Antoine de La Fosse
2. Crébillon (1674-1762), né à Dijon, poète tragique : Idométiée (1705). Atrée et Tkyeste (1707^. Electre (1709). Hhadamiste et Zénohie (1711). Xerxès (1714). Sémiramis (1717). Pyirhus (1726). Catilina (1742). Le Triumvirat (1754).
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ne joue plus ses pièces, et d'Alembert trouvait déjà que la lecture en est « raboteuse et pénible )).
Fontenelle.
116. Fontenelle*, le seul écrivain qui ait vécu cent ans (encore lui manqua-t-il un mois pour achever le siècle), doit une partie de sa réputation à cette longévité qui le fit contemporain de plusieurs générations très diverses. Neveu des deux Corneille, il vint de bonne heure à Paris chercher fortune auprès de ses oncles. Mais il échoua au théâtre, et ses tragédies furent sifflées. 11 chercha sa voie ailleurs; il publia des Dialogues des Morls (1683), où il s'amusa à faire converser ensemble les personnages les plus disparates et à surprendre le lecteur par le dénouement paradoxal et imprévu des entretiens ; il écrivit des Pastorales; mais Fontenelle, bel esprit, sec et prosaïque, était l'homme le moins fait pour célébrer la nature et faire parler les bergers. Enfin il révéla son véritable talent en composant les Entretiens sur la pluralité des mondes, ouvrage d'un genre secondaire, mais neuf, où il sut le premier faire entendre et goûter aux gens du monde les grandes découvertes de la science, dans un langage exact et précis, quoique entaché d'un peu d'afféterie. Il ne demandait à ses lecteurs et à ses lectrices « que la même application qu'il faut donner à la Princesse de Clèves ». C'est ce qu'on appellerait aujourd'hui un livre de \Tilgarisation. Notre siècle en possède beaucoup de tels, mais le xvn® siècle n'en avait pas un seul, et cet heureux essai fut accueilli avec faveur. Devenu membre de l'Académie
1. Fontenelle (1657-1757), fils d'une sœur des Corneille. Plusieurs tragédies et opéras. Dialogues des morts (1683). Poésies pastorales (1688). Entretiens sur la pluralité des mondes (1686). H fut secrétaire de l'Académie des sciences depuis 1697. Éloges des Académiciens (1708 et 1717).
française et secrétaire perpétuel de rAcadémie des sciences, Fontenelle persévéra dans la voie où il avait trouvé le succès ; il écrivit Y Histoire de l'Académie des sciences, et les Éloges des Académiciens; ce dernier ouvrage est le chef-d'œuvre de son auteur. Non qu'il s'y montre un grand savant lui-même, mais du moins il excelle à faire connaître au public, qui les ignorait, les grands travaux des savants, ses collègues, et dans cette besogne en apparence ingrate il fait preuve d'une intelligence vaste et souple, et d'un rare talent d'exposition. C'est un mérite que d'avoir su enseigner à son siècle le respect de la science ; et persuader à la science de moins dédaigner l'art d'écrire. Il est vrai que cette souplesse d'esprit qui permet à l'écrivain de s'intéresser à tant de sujets divers, coûte parfois quelque chose à la sûreté du goût littéraire. Dans la querelle qui divisait, à la fin du xvii<^ siècle, les partisans des anciens et ceux des modernes, Fontenelle, avec La Hotte, se déclara pour les modernes*, et, par les arguments qu'il apportait à la défense de sa cause, laissa voir trop souvent qu'une certaine infirmité du goût le rendait insensible à la beauté des chefs-d'œuvre antiques.
