Voy. ci-dessous
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il. Après Pompée il revint à la comédie, pour donner le Menteur, imité de la Vérité suspecte du poète espagnol Alarcon% et la Suite du Menteur, imitée de Lope de Vega'; le Menteur, très amusante comédie à la fois d'intrigue et de mœurs, est resté au répertoire ; la Suite du Menteur est injustement oubliée; le style dans l'une et l'autre pièce étincelle de grâce et de vivacité. Rodogune était la pièce préférée de Corneille, qui avait une tendresse particulière pour les tragédies « implexes », c'est-à-dire compliquées, dont l'invention et l'arrangement lui avaient coûté le plus de peine ; ce drame sombre et sanglant excite au plus haut degré l'intérêt du spectateur par une péripétie théâtrale. Théodore est comme Polyeucte la mise en scène d'un martyre; mais l'invention n'en est pas si heureuse ni si attachante ; la pièce échoua. Héraclius, fameux par l'obscurité de l'intrigue, récompensait du moins par la vivacité de l'intérêt les lecteurs ou les spectateurs qui se donnaient la peine de la débrouiller. Nicomède et Don Sanche d'Aragon sont deux pièces du même temps et nées d'une inspiration presque semblable, quoique qualifiées, l'une tragédie, l'autre comédie héroïque (il plut à Corneille d'intituler ainsi ses tragi-comédies). Dans ces deux pièces, le poète, essayant des voies nouvelles, réussit à exciter l'intérêt et l'admiration sans moyens pathétiques, par le seul tableau de la grandeur d'âme et de la fermeté d'esprit et de cœur qu'étalaient ses personnages : Don Sanche, un héroïque aventurier, qui se croit et s'avoue hautement fils d'un pêcheur, et se découvre enfin fils d'un roi ; Nicomède, un jeune prince
1. Mort en 1659, cinq ans avant la représentation du Menteur.
"1. Lope de Vega était mort en 1635. Les deux pièces espagnoles originales n'ont aucun rapport ensemble; les deux comédies de Corneille ne sont liées que par le nom du principal personnage et par celui de son valet.
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de Bithynie qui seu/ tient tète à sa famille et à la république romaine, conjurées contre lui, et déjoue toutes les ruses, renverse tous les obstacles, par la constance de son courage et l'intrépide ironie qu'il oppose à ses adversaires. Dans cette pièce singulière, plus d'un rôle confine à la comédie : Voltaire ne voyait là qu'une négligence de Corneille ; mais c'est à tort : le poète croyait bien que la tragédie, lorsqu'elle cherche à exciter en faveur des héros la sympathie plutôt que la pitié, lorsqu'elle veut faire naître en nous une admiration tranquille plutôt que nous arracher des larmes, peut admettre un élément familier ou même un élément comique. Après Corneille la tragédie française n'osera plus donner un seul moment de relâche à son style toujours également noble, et môme un peu tendu.
i«. En 1652, Perlharitey tragédie d'ailleurs médiocre, échoua complètement; et ce mauvais succès, plus sensible après tant de triomphes, éloigna Corneille pendant sept années du théâtre. Il acheva* alors sa belle traduction en vers de Vlmilation de Jésus-Christ, Il reparut à la scène, sur les sollicitations du surintendant Fouquet, en 1659, avec Œdipe, qui fut applaudi, et que suivirent dix autres pièces, diversement heureuses, composées dans un espace de quinze ans (1659-1674). On trouve encore de belles scènes dans Serlorius, et de beaux vers dans Sophonisbe et dans Othon, même dans Attila; les plus gracieux vers de Psyché j tragédie-ballet composée par Corneille avec la collaboration de Molière et de Quinault, appartiennent à Corneille; mais entre ces rares éclairs, l'obscurité paraît plus profonde, et le génie du grand poète allait s'afîaiblissant, quoiqu'il se refusât lui-même à l'avouer, et quoique des admirateurs aveugles ne voulussent pas le reconnaître. Dans toutes ces œuvres de sa vieillesse, les beautés, de
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plus en plus rares, sont gâtées par des défauts toujours plus sensibles. On a pu dire avec raison que Corneille est le même depuis le Cid jusqu'à Suréna; mais un homme est le même aussi depuis l'adolescence jusqu'à la décrépitude, et néanmoins les traits qui furent les plus beaux chez lui, dans le temps heureux de sa jeunesse, peuvent se tourner en difformité avec l'âge. Il en est ainsi de Corneille; ses qualités pâlissent et ses défauts s'accusent à mesure qu'il s'avance dans sa longue carrière. L'héroïque fierté de ses personnages tourne à la raideur; ses héroïnes étaient fermes : elles deviennent dures. Ses héros raisonnaient trop; ils deviennent subtils. Le langage de la passion pouvait sembler un peu romanesque ; il devient fade et alambiqué. A mesure que les idées et les sentiments perdent quelque chose de leur vérité première et de leur naturel, le style même s'affaiblit. Mais jusque dans les plus médiocres tragédies de ce grand homme, on rencontre des beautés qui ne sont qu'à lui, que lui seul pouvait trouver. C'est ce qui faisait dire à Mme de Sévigné, après la représentation de Pulchérie, l'une des dernières pièces composées par Corneille : « Vive notre vieil ami Corneille ! Pardonnons-lui de méchants vers en faveur des divines et sublimes beautés qui nous transportent ! » Cette boutade d'une femme douée de beaucoup d'esprit et de beaucoup de cœur reste le meilleur jugement que la postérité puisse porter sur Corneille vieilli.
