Hollande, il nous fallut passer, Je ne sais plus sur quoi, mais on fit leur critique. Bayle est, dit-on, fort vif, et s'il peut embrasser

1. Pierre Bayle, né dans le comté de Foix, 1647, mort à Rot- Icrdam (1706).

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L*occasion d'un trait piquant et satirique,

Il la saisit, Dieu sait, en homme adroit et fin.

Il trancherait sur tout, comme enfant de Calvin,

S'il osait; car il a le goût avec l'étude.

Le Clerc pour la satire a bien moins d'habitude ;

Il paraît circonspect, mais attendons la fin ;

Tout faiseur de journaux doit tribut au malin ;

Le Clerc prétend du sien tirer d'autres usages ;

Il est savant, exact ; il voit clair aux ouvrages ;

Bayle aussi; je fais cas de l'une et l'autre main.

Tous deux ont un bon style et le langage sain.

Le jugement en gros çur ces deux personnages, Et ce fut de moi qu'il partit, C'est que l'un cherche à plaire aux sages.

L'autre veut plaire aux gens d'esprit.

n leur plaît

fil. Mais le principal ouvrage de Bayle est son grand Dictionnaire historique et critique y publié à Rotterdam, en 1697, en deux volumes in-folio, etsans cesse grossi dans les éditions suivantes par les additions successives de Bayle lui-même et de plusieurs érudits. Dans cette compilation volumineuse liayle a dispersé un peu capricieusement les trésors de sa science étendue et de sa fine critique. Malheureusement la forme du livre (sans parler du format), la diffusion des matières, le peu d'accord des titres des articles avec le contenu, rendent le Dictionnaire d'un usage peu pratique. Dans cette confusion qui n'est pas sans charme, il est difficile de se faire une idée exacte des vrais sentiments de l'auteur; il plaide souvent le pour et le contre avec une impartialité qui paraît quelquefois sincère ; ailleurs, un peu affectée. Aussi a-t-il fourni tour à tour des armes à tous les partis, à toutes les opinions; mais cette espèce d'indifférence qui aboutit, en dernier ressort, au scepticisme, est surtout favorable à l'incrédulité. De là l'immense crédit dont l'œuvre de Bayle a joui au xviii® siècle dans le parti dit des philosophes.

i^ XVIII® SIÈCLE. — PREMIÈRE PÉRIODE.

Dans rhistoire littéraire aussi bien que dans la nature, îl y a peu de transitions brusques ; l'esprit du xvn® siècle se prolonge au xvni® chez quelques écrivains attachés au passé par goût, par caractère ou par éducation. En revanche, la manière Httéraire et les tendances d'esprit du xvui*» siècle se montrent déjà nettement dans Tœuvre hardie, piquante et brillante de ces trois contemporains des plus belles années du grand règne : Bayle, Saint-Évremond> La Bruyère.

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