fi». Cette querelle fameuse occupa stérilement beaucoup de bons esprits pendant près de cinquante années, entre 1670 et 1720; pendant un demi-siècle on disputa sur les mérites comparés des anciens et des modernes. Des deux parts on apportait des arguments bien faibles et la question était mal posée. Car, si les anciens ont fait des chefs-d'œuvre, il ne s'ensuit pas que les modernes soient fatalement condamnés à ne produire que des œuvres
1. Dans une Digression sur tes anciens elles modernes (iu!i[ réunit à ses Églogues.
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médiocres. D'autre part, les partisans des modernes s'abusaient en disant que ceux-ci étaient nécessairement supérieurs aux anciens, par cela seul qu'ils leur succédaient et profitaient ainsi de toute l'expérience accumulée avant eux, à laquelle ils joignaient leurs propres efforts. Ce raisonnement, qui n'est pas même excellent lorsqu'il s'applique aux sciences mathématiques ou à la physique, devient tout à fait faux lorsqu'on veut l'étendre à la littérature et surtout à la poésie. Dans ce domaine, la tradition fait peu de chose ; le génie presque tout. Celui qui vient le premier, un Homère, par exemple, s'il a le plus de génie, pourra être le plus grand. On alléguait vainement qu'il avait vécu dans une société barbare : le milieu le plus civilisé n'est pas toujours le plus favorable à la poésie . Le x«viii® siècle en offre une preuve frappante. Les partisans des anciens ne réussirent pas même à réveiller le goût des fortes études classiques. Les partisans des modernes ne purent ni alléger le joug des règles poétiques, ni élargir le cadre où s'enfermait chacun des genres littéraires. Ainsi, rien de plus infructueux que cette fameuse querelle qui fit couler inutilement des flots d'encre et des torrents d'injures*.
La Hotte.
118. La réputation de La Motte est demeurée très compromise auprès de la postérité, moins pour le parti qu'il
i. Les plus célèbres partisans des modernes étaient Desmarets (1595-1676), Charles Perrault (1628-1703). Saint-Évremond (1613- ITO.'^), La Motte (1672-1731), Fontenelle (1657-1757). Les plus célèbres partisans des anciens étaient Boileau, Racine, La Bruyère, Huet (célèbre érudit, évêque d'Avranches, né en 1630, mort en 1721), Fénelon, Mme Dacier (1654-1720), savante helléniste, éditeur de plusieurs textes anciens. Son mari fut secrétaire perpétuel de l'Académie française de 1713 à 1722.
144 XVIIl'' SIÈCLE. — PREMIÈRE PÉRIODE.
avait pris dans la querelle que pour les arguments qu'il avait apportés au service de sa cause. C'était pourtant un hornme de beaucoup d'esprit que La Motte, et d'un esprit libre, ingénieux, plein de vues et d'initiative. Mais quelle sottise à un homme d'esprit de refaire VIliade en douze chants pour prouver qu'Homère est un pauvre poète ! Son ignorance du grec était sa meilleure excuse. Mais que pouvait prouver contre Homère l'opinion . d'un honune qui déclarait lui-même ne pas savoir un mot de grec ? La Motte s'essaya dans tous les genres: il fit des odes que Fontenelle et Voltaire ont trop vantées, le premier par amitié pour La Motte, le second par haine contre Jean- Baptiste Rousseau. Il y sème les grands mots, les apostrophes, les invocations, croyant imiter Pindare ; mais tout cela n*est que vain bruit ; l'inspiration fait défaut. Sa tragédie d'Inès de Castro (1723) vaut mieux, du moins elle est touchante et elle arracha des larmes ; mais le vers sec et décoloré de La Motte explique trop bien l'antipathie que ce poète finit par professer contre la poésie. Le xvm« siècle est d'ailleurs la période la moins poétique de notre histoire littéraire. Dès le commencement du siècle précédent, Malherbe avait enseigné que la poésie ne doit pas parler un langage distinct au fond de celui de la prose. Ce principe dangereux porta ses fruits au xviu« siècle. On admit que la poésie est une prose mesurée et rimée. Mais pourquoi rimer de la prose? On jugeait que cette forme du vers donnait à la pensée une allure plus ferme et plus sentencieuse ; à ce titre on la conservait, par tradition, dans certains genres. Mais des esprits logiques, peu satisfaits de cette raison, trouvaient la poésie superflue et auraient voulu la supprimer. Ceux-là ne goûtaient que la prose. Nous avons cité le mot de Montesquieu : « Les quatre grands poètes, Platon^ Malebranche^ Shaftesbury, Montaigne! » Quatre prosa-