13. En 1647, l'Académie, après avoir écarté deux fois Corneille, lui avait ouvert ses rangs. En 1662 il avait quitté Rouen pour s'établir à Paris. Sa vie se prolongea jusqu'en 1684, et fut attristée par les soucis de la pauvreté et par les triomphes d'un jeune rival. Racine, dont l'éclatant succès faisait tort aux dernières pièces de la vieillesse de Corneille. A son insu on l'avait entraîné à
lutter directement contre l'heureux Racine en traitant le même sujet dramatique; mais Titeet Bérénice avait paru bien pâle à côté de Bérénice, brillante de grâce et de jeunesse, comme son jeune et gracieux auteur.
Dans l'édition collective qu'il donna de ses œuvres en i660, Corneille fit précéder chaque pièce &\\ïï Examen où lui-même en fait la critique avec une rare modestie, une bonne foi parfaite et un sens très judicieux. Il y joignit trois longs Discours du poème dramatique, de la tragédie, des trois unités, qui forment, avec les Examens, son œuvre en prose, assez étendue et très intéressante. L'étude de cette poétique, écrite par le poète lui-même, est peut-être encore le meilleur commentaire qu'on ait fait de son théâtre. Il est permis toutefois d'ajouter qu'on est souvent surpris de voir dans ces discours un si grand homme consacrer tant d'heures et tant d'efforts à résoudre de minutieux cas de conscience dramatiques, à dénouer de vains problèmes d'arrangement de scène, à plier son génie à l'observation de règles plus ou moins arbitraires. Mais ce travers est imputable à son temps plus qu'à luimême ; et d'une manière plus générale on peut dire que presque tout ce qui est moins bon chez Corneille lui vient de ses contemporains, tandis que tout l'excellent dans son œuvre est à lui tout seul.
Certes ses défauts sont grands, surtout si l'on étudie son théâtre dans l'ensemble, et non pas seulement dans quelques chefs-d'œuvre ; mais aux yeux de ceux-là même que ces défauts choquent le plus. Corneille demeure un des plus grands poètes dramatiques qu'aucune littérature ait jamais enfantés, et l'un des plus originaux; car quoiqu'il ait puisé à beaucoup de sources, il demeure toujours lui-même et ne ressemble à personne. Nul n'a eu l'imagination plus féconde, un style plus fort, des inventions plus variées ; nul n'a su peindre plus majestueusement toutes
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les faces de Théroïsme. Aimer Corneille, c'est aimer la grandeur, cl se préparer au moins à s'en rendre capable. A qui mieux qu'à lui pourrait s'appliquer cette belle pensée de La Bruyère : « Quand une lecture vous élève l'esprit et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l'ouvrage; il est bon et fait de main d'ouvrier. »
Rotrou.
14. Parmi ces rivaux de Corneille, qîii d'abord avaient été ses amis, mais que le succès éclatant du Cid transforma en adversaires acharnés et injustes, on ne trouve pas le nom de Rotrou*. Ce généreux esprit ne connut pas la jalousie, et demeura fidèle à Corneille dans la bonne fortune, ce qui est plus difficile aux envieux que de rester fidèles dans la mauvaise.
Jean Rotrou naquit à Dreux le 21 août 1609. Amené jeune à Paris, il y fit ses premiers vers sur les bancs du collège. 11 avait dix-neuf ans quand l'Hôtel de Bourgogne joua sa première pièce, V Hypocondriaque, Lui-même en la publiant demandait grâce pour son âge ; il écrivait dans la préface : « Il y a d'excellents poètes, mais pas à l'âge de vingt ans ». A ce début précoce, dix-sept pièces succèdent, écrites en sept années avec la fécondité, la verve et l'audace de la première jeunesse. Les titres mêmes en sont oubliés. Rotrou peut-être eût dissipé jusqu'à la fin son génie dans ces productions éphémères, si l'exemple et l'amitié de Corneille ne lui eussent inspiré une ambition plus relevée. On se souvient qu'il fut un moment avec lui
i. Jean Rotrou, né et mort à Dreux (1609-1 050, a laissé trente-six pièces de théâtre : treize comédies, neuf traf^édies, quatorze tragicomédies. Les principales sont Laure persécutée (1637); Saint Genest (1646) ; Don Bernard de Cabrère (4647) ; Venceslas (1647) ; Cosroès (1